Exposition

Un Musée temporaire d'histoire de l'immigration à Bruxelles

Mardi 5 décembre 2017 par Roland Baumann
Publié dans Regards n°873 (1013)

Le Musée juif de Belgique rouvre ses portes avec une exposition sur l’immigration à Bruxelles. Réalisée par le MJB en partenariat avec les Archives de l’Etat et le Centre pour la culture judéo-marocaine, « Bruxelles, terre d’accueil ? » évoque les vagues d’émigration qui se sont succédé dans notre capitale depuis 1830, jusqu’à la transformer en « ville-monde » dans laquelle se côtoient des habitants de plus de 180 nationalités différentes.

Oeuvre de Thomas Israël

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    Installée sur deux niveaux dans les salles du bâtiment arrière du Musée juif de Belgique, la partie historique de l’exposition retrace à grands traits les grandes vagues de l’immigration et met en valeur le parcours de figures emblématiques tels Marx, Rimbaud et Verlaine, Maria Oulianova, L. Kestekides ou Paul Panda Farnana, soldat belge en 14-18 et premier intellectuel congolais… Parmi ces « personnalités »  figurent aussi des Juifs : Youra Livchitz, héros de l’attaque du 20e convoi et Jim Kaliski, auteur d’un bouleversant récit graphique sur la Shoah en Belgique. Le parcours suit la chronologie historique et commence avec des photos anthropométriques, confrontant d’emblée le visiteur à la politique de surveillance d’étrangers et réfugiés souvent traités avec méfiance par les autorités du pays, jadis peu ouvert aux naturalisations. Suite à l’invasion de 1914, notre capitale devient pendant quatre ans « une ville allemande ». Les quelques documents exposés concernant « Bruxelles allemand » rappellent entre autres que l’occupant impose à tous les Belges  de plus de 15 ans une carte d’identité bilingue, accompagnée d’une photographie… Rassemblés sous vitrine dans cette section, des livres scolaires et des photographies évoquent la fondation de l’école allemande de Bruxelles en 1902, 21 rue des Minimes, dans les bâtiments placés sous séquestre par les autorités belges en 1920 et où en 2005 s’installe le Musée juif de Belgique - une institution aux moyens limités, mais au dynamisme certain et dont les expositions témoignaient de volontés affirmées de faire découvrir au grand public l’histoire et l’art du judaïsme, dans toute sa pluralité.

    La renaissance du MJB ?

    En 2011, un grand projet architectural de transformation radicale des édifices existants fait entrevoir au public la réalisation prochaine d’une structure bien adaptée à la muséologie contemporaine et destinée à faire du MJB une institution muséale incontournable au sein de notre capitale, un musée moderne à l’architecture novatrice, inscrivant pleinement l’identité juive dans le paysage patrimonial et mémoriel bruxellois…

    Fermé pendant deux ans en vue d’une reconstruction qui semble aujourd’hui reportée sine die, le MJB espère visiblement se rallier une nouvelle clientèle en devenant pour le temps d’une exposition une sorte de succédané de musée de l’immigration - un musée prévu depuis 2001 par la Région bruxelloise, mais qui « se fait encore et toujours attendre dans la capitale belge ». Ouverte quelques mois après l’inauguration de la Maison de l’histoire européenne, l’exposition Bruxelles, terre d’accueil ? peut-elle contribuer à « la renaissance » du MJB ?

    Outre une partie audiovisuelle de témoignages de 16 étrangers venus habiter notre capitale qui complète le volet historique de l’exposition, Bruxelles, terre d’accueil ? présente aussi « le travail d’artistes émergents basés à Bruxelles (photographes, street artists, sculpteurs, vidéastes) qui abordent la question migratoire et la diversité culturelle dans le Bruxelles d’aujourd’hui ». L’imposant bâtiment à façade monumentale érigé en 1900 sur la rue des Minimes abritait jadis les collections permanentes, une riche bibliothèque et les bureaux du Musée juif de Belgique. Les salles de ce bâtiment vidées de leur contenu en vue des travaux accueillent le volet artistique de l’exposition Bruxelles, terre d’accueil ? Certes, les travaux de ces « artistes émergents » sont dignes d’intérêt, en particulier les œuvres vidéo de Thomas Israël sur l’exil syrien, mais la visite des quatre étages du vaste édifice sur lesquels se trouvent réparties ces œuvres d’art contemporain, mises en scène tant bien que mal dans des espaces vides, comme « en déshérence », ne peut que désoler le visiteur qui a connu le Musée juif de Belgique avant qu’il ne ferme ses portes début septembre 2015 pour être « entièrement réaménagé ».

    Expo Bruxelles, terre d’accueil ? jusqu’au 18 mars 2018
    Musée juif de Belgique, 21 rue des Minimes, 1000 Bruxelles
    Ma.-ve. 10h-17h, sa.-di. 10h-18h
    Infos  www.mjb-jmb.org/

     
     

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