La famille Reinitz- Azoulay
Rubrique: Judaïsme & Culture
André (63), Irit (43), Yonatan (14), Dalia (7 ans et demi)

André. André Reinitz est né à Budapest en 1946, de parents hongrois. « A Ujpest, mon quartier,  j’étais le premier petit Juif circoncis d’après-guerre » souligne-t-il. Après avoir été enrôlé dans l’armée hongroise, fait prisonnier en Russie et soumis aux travaux forcés, son père, Gyula, travaille comme ouvrier tanneur. « Ma mère, Eva, a elle eu affaire à une sorte de Schindler qui tenait une filature à Budapest et protégeait des Juifs… jusqu’à ce qu’ils soient finalement déportés. Elle a réussi à s’échapper du camion ». Eva travaille ensuite comme ouvrière dans une droguerie, avant d’attraper la tuberculose. Elle quitte la Hongrie et son mari pour partir se faire soigner en Belgique. André a 10 ans. Il apprend le français et entre à l’école communale n°9 de Schaerbeek puis à Fernand Blum. Il sortira de l’ULB avec une licence en psychopédagogie. « Alors qu’on ne lui donnait plus que six mois de vie, ma mère vivra 50 ans de plus ! », suivant des cours du soir pour devenir aide-comptable. Elle décède en 2007, à l’âge de 82 ans. Le père d’André vit toujours à Budapest. Il a refait sa vie avec une catholique dont il a une fille.

Irit. Irit Azoulay est née à Kinshasa en 1966, d’un père juif marocain et d’une mère juive polonaise qui se sont rencontrés au kibboutz, en Israël. Elle est la cadette d’un frère, Doron, qui vit à Paris, et d’une sœur, Naomi, qui réside en Californie. Entre le Congo, la Turquie, l’Allemagne, la France, Israël et la Belgique, la famille a suivi le père, diplomate israélien. Irit a donc passé son enfance à Ankara (lycée français), son adolescence à Bruxelles (école Maimonide), elle a fait son service militaire en Israël, avant de suivre des cours de philo romane, anglaise et germanique aux universités de Tel-Aviv et de Francfort. Elle détient une licence en traduction hébreu-français (Paris) et une licence spéciale en écriture de scénario de l’ULB, avec Jean-Luc Dardenne comme directeur de mémoire. Ses parents, David (74) et Sarah (68), vivent en Israël.

La rencontre. C’est au CCLJ, à la fête de Souccot en 2001, que le couple fait connaissance. « Je faisais partie de la chorale dirigée par Michèle Baczynsky. Katty Rojtman qui organisait les fêtes juives nous avait demandé de venir chanter » se souvient Irit. « C’était ma première représentation en public et André nous accompagnait au piano. Il a ensuite été dire que je chantais beaucoup trop fort ! ». Lorsque la chorale se dissout, Katty propose à Irit de revenir, seule, « pour faire connaître les chansons israéliennes aux enfants ». André se souvient des premières répétitions : « En repartant de chez Irit, Katty m’a dit : “N’y compte pas trop, je veux la présenter à mon frère !” ». Ensemble, André et Irit auront une fille, Dalia, 7 ans et demi. Ils ont chacun un enfant issu d’un premier mariage. André a une fille, Anouk, 35 ans, et deux petits-enfants. Irit a un garçon, Yonatan, âgé de 14 ans.

Le judaïsme. Outre la déportation de plusieurs membres de sa famille et quelques rares souvenirs de Nouvel an à Budapest, « où on s’échangeait des cartes de vœux en cachette », André ne prend conscience de son judaïsme qu’après son arrivée en Belgique. « Rien de religieux, plutôt un lien de connivence, une attache affective » définit-il. « Avec ma grand-mère maternelle, couturière à domicile, nous avons été pris en charge par le Service Social Juif. Mes premières colonies de vacances avec la Fédération sioniste ont été un choc, je n’avais jamais entendu parler d’Israël ! Mon deuxième contact s’est fait par le Bund et Bella Szafran, puis Solidarité juive où j’ai grandi, j’y suis devenu moniteur puis directeur. J’ai ensuite été contacté pour animer la Colo Amitié, l’occasion pour moi de découvrir le ski ». André sera également musicien et chorégraphe du Théâtre yiddish Yikult au CCLJ, privilégiant la transmission culturelle du judaïsme. Irit, à qui les parents ont transmis un judaïsme « conflictuel », a opté pour le respect de la tradition, « sans son côté contraignant ». Elle va à la synagogue à Kippour et mange plus ou moins casher, à sa manière. Dalia fréquente l’Hashomer Hatzair depuis un an. Yonatan a fait sa bar-mitzva l’an dernier à la synagogue Maale. En famille, « on marque le coup pour les fêtes », et on mange aussi bien des boulettes à la hongroise que des boulettes marocaines, héritées des grands-mères.

Le quotidien. Dalia est en 2e primaires à l’école communale du Val Fleuri. Yonatan est en 2e secondaires à Ganenou. Longtemps traductrice free-lance, Irit est depuis six ans assistante parlementaire au Parlement européen. Après quinze ans de psychopédagogie, dans la formation et l’enseignement, André a lui décidé de devenir son propre patron, partageant son temps entre les répétitions et les prestations de son groupe de musique klezmer, Krupnik. Il dirige aussi une chorale sépharade et anime avec Myriam Fuks le kabalat shabbat de l’Heureux Séjour.

Krupnik. Cette soupe polonaise à base de cèpes et d’orge perlée a été choisie comme nom de groupe en 1998. « Dans le krupnik, tu ajoutes ce que tu veux, tant que la base demeure » insiste André. « La culture, c’est la même chose ! Elle se transmet comme une recette de cuisine, de bouche à oreille, en se modifiant mais en conservant ses principales composantes, ses racines ». Au service de la communauté depuis 1988, André a joué avec diverses formations musicales, au piano, à l’accordéon et à la voix. Le groupe Krupnik réunit à ses côtés un savoureux mélange de personnalités : Jean-Pierre Debacker à la clarinette, Joëlle Strauss au violon et à la voix, et Vimos Csikos à la contrebasse.

Combats. Irit l’affirme, André est un idéaliste. Après un premier combat contre la cigarette, il s’attaque à la malbouffe en tentant de commercialiser le maïs cuit. Mais le marché s’avère difficile. En 1983, Myriam Fuks lui propose de devenir son accompagnateur. Ils se produiront ensemble à travers le monde. Avec Krupnik aujourd’hui, il poursuit la transmission culturelle au sein de la communauté et au dehors, pour ne plus revivre des événements comme ce festival multiculturel organisé par Saint-Gilles en 2002, qui avait valu à son groupe de se faire huer pour le seul fait d’être juif. Krupnik vient de sortir son 3e cd Jewish Music. From here, there and everywhere.

La vie. Irit : 8,5/10. André : 7/10 (« Tout reste perfectible »). Yonatan ne sait pas. Dalia : 10/10 !

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Mercredi 9 juin 2010
Géraldine Kamps

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