Eric Fottorino : L'identité réconciliée

Mercredi 9 juin 2010 par Hannah E.

Directeur du Monde, l’écrivain Eric Fottorino sonde son chaos intérieur. Celui d’un enfant de 50 ans qui renoue avec son père biologique. Dans son dernier livre Questions à mon père (Gallimard), sa quête originelle l’entraîne vers ses racines juives marocaines et vers une renaissance, aussi belle qu’essentielle.

Vous prônez la puissance des mots contre la mort. Ecrire, est-ce défier le temps ? L’écriture est une lutte, qui doit vous survivre à vous et au temps. Elle garde présente une marque humaine, au-delà de la mort. Dans ce récit, je suis parti d’une idée folle et naïve. Tant que j’aurais des questions à poser à mon père, Maurice, et que je serais en attente d’une réponse, cet homme malade aurait une raison de vivre.

Ecrire « mon père » sur la couverture du livre, est-ce lui redonner sa place ? C’est une justice. Je ne l’exclus plus, même si cela ne retire en rien la place de Michel, le père qui m’a adopté et élevé. Maurice et moi, nous nous sommes ratés pendant 50 ans. Il a fallu se découvrir et comprendre certaines choses. Je redoutais que l’aimer reviendrait à trahir Michel. Depuis sa brusque disparition, ce combat s’est atténué en moi. Ce récit est celui d’un fils, amené à reconnaître son père.

Comment ces deux hommes cohabitent-ils en vous ? L’un est vivant, l’autre est mort… L’un a été appelé « papa », l’autre pas. Ils ne sont pas sur un pied d’égalité, chacun a sa place, sa singularité. Mon livre précédent racontait un deuil, celui-ci une renaissance. Maurice ne restitue pas la part manquante, mais il m’a éclairé sur mes origines juives. Avant, j’étais face à un gouffre, là je suis plus sûr de mes fondations. La vie m’a rempli. Je ne me retournais pas sur mon passé, sauf dans mes romans. A présent, le miroir me renvoie l’image d’un homme entier.

« Il y a un Juif en moi que je ne connais pas », que ressentez-vous vis-à-vis de lui ? Je sais désormais des choses qui me permettent de mieux me situer dans mon histoire. Il n’y a pas d’élan volontariste, religieux ou mystique, juste une curiosité envers une culture dont j’ai été tenu éloigné. Je suis touché par le rituel, ces moments radieux aux cours desquels on se réunit pour célébrer quelque chose. Bien qu’étant foncièrement individualiste, j’aime l’idée d’une communauté, où l’on se sent protégé, écouté et solidaire.

Votre famille est issue du désert marocain. En quoi est-elle gravée en vous ? Les photos et les souvenirs évoqués ne remplacent pas une voix ou une présence vivante, mais cette famille irréelle est inscrite en moi. Elle m’évoque un décor lointain, dans lequel j’ai enfin le droit d’entrer et que je revendique comme étant mien. L’histoire de mes grands-parents est impressionnante et attendrissante. Mardochée venait d’une oasis, Fréha de la bourgeoisie, or ils ont réussi à passer leur vie ensemble. Je suis intrigué par cet homme, féru de politique et de religion juive, qui ne songeait qu’à comprendre et à s’élever.

Leur fils, Maurice, incarne-t-il l’éternel Juif errant ? Toujours un peu à côté, il a eu du mal à trouver sa place. Maurice a connu la peur au Maroc, ce pays n’étant jamais tranquille à l’endroit des Juifs. Il a été licencié d’une maternité à Rabat, puis ça s’est reproduit en France. La famille de ma mère l’a rejeté, parce qu’il était juif. Malgré cette douleur, il m’a donné une leçon d’abnégation en m’accueillant avec bonheur. Notre temps ensemble est irrattrapable. Mon livre devrait le conforter et adoucir sa fin de vie. Ce n’est pas une charité, mais une mise à jour des sentiments. A quoi tient finalement une vie, un destin ?

Questions à mon père

« Je touche à la vérité. Ma vérité ». Au lendemain du suicide de son père, Michel, Eric Fottorino s’est saisi de sa plume pour raviver « l’homme qui m’aimait tout bas ». Un autre dialogue s’établit, cette fois, avec celui qui lui a donné la vie. Maurice est son géniteur, mais que de rendez-vous manqués ! La maladie leur tend un dernier sursis… Digne de Shéhérazade, l’écrivain pousse sans cesse le questionnement plus loin. Ainsi surgit l’histoire de sa famille juive marocaine. Plus qu’un retour aux sources, ce récit étincelant accouche d’un homme de 50 ans, qui s’inscrit dans la transmission. « Comme l’on aime plusieurs enfants, on peut aimer plusieurs pères ».

Eric Fottorino, Questions à mon père, éditions Gallimard


 
 

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  • Par castera - 23/11/2017 - 19:04

    Je lis avec mon coeur mon sang mon émotion les livres d'Erric Fottorino.
    cette ecriture me remplie ,nourris ma sensibilité ,cette mise a nue en ecriture est précieuse et chaque personne ,j'ai envie de la connaitre ,mais en fait je les connais maintenant
    Je suis landaise de je ne connais pas Nice ,ni le Maroc et j'ai été une fois en Tunisie j'habite a Jurançon a coté de Pau
    et dans l'enfance a Castets via l'ocean
    je suis Née en 1942
    Merci infiniment
    Jeanne Castera