Hommage

Marcel Hastir : 105 ans, la mort comme nouveau départ

Mardi 5 juillet 2011 par Roland Schmid

Le peintre Marcel Hastir, né le 22 mars 1906, croyait au cycle éternel de la vie, au retour de l'être sous une autre forme. La mort ne lui faisait pas peur - souvent il le répétait, d'un ton détaché, à ses 105 ans. Le samedi 2 juillet 2011, il est décédé aux premières heures du matin.

 

Une semaine avant, encore, il avait suivi avec plaisir deux concerts qui peuvent symboliser toute l'étendue de sa passion musicale : d'un côté, musique des peuples, en l'occurrence d'Irlande, de l'autre côté, musique classique, en l'occurrence divers compositeurs et divers interprètes. La musique a été pour Marcel Hastir un élixir de vie depuis ses années de jeunesse, après que -lors de travaux de son père au domicile d'Eugène Ysaye- il ait pu écouter le maître en privé, en privilégié.

Il n'est pas devenu un grand musicien lui-même, mais il a développé une fine ouïe et il a joué un rôle de découverte et de promotion pour d'innombrables jeunes talents - violonistes, pianistes, guitaristes, chanteurs. Son Atelier vibrait, vivait, devenait célèbre par la qualité des artistes qu'il dénichait - aussi dans le domaine du théâtre et de la danse, aussi par exemple Marcel Marceau et Maurice Béjart.

Mais l'Atelier de Marcel Hastir n'offrait pas la musique dans un cadre neutre : cette salle était vraiment un atelier, dans lequel, pendant la journée, on peignait, on dessinait. Les murs couverts des tableaux géants du maître Hastir - des portraits, des nus. Marcel Hastir gagnait son pain avec des portraits de citoyens bien situés et également par des travaux de restauration de tableaux. Or, maints portraits n'ont pas trouvé le chemin d'un client, mais sont restés à l'Atelier. Ils représentent des personnes que le peintre avait rencontrées dans la rue et amenées à son atelier. La multitude de ces tableaux laisse deviner une immense « curiosité de l'être humain » qui permet certainement de le caractériser comme un peintre humaniste.

A partir de 1940, Marcel Hastir n'a pas été seul dans son atelier. Il s'y est entouré d'un grand nombre de jeunes gens et a réussi à faire croire aux occupants allemands qu'il y avait eu, depuis longtemps, une école de peinture. Mais parmi les élèves en peinture évoluaient aussi de jeunes gens qui ne pouvaient plus être en sécurité à leur domicile, qui devaient craindre la déportation en Allemagne. Il leur a fourni un alibi, un toit, un lit, à manger, à boire, des papiers falsifiés, il les a aidés à gagner les Ardennes. Certains de ses amis juifs, des hommes de la Résistance, ont néanmoins été assassinés. Il parlait d'eux très souvent, avec une grande admiration.

Avant la guerre, tous les ans, Marcel Hastir avait participé, en tant que Président des jeunes théosophes belges, aux camps d'été à Ommen aux Pays-Bas, camps marqués par les discours de l'Indien Krishnamurti, dans lesquels il s'agissait de paix, avec soi-même, entre les personnes, entre les peuples. Après la guerre, Marcel Hastir a transmis ce message dans son Atelier. Il a invité des combattants d'humanisme tels que Lanza del Vasto, le Père Pire et l’Abbé Pierre à y donner des exposés. Son aspiration était de faire de l'Atelier un lieu holistique, où la peinture, la musique et les autres arts allaient se marier avec la philosophie et le courage civique.

Si l'on peut prêter foi aux honneurs officiels reçus, on est enclin à penser que Marcel Hastir a largement réussi ce défi. Il a été déclaré Citoyen d'honneur de la Ville de Stavelot (en tant que co-fondateur du Festival de cette ville), Citoyen d'honneur de la Ville de Bruxelles, « Mensch de l'année 2007 » par le Centre communautaire laïc juif. Son Atelier a été classé comme patrimoine historique et culturel et a été finalement -heureuse issue pendant sa dernière année de vie- acheté par la Ville de Bruxelles, grâce à des moyens du Fonds BELIRIS, et ainsi définitivement sauvé de la spéculation immobilière.

Marcel Hastir a suivi et commenté tous ces épisodes la tête claire et, si nécessaire, avec une véritable patience d'ange. Pour tous ceux qui ont pu l'accompagner ces dernières années dans l'effort de sauvegarder son Atelier, c’est devenu une précieuse "leçon de vie".

Comment honorer Marcel Hastir ? La réponse s'impose tout simplement. Il a dit : « Si je meurs, mon Atelier ne doit pas mourir ! » Les membres de sa Fondation et de son ASBL sont décidés à suivre cet appel et ont d'ailleurs déjà établi le programme artistique pour la saison 2011/12. Mais cet appel s'adresse aussi à tous les lecteurs - qui sont invités à venir découvrir les nombreux concerts et autres activités de l'Atelier Marcel Hastir.

En se manifestant à l'adresse [email protected], vous serez inclus parmi les destinataires des annonces.

Les travaux de rénovation urgents et imminents peuvent être facilités par des dons via la Fondation Roi Baudouin : Compte n° 000-000 000 4-04 avec la mention « L82160 - Fondation Atelier Marcel Hastir ». 


 
 

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