Autriche/extrême droite

Les promesses de Kurtz et les craintes juives

Jeudi 21 décembre 2017 par La rédaction et AFP

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz a assuré mercredi, dans son premier discours devant le parlement, que son gouvernement aura pour priorité de combattre « l'antisémitisme sous toutes ses formes, (qui) n'a pas sa place en Autriche ». Ce qui ne rassure ni les organisations juives fédératives à travers le monde ni les autorités israéliennes.

 

« Nous combattrons avec détermination l'antisémitisme sous toutes ses formes, celui de toujours mais aussi celui qui est importé dans notre pays, c'est un devoir essentiel de notre gouvernement », a déclaré Sebastian Kurz, le dirigeant conservateur autrichien de 31 ans à la tête d'une coalition formée avec le parti d'extrême droite FPÖ.

Le FPÖ détient six portefeuilles -dont les ministères régaliens de l'Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères- dans le gouvernement entré en fonction lundi. Israël a fait savoir que ses ministres n'auraient pas, à ce stade, de contacts directs avec les ministres issus de ce parti.

Fondé notamment par d'anciens nazis, le FPÖ a vu plusieurs de ses membres épinglés pour des propos antisémites dans le passé mais a tenté d'opérer un rapprochement avec la communauté juive ces dernières années, cultivant désormais cet électorat.

« Le FPÖ ne peut pas utiliser la communauté juive comme un paravent et doit faire preuve de tolérance envers toutes les communautés et minorités », a cependant mis en garde le Congrès juif européen (CJE) lors de l'entrée en fonction des nouveaux ministres lundi.

Alors que l'année 2018 marquera le 80e anniversaire de l'Anschluss, l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie, le chancelier Kurz a également appelé à ne pas oublier « les événements tristes et honteux de mars 1938 », lorsque les troupes allemandes ont envahi le pays sans rencontrer d'opposition.

A propos des ambitions du nouveau gouvernement, Heinz-Christian  Strache, président du FPÖ et vice-chancelier de cette nouvelle coalition, a dit aux députés : « nous ne pouvons et ne voulons pas tout changer, mais faire mieux », et il a déclaré se « réjouir des critiques, qui font avancer ».

Tout cela n’a pas empêché Ronald Lauder, le président du Congrès juif mondial, d’exprimer sa vive inquiétude quant à la décision de Sebastian Kurz de former un gouvernement de coalition entre le parti populaire conservateur et le parti d'extrême droite FPÖ. « Il est extrêmement inquiétant de constater qu’en dépit des nombreuses préoccupations réelles exprimées envers le FPÖ, ce parti conservera une position d'influence sérieuse, donnant au gouvernement autrichien une réelle impulsion vers la droite ».

Le président du Congrès juif mondial nourrit également les plus grandes de voir un parti d’extrême droite occuper des ministères régaliens : « Le FPÖ est un parti d'extrême droite dont les membres ont exprimé par le passé des sentiments xénophobes et antisémites, mais il est désormais chargé de superviser les ministères de l'Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères, trois des plus importants ministères du gouvernement ».

Il est clair que ce sera surtout sur base des actes posés par cette coalition et ses ministres FPÖ que le Congrès juif mondial jugera si ce parti d’extrême droite a réellement fait sa mue. « Depuis le début de la campagne électorale, nous avons entendu des promesses, notamment que le FPÖ a assoupli ses politiques. Cela demeurera de la rhétorique jusqu'à ce que la preuve en soit faite », a souligné Ronald Lauder.

 


 
 

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