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Alexandra Schwartzbrod : Le songe d'Ariel

Mercredi 1 Février 2012 par Hannah E.
Publié dans Regards n°749

Journaliste à Libération, Alexandra Schwartzbrod nous reçoit chaleureusement à la Rédaction. C’est face à une vue imprenable de Paris, que nous abordons sa vision d’Israël. Audacieux, son roman sort Ariel Sharon du coma pour lui donner l’éclat d’une colombe.

 

En quoi l’écriture journalistique et l’écriture romanesque sont-elles complémentaires ? J’ai longtemps été spécialiste de l’aéronautique et de l’armement. Ce travail d’enquête comprenait des histoires et un regard d’hommes. De là, l’envie d’écrire un premier roman d’amour « loukoumesque ». Celui de Flaubert et d’une danseuse du ventre, qui l’a inspiré. Impossible depuis de me passer de ce plaisir. Le bonheur étant d’inventer des histoires en y mêlant la réalité. Mes deux plumes se nourrissent l’une l’autre. J’aime laisser des traces…

Israël est votre principale source d’inspiration, qu’est-ce qui vous passionne et vous indigne dans ce pays ? Correspondante de Libé de 2000 à 2003, je n’en suis pas revenue la même. Il y a un avant et un après… La mixité des gens y est fascinante. On passe constamment d’une langue, d’une culture et d’un monde à l’autre. Loin d’une société homogène, on est confronté à la détestation, voire à l’indifférence. Ce qui m’indigne le plus, c’est la politique des dirigeants israéliens, orchestrée par des militaires et des religieux. Comment la religion doit-elle s’adapter à la société moderne ? Telle est la vraie question… Régner en brandissant la peur de l’autre ne peut qu’aboutir aux extrêmes. Sans parler de la colonisation et du mépris avec lequel les Palestiniens sont traités. Comment avancer dans ces conditions ?

« Guerrier, il le sera toujours ». Pourquoi réveillez-vous Ariel Sharon pour en faire un homme de paix ? Lorsque j’ai été envoyée comme correspondante en Israël, je pensais naïvement assister à la création d’un Etat palestinien. Or, j’ai été témoin de la visite d’Ariel Sharon sur l’Esplanade des Mosquées et de la seconde intifada. J’avoue lui en avoir voulu, mais face aux politiciens d’aujourd’hui, j’en reviens presque à le regretter. Sharon incarnait l’une des dernières figures fondatrices du pays. Alors qu’il trimbale une image sans foi ni loi, il a été transformé par la mort d’un enfant et de sa femme aimée. Qui ne songe pas à ce qui se passerait s’il revenait parmi nous ? Que penserait-il de la situation ? Contrairement aux dirigeants actuels, il avait une vision, un projet. On ne saura jamais s’il aurait abouti à la paix.

Faut-il faire la paix avec soi-même, avant de la faire avec autrui ? Ce roman nous rappelle que nous sommes aussi endormis.Alors que le monde ne cesse de bouger, Israël a besoin de se réveiller. Ce qui se passe autour de lui est préoccupant, mais il doit baisser les armes. Les révolutions arabes devraient pousser les dirigeants israéliens à s’interroger sur eux-mêmes. Il faudrait un Obama à ce pays ! Même s’il a déçu, il a réussi à changer l’image conspuée des Etats-Unis. Pour l’instant, on ne voit pas de figure montante et charismatique en Israël. Peut-être doit-on « se débarrasser » de l’image du père (cf. Sharon, Rabin) pour évoluer. La révolte des tentes prouve que la société n’est pas totalement endormie, or elle manque de collectif. Cela s’observe au niveau mondial, mais c’est l’un des fondements d’Israël. Tout n’est pas noir ou blanc sur ce petit morceau de terre, que tout le monde s’arrache. Il se compose de multiples peuples qui ne sont pas en paix les uns avec les autres. Comment concevoir la paix avec leur voisin ? Bien que je redoute qu’ils s’entredéchirent, je garde l’espoir d’un miracle, car je crois en la vie malgré tout.

Synopsis

Israël est une terre de mystères et de contradictions. Alexandra Schwartzbrod aime troquer sa plume de reporter pour plonger dans l’encrier de sa réalité. Après le suspense, « Adieu Jérusalem », elle imagine un scénario inespéré… Ariel Meron est plongé depuis six ans dans le coma. Veillé par ses enfants et par la douce Mariam, il revient soudainement au pays des vivants. Le réveil politique est rude : qu’a-t-on fait d’Israël ? Digne du Messie, le « lion » sort des griffes de velours et de paix. Mission impossible ?

Alexandra Schwartzbrod, Le songe d’Ariel, éditions Gallimard 


 
 

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