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Les jeunes à Bruxelles et l'antisémitisme

Mardi 7 juin 2011 par Géraldine Kamps

50% des élèves musulmans à Bruxelles sont antisémites ? Oui, mais… Si la question qui a suivi la publication des résultats de l’étude universitaire « Jong in Brussel » mérite d’être posée, elle se doit pour être analysée avec sérieux d’être accompagnée de quelques explications. Le sociologue Mark Elchardus nous en a livré les détails.

 

Le 12 mai 2011, la plupart des médias francophones relayaient l’information suivante : « La moitié des élèves musulmans à Bruxelles est antisémite » ! Stupéfaction pour certains, peu d’étonnement pour d’autres, indignation du côté musulman… on le serait à moins. A moins que l’on essaie de comprendre comment ces chiffres ont été obtenus, quelle est leur signification, quel échantillon a été interrogé et dans quelles conditions ? De nombreuses questions, nécessaires avant de crier à la manipulation. Ou à une bien triste réalité.

Collaboration universitaire

Subsidiée par le gouvernement flamand, la Plateforme de recherche sur la jeunesse en Flandre est le résultat d’une collaboration entre les départements de criminologie de la KUL (Université de Louvain), de pédagogie sociale de l’Université de Gand et le centre de recherche en sociologie de la VUB (Vrije Universiteit Brussel). Elle a pour objectif de suivre l’évolution de la jeunesse flamande, en tenant l’inventaire des études déjà faites, en les commentant et en les diffusant sur internet, mais aussi en réalisant de nouvelles enquêtes.

Si deux études ont déjà été menées en Région flamande, l’étude « Jong in Brussel » est une première. Son but : livrer l’image la plus fidèle de la jeunesse flamande à Bruxelles. Pour s’adresser directement aux jeunes flamands, minoritaires dans la capitale, les auteurs ont décidé de reprendre les jeunes inscrits dans l’enseignement flamand (sept. 2010) et de passer par les écoles pour soumettre leur questionnaire : quelque 2.800 jeunes issus de 32 écoles secondaires flamandes, sur les 42 recensées à Bruxelles, ont ainsi participé à l’enquête.

« Nous avons aussi voulu tenir compte de plusieurs spécificités liées à la grande ville qui peuvent influer le comportement des jeunes », précise le professeur Mark Elchardus (VUB), co-auteur de l’étude. « Sur base de nos questionnaires précédents, nous avons donc ajouté ou développé des chapitres, tels que la diversité culturelle, l’usage de drogue et d’alcool, l’attitude des jeunes envers les autres cultures, les contacts entre jeunes, la violence, la délinquance et l’antisémitisme ».

Antisémitisme religieux

Comment établir l’antisémitisme de quelqu’un, et pourquoi avoir choisi cet indicateur pour évaluer la jeunesse flamande ? La réponse de Mark Elchardus comme les résultats obtenus ne manquent pas d’intérêt : « Nous avons soumis aux interrogés quatre thèses correspondant aux clichés antisémites les plus répandus », explique-t-il, « avec des réponses de 1 à 5 (de pas d’accord du tout” à “tout à fait  d’accord». On ne pourra contester que marquer son accord à « la plupart des Juifs pensent être meilleurs que les autres », « la plupart des Juifs incitent à la guerre et reportent la faute sur les autres », « la plupart des Juifs veulent tout dominer », ou « quand on fait des affaires avec les Juifs, il faut veiller à ne pas se faire rouler »… donne une bonne idée du degré d’antisémitisme de la personne sondée. « Le choix de l’antisémitisme comme indicateur permet de rendre compte du sentiment des allochtones envers les autochtones, ce qui n’avait encore jamais été étudié, beaucoup d’études portant uniquement sur le racisme des Belges », souligne le sociologue.

