Portrait du mois

Une machine à faire la paix, signée Alain De Clerck

Vendredi 28 octobre 2011 par Géraldine Kamps

Alain de Clerck se qualifie d’artiste plasticien qui perçoit le monde comme une matière à sculpter, en essayant d’avoir une incidence sur la réalité. Le défi est prétentieux, il l’avoue. Mais c’est peut-être en cela qu’il l’inspire avec autant de force.

C’est au rond-point Schuman qu’Alain de Clerck nous a fixé rendez-vous. En plein cœurdes institutions européennes. Pas un hasard pour cet artiste autodidacte, Européen convaincu originaire de Liège, qui choisit généralement pour ses œuvres des endroits stratégiques. Il y a quelques années déjà, il avait tenté de placer sa « Porte de la Paix » ici. « C’était le 4 juin 2007, quarante ans après la guerre des Six-Jours, et je pensais que tout le monde serait raisonnable », se souvient-il. En vain. Aujourd’hui, quelques semaines après la décision de Mahmoud Abbas de saisir l’ONU, il revient à la charge. Avec un drapeau palestinien géant illustrant la volonté de tous ceux qui ont signé pour la reconnaissance d’un Etat, mais pas seulement…

Intéressé par les contraires, les formes opposées, l’homme et la femme, le yin et le yang, le plus et le moins, « que l’on retrouve de façon naturelle chez chacun d’entre nous », explique-t-il, Alain De Clerck a 22 ans lorsqu’il se lance dans la sculpture. C’est son beau-père, ouvrier chez Cockerill, qui lui fera franchir l’étape des dessins 3D en lui apprenant à souder. Il commencera à sculpter, comme happé par certaines pièces qu’il découvre sur les casses de ferrailles. Et c’est un concours de fontaines qu’il remporte à Liège en 1994 qui va le mettre sous les feux de la rampe. Malgré une très large majorité remportée auprès du public, pour avoir choisi de combiner mise en valeur du patrimoine local et utilisation des nouvelles technologies, le projet ne verra malheureusement pas le jour, « pour des raisons techniques ». L’artiste en ressortira blessé, mais renforcé…

Impliquer l’Europe

En 2002, son projet de sculpture participative se concrétise, juste sous les fenêtres de l’échevinat de la Culture. Le concept : un arc de cercle de 6 mètres de haut surmonté d’une flamme que chaque passant peut allumer pendant 1 minute via un horodateur. L’argent récolté (environ 1.600 euros/an) permet d’acquérir des oeuvres d’artistes montants et de redévelopper à Liège une véritable collection d’art contemporain, à ce jour déjà forte de 60 oeuvres d’art !

Outre la culture, Alain De Clerck s’intéresse depuis toujours à la politique, et particulièrement au conflit israélo-palestinien. « Les plus grands contraires ne se trouvent-ils pas à Jérusalem ? », lance-t-il. Inspiré par Daniel Burene et son « art in situ » (les Colonnes de Burene, à Paris), l’artiste liégeois fonde en 2003 son asbl In Cité Mondi. « L’idée est d’étudier la sociologie et l’histoire du lieu pour proposer une oeuvre pertinente par rapport à son environnement, mais j’y ajoute la conception de ce lieu comme s’il s’agissait du monde ». Le rond-point Schuman devient ainsi la cour du pouvoir dans laquelle Alain De Clerck joue le troubadour. Interroger l’Europe pour sculpter le monde au service du bien, tel est le défi que s’est donné l’artiste.

Déjà retenu en 2004 par le gouvernement belge pour proposer au Cinquantenaire un gigantesque drapeau européen propulsé par 25 ventilateurs, symbolisant le passage de 15 à 25 pays, Alain De Clerck propose pour la première fois en 2006 sa machine à faire la paix. Une oeuvre qu’il imaginerait idéalement placée aujourd’hui devant la Commission européenne. Le principe : deux personnes viennent mimer la paix au-dessus d’une ligne verte aux couleurs de l’ONU, faisant flotter instantanément un drapeau israélien et un drapeau palestinien. « La simple poignée de main déclenche les ventilateurs qui font se dresser les drapeaux de part et d’autre de la tribune ONU », précise Alain De Clerck, qui a également prévu que l’on puisse activer son œuvre via internet. « Qu’on soit à New York, au Caire, à Stockholm, à Jérusalem ou à Ramallah, chaque citoyen du monde peut exprimer sa volonté de voir une paix juste et durable remplacer le conflit israélo-palestinien ».

Le rêve se transformera-t-il en réalité ? La « Porte de la Paix » a beaucoup fait parler d’elle à Liège et à Verviers, il y a tout juste un an, mais attend qu’on la réclame à Bruxelles.« Je pense que si des négociations sérieuses doivent se faire quelque part entre Israéliens et Palestiniens, c’est bien dans la capitale européenne », affirme Alain De Clerck. « L’Europe est tout de même une des grandes responsables de la situation actuelle… ».

Plus d’infos : www.alaindeclerck.org


 
 

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