L'opinion de Willy Wolsztajn

Le MRAX : Le besoin d'un antiracisme renouvelé et crédible

Mardi 5 décembre 2017 par Willy Wolsztajn, administrateur du CCLJ et ancien administrateur du MRAX
Publié dans Regards n°873 (1013)

Suite aux émeutes fomentées par des hooligans après le match opposant le Maroc à la Côte d’Ivoire, le Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie (MRAX) a fustigé des « troubles de l’ordre public de la police ».

Il invitait sur Facebook les personnes présentes à partager leurs vidéos « auprès d’associations luttant contre l’oppression policière ». La Belgique, Etat policier contre lequel luttent des organisations spécifiques ? Bigre !

Cela fait plus de dix ans que le MRAX dérive sous certaines influences politiques et idéologiques. Elles expliquent sa communication aberrante sur les émeutes de Bruxelles. Le MRAX subit la mainmise des Frères musulmans via le Collectif contre l’Islamophobie en Belgique (CCIB). Deux administrateurs du CCIB, Farida Tahar et Benoît Mouraux, siègent aussi au CA du MRAX, que Tahar vice- préside. L’islamisme des Frères musulmans n’a que faire d’antiracisme. C’est le CCIB qui a torpillé la Plateforme de Lutte contre le Racisme*. Seule l’intéresse la « lutte contre l’islamophobie ». Cette dernière vise à bâillonner toute critique de l’islam. Il s’agit de victimiser la population musulmane pour l’isoler afin de l’utiliser dans un projet d’islamisation de la société. Dès lors, vus du MRAX, les hooligans d’après match deviennent une minorité religieuse réprimée par la furia policière.

Souffle aussi sur le MRAX un vent mauvais d’identitarisme « décolonial ». Il considère que seuls les « racisés », les victimes de racisme, possèdent sur ce fléau une parole légitime, face à l’Etat et à une population dominante, « les Blancs », imprégnés de stigmates post- coloniaux. On saucissonne l’antiracisme en « silos » : « islamophobie », « négrophobie », « romanophobie », etc. On marginalise l’antisémitisme. Avec pour corollaires de minimiser le seul génocide perpétré sur le sol européen, d’éluder le négationnisme des génocides des Arméniens et des Tutsi, de nier l’antisémitisme musulman. Car, selon cette doxa, les « racisés » ne peuvent devenir racistes.

Ces perversions idéologiques discréditent l’action antiraciste. L’Europe se compose de sociétés multiculturelles, pluriethniques, métisses, et ceci de manière irréversible. Les flux migratoires accentueront le phénomène. Cette mosaïque de peuples, de cultures, de traditions, de croyances, ce melting pot trace le cadre général de la lutte antiraciste contemporaine.

La haine raciste peut frapper partout : dans la rue comme sur les lieux du travail, à l’école ou à l’entrée d’une discothèque, dans l’accès au logement comme sur un stade de football. Les comportements racistes affectent tous les segments de la société. En témoigne l’incendie de l’Institut kurde de Bruxelles par des extrémistes turcs.

Combat civique, l’action antiraciste concerne la société tout entière. Elle vise à la cohésion sociale. A ce titre, elle devrait contribuer à construire une conscience citoyenne qui transcende les clivages et particularismes identitaires.

Il est erroné d’analyser en bloc les sociétés européennes comme post-coloniales et de corréler cette histoire-là avec la virulence du racisme qui y sévit. Les pays européens les plus xénophobes sont des nations post-communistes comme la Hongrie, la Pologne ou les Etats baltes. La Grèce voit prospérer un parti néonazi à l’ancienne. Tous sont dépourvus de passé colonialiste.

Les leçons de l’Histoire peuvent nous inspirer. Le bilan du génocide des Juifs se révèle extrêmement variable selon des pays pourtant similaires et soumis à un régime d’occupation semblable. Il se ventile comme suit, en pourcentage de population juive assassinée, par pays : Pays-Bas, 79,7%, Belgique 43,1%, France 24,5%, Danemark 0 à 1% (selon les sources). Ainsi 79,7% des Juifs hollandais ont-ils été exterminés, et 99% à 100% des Juifs danois ont-ils été sauvés. C’est donc la population non juive qui constitue la variable déterminante, elle qui, au péril de sa vie, a soustrait des Juifs à l’entreprise génocidaire.

La solidarité constitue la clé de l’action antiraciste. Certes, les principales concernées sont les personnes victimes d’actes et de discriminations racistes. Qu’elles s’organisent. Qu’elles se rendent visibles et audibles. Qu’elles revendiquent. Mais il faut briser l’isolement. Si les discriminations n’intéressent que les seuls discriminés, rien ne bougera. C’est la mobilisation antiraciste des personnes non discriminées qui est décisive. D’où, toute parole antiraciste présente une égale légitimité, quelle que soit l’origine ethnique ou la couleur de peau de qui la porte. Comme administrateur du MRAX, j’y ai présenté les idées qui précèdent. Elles reçurent un accueil glacial. Réaction édifiante. Le moment est venu pour le MRAX de fermer boutique. Irréformable, cette institution pourrit sur pied, aux frais des contribuables. Son sort dépend du pouvoir politique. Celui-ci osera-t-il prendre ses responsabilités ?

Un espace existe pour une action antiraciste adaptée à notre époque. La gauche politique et sociale ne peut la monopoliser, même si ses militants fournissent le gros des troupes. Le libéralisme aussi doit s’engager. Il reste en général aux abonnés absents. L’islam politique n’a pas place dans un tel mouvement, les identitarismes non plus. Combat citoyen, l’antiracisme doit mobiliser toutes les composantes démocratiques de notre société, dans leur pluralisme. Mais sans naïveté, parfois vraie et souvent fausse. 

* Mise en place en 2012 par la ministre Laanan (PS) pour contrer les dérives du MRAX.


 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par De Lathouwer - 5/12/2017 - 22:04

    Merci Willy. A l'occasion, tu nous rédigerais pas un texte sur l'histoire du MRAX (MRAP...)?

  • Par Kalisz - 6/12/2017 - 0:25

    Cela fera combien d'années encore qu'il faudra répéter que cette organisation usurpatrice doit être liquidée. Le PS ne fait rien pour mettre un terme à son subventionnement. Ni d'ailleurs le secteur subsidiant de l'Education Permanente qui partage quelque peu son idéologie.

  • Par FRÉDÉRIC KWINTNER - 8/12/2017 - 14:53

    Merci beaucoup Willy pour ces "piqûres" de rappel essentielles. Oui, il est plus que temps de dénoncer les graves dérives de cet avatar de l'antiracisme qui se rend complice des projets de société les plus obscurantistes.