Reste à savoir comment interpréter les chiffres : de 8% des jeunes acceptant l’idée que les Juifs incitent à la guerre, à 13% qu’il faut se méfier des Juifs en affaires… « Quand on sait que 9% des jeunes flamands se déclarent racistes, une moyenne de 10% n’est pas un chiffre très alarmant », assure Mark Elchardus, qui nuance : « Si l'on tient compte en revanche de la religion des jeunes interrogés, on constate que 47% des musulmans (croyants plus ou moins stricts) approuvent quand on leur dit que les Juifs pensent être meilleurs que les autres et 57% pensent réellement qu’ils veulent tout dominer. C’est cette différence entre les non-musulmans et les musulmans qui est intéressante. Même si j’ai été très surpris personnellement, au vu de la sécularisation du catholicisme en Europe, de constater que chez les catholiques pratiquants, on obtient tout de même un chiffre de 38% *, qui ne peut être justifié par des facteurs sociaux ».

De façon générale, les études indiquent que les préjugés ethniques, dont l’antisémitisme, sont plus répandus chez les garçons, et chez les jeunes qui se sentent menacés ou en insécurité. « Mais la différence entre musulmans et non-musulmans reste inexpliquée », analyse Mark Elchardus. « Une partie pourrait être due à un antisémitisme théologique, puisque les chrétiens pratiquants sont aussi plus antisémites que les non-pratiquants. Le rôle du conflit israélo-palestinien n’est probablement pas non plus à négliger, et on voit que les écoles qui ont la plus forte concentration de musulmans ont aussi le taux d’antisémitisme le plus élevé… ».

Oui, mais… la proportion de jeunes musulmans interrogés est-elle représentative ? « Les écoles flamandes bruxelloises comptent 46,4% d’élèves musulmans », note Mark Elchardus. Il conclut : « Notre objectif n’est bien sûr pas de raviver les tensions, mais de rappeler que les écoles flamandes ont pour mission de combattre les préjugés et de stimuler la tolérance. Elles doivent pour y arriver tenir compte de la composition de leur population. On n’agit pas à Bruxelles comme on le ferait à Roulers. Une chose essentielle pour combattre l’antisémitisme serait de redéfinir le sionisme et de faire la distinction entre la position qu’on peut avoir par rapport à la politique d’un pays et celle qu’on peut avoir par rapport à un groupe ethnico-religieux ».               

*A titre comparatif, on obtient entre 30 et 32% chez les libres penseurs, non-croyants et croyants non pratiquants.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Anonyme - 8/06/2011 - 13:13

    Je crains pour ma part qu' en dépit de toutes les études et comparaisons qui ont pu en avoir été faites, le taux
    annoncé d'antisémitisme parmi ces jeunes est encore bien en-deça de la réalité quotidienne.

  • Par Mohamed - 8/06/2011 - 14:44

    1. Je pense que les jeunes se disant musulmans semblent en effet plus susceptibles d'amalgames envers les juifs que des jeunes qui ne se disent pas musulmans (ces derniers étant selon moi susceptible de faire des amalgames racistes envers d'autres minorités, probablement dans les mêmes proportions - l'antisémitisme n'est pas le seul racisme). Ceci est pour moi la confirmation qu'il y a dans les relations judéo-musulmanes en Belgique un problème spécifique, que je constate dans la communauté juive avec la même ampleur, et auprès de jeunes également (sans que ça soit lié au niveau social non plus).
    2. les raisons de ces amalgames n'ont rien à voir avec la religiosité. Un jeune musulman n'est pas défini par ce seul critère. Je veux dire qu'il y a, derrière la revendication d'islamité d'un jeune, des "biais". Etre musulman en Belgique implique/suppose souvent d'autres choses : souvent une histoire familiale d'immigration, des sensibilités politiques/philosophiques particulières liées à ces histoires familiales, un statut social particulier, etc.
    Je simplifie : conclure, sous prétexte qu'il y a une corrélation entre le nombre d'amalgames et la revendication de "musulman" de ces jeunes, que la cause est théologique (donc d'inspiration religieuse, coranique), est biaisé, à cause de ces facteurs sous-jacents.
    3. les causes ne sont donc pas théologiques, ni religieuses. Les répercussions du conflit israelo palestinien en belgique sont telles que chacune des deux communautés juive et musulmane a tendance, sauf exceptions, à s'identifier spontanément à son "camp naturel", en raison des sensibilités familiales particulières. Un musulman, victime parfois d'exclusion (oui, l'islamophobie aussi est de plus en plus inquiétante), sujet à des sensibilités politiques particulières (par ex. un passé d'immigration, parfois des ancêtres colonisés, etc.) verra dans la cause palestinienne un miroir (accentué) de sa propre situation, ou à tout le moins, une cause emblématique pour lui. De l'autre coté, un jeune juif, avec l'histoire familiale de ses parents, sa perception de sa judéité, etc., a tendance à s'identifier spontanément à la cause israélienne quand il est sensible au conflit. PAR conséquent, ces jeunes, de part et d'autres, seront plus susceptibles de faire des amalgames du type "les Juifs amènent la guerre et rejettent la faute sur les autres" (l'une des propositions ayant servi à déterminer si le jeune interrogé est antisémite) que quelqu'un qui ne s'identifie pas au conflit, sans que ça soit lié à sa religiosité.
    4. Je remets également en cause la méthodologie utilisée pour qualifier de manière irrévocable un jeune de raciste (il s'agit par ailleurs de lycéens, je vous demande quel était la moyenne d'age, 14? 13? 15? 12?). Si je ne me trompe, l'étude accuse de racisme tous les jeunes qui répondent "oui" à au moins une des 4 affirmations proposées (je viens d'en citer une). Je vous rappelle qu'il s'agit de jeunes, et qu'il y a une différence entre un amalgame et un racisme haineux, même si les deux sont regrettables. Combien de jeunes de cet age auraient répondu oui à des affirmations du type : "les noirs ont le rythme dans la peau", "les arabes sont souvent des voleurs", "les juifs ont du pouvoir", "les wallons sont gentils mais paresseux" ?
    5. On peut ne pas banaliser des amalgames ou du racisme sans entrer dans de la stigmatisation à outrance. Il est pour moi très grave d'attribuer ces amalgames à la religiosité comme si c'était une évidence. Puis de reprendre une conclusion biaisée comme seul argumentaire, en la validant par la prétendue scientificité d'une étude dont la plupart de ceux qui s'en servent ne savent d'ailleurs que peu de choses, si ce n'est qu'elle sert leurs à prioris idéologiques. On peut expliquer des amalgames sans chercher à les justifier ou à atténuer leur gravité.

  • Par Mohamed - 8/06/2011 - 14:49

    A ce propos d'ailleurs, est ce que ça ne vous dérange pas que le premier article publié sur votre site à ce sujet soit justement "l'intolérable racisme des jeunes musulmans" sans qu'il y ait d'explications supplémentaires ?
    Accuser toute une partie de la population de racistes via un titre ultra-reducteur et lui même douteux ?

  • Par Anonyme - 11/06/2011 - 13:28

    Je constate que les préjugés et les idées reçues sont transmises de génération en génération et que les gens ne cherchent pas à savoir pourquoi, comment, quelle est l'origine de ces clichés que l'on entend encore trop souvent. Le conflit israélo-palestinien, ce sont les adultes qui en parlent, entre eux, dans les medias.Ainsi les jeunes ne doivent pas faire la moindre recherche. Ils enregistrent et voilà. Ces gens ne se remettent jamais en question et dans la plupart des cas, ils sont ignorants de la réalité.
    Ca démontre également le niveau culturel et intellectuel des gens et même celui des élèves. Il y a peu, j'ai lu dans un article qu'un professeur d'histoire était mal jugé dans une école bruxelloise car elle était critiquée par la direction et certains collègues. La raison en était qu'elle "parlait trop de la shoah"...
    Quant à l'importation du confilt israelo-palestinien, j'ai personnellement vu et entendu Monsieur Di Rupo à la télévision qui condamnait fermement les actions (de légitime défense) d'Israël, sans bien évidemment préciser qu'Israël n'est JAMAIS l'agresseur. "La critique est aisée mais l'art est difficile". Nombreux sont ceux qui critiquent et condamnent de derrière un bureau sans jamais être allé sur place ni sans jamais rien connaître de la situation vécue sur place, sans connaître l'histoire du peuple juif, que ce soit une histoire réelle ou religieuse.
    C'est regrettable, lamentable.
    Lorsqu'on ne sait pas, soit on se tait, soit on s'informe!!