Judaïsme
On a (enfin) découvert à quoi sert l’Agence juive
Rubrique: Politique & Société
Natan Sharansky : « La fonction de l’AJ, c’est d’aider les Juifs à entendre la voix de D.ieu »

Elle ne s’occupe plus de ramener les Juifs en Israël. Ni d’aider les nouveaux immigrants à s’intégrer. Ni de contribuer à l’éducation des Juifs en diaspora. Mais alors, que fait à présent cette organisation qui, en son temps, servit de gouvernement aux Juifs de Palestine ?

Dès le 15 mars prochain, les 52 centres dans lesquels 85% des immigrants en Israël apprenaient l’hébreu (les « oulpan ») risquent de fermer. Après 83 ans, l’Agence juive (AJ) refuse désormais de les financer ni même de s’en occuper.

Si l’Etat s’intéresse à cet extraordinaire outil d’intégration, il n’a qu’à le prendre en charge. De même pour les bourses universitaires que l’AJ versait à 6.000 étudiants juifs de Diaspora. Qu’ils se débrouillent sans elle.

L’alya (la « montée ») des Juifs en Israël a pourtant été sa raison d’être depuis 1929. Et elle a aidé 3 millions d’immigrants à s’installer dans le pays. Mais tout cela n’intéresse plus l’Agence juive.

Pour Natan Sharansky qui préside l’organisation depuis 2009, il est temps de tourner la page. Si des Juifs veulent venir, ils sont les bienvenus, mais on ne court plus derrière eux. Et s’ils ont besoin d’aide, que l’Etat s’en occupe.

Comme M. Sharansky a été élu avec l’appui -sinon les pressions- de l’actuel gouvernement, il a certainement effectué ce virage avec son accord. Ainsi, sans s’en vanter, la droite a renoncé à un des fondamentaux du sionisme : ramener les Juifs en Israël.

Bien sûr, c’est mieux emballé que cela : « Ce que nous devons faire, c’est aider les Juifs à entendre la voix de D.ieu. Et comment le faisons-nous ? En renforçant leur sentiment d’appartenance juive, de fierté et de traditions juives, et leur attachement à Israël.

Voilà notre fonction. Notre fonction n’est pas de leur imposer ce que D.ieu ne parvient pas à imposer, mais de leur faire entendre la voix ». C’est ce qu’expliquait le président de l’AJ en 2010*.

On notera que même si les fonds de l’AJ proviennent à 80% au moins de donateurs juifs de la Diaspora, un bouleversement aussi fondamental a été décrété sans la plus petite concertation avec les responsables communautaires de par le monde.

Là comme ailleurs, tous ces gens ont des difficultés avec le dialogue, mais passons. Concrètement, que va donc faire désormais l’Agence juive de  ses quelque 200 millions d’euros de budget annuel ?

Quand on aime (Israël), on ne compte pas

Eh bien, elle va « lutter contre l'assimilation en renforçant l'identité juive et les liens avec Israël des membres de la Diaspora ». Oui, mais concrètement ? On vient de le dire : « Le défi est désormais de maintenir et de construire l’identité juive en diaspora ».

Oui, mais... Eh bien, prenons par exemple les 400 « envoyés » (« shlihim ») de l’AJ de par la planète dont 250 aux Etats-Unis. Avant, ils s’occupaient -ou plutôt, selon le nouveau credo, perdaient leur temps à s’occuper- d’éducation.

Dorénavant, ils lutteront contre la « délégitimation » d’Israël, entre autres dans les universités. En clair, le gouvernement israélien a trouvé une nouvelle filière pour « réinformer », comme ils disent, les jeunes Juifs.

L’Agence juive s’ajoutera donc aux multiples services du Ministère des Affaires étrangères qui tentent de redorer un blason d’Israël que son gouvernement ne cesse de ternir. Avec un beau budget -payé par la Diaspora- pour un travail aux résultats… impalpables.

Mais l’Agence juive a aussi une autre utilité, des plus appréciables en période de crise : verser de rondelets salaires à ses responsables. Ainsi de Nathan Sharansky, lui-même. Du passé glorieux de l’Agence était restée une coutume officieuse :

le président de l’AJ reçoit un traitement équivalent à celui du Premier ministre, soit 125.000 euros, l’an.Autant dire, rien. En 2010, M. Sharansky s’est versé 165.000 euros, certainement bien mérités. Et il n’est que le n° 4 dans la grille des salaires de son organisation.

Il gagne moins que le directeur du Comité des employés ou le conseiller juridique et est vraiment loin des 370.000 euros du Dr. Misha Galperin, chef, il est vrai, de l’agence de collecte de fonds à New York. Son prédécesseur n’en gagnait que la moitié, mais les temps sont si durs…

Et tout cela, de bas en haut de la hiérarchie, sans la moindre obligation de résultat. L’Agence juive fait partie du service public israélien. Mais quand on aime (Israël), on ne compte pas.

*http://www.desinfos.com/spip.php?page=article&id_article=17970

Sur ce sujet, on lira aussi : « Révolution à l’Agence juive ». http://www.cclj.be/article/2166

Mercredi 22 février 2012
O.W.

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Ne manque-t-il pas quelque chose dans cet article : sa conclusion logique : que les Juifs de Diaspora cessent de contribuer en vain à une gabegie pareille et fassent de leurs dons un meilleur usage. Il y a suffisamment de besoins sociaux et culturels qui ne sont pas rencontrés ici et maintenant.

La revue Regards devient de plus en plus violente contre ce qu’elle n’aime pas en Israël : son gouvernement de droite (élu démocratiquement pourtant), ses religieux (qui ont le droit de l’être, même s’ils « excommunient » les juifs non observant), l’Agence Juive maintenant, etc, etc.
M. Wesoly est devenu cette revue Internet, pratiquement à lui seul, d’où l’utilisation de ses initiales OW dans trop de brèves.
Sans doute pour moins lasser.
Il fait un véritable travail de sape auprès des juifs belges non orthodoxes.
Il n’y a qu’à lire le 1er commentaire, qui est effectivement la conclusion logique d’un tel article : ne donnez plus à l’A.J.
Facile à dire et à faire, car cette collecte est volontaire, contrairement à celle des impôts.
Vous trouvez qu’il y a moins de gabegie, et de besoins sociaux et culturels avec l’état belge ?
Pourquoi M. Wesoly n’écrit-il pas à ce propos ?
Parce que c’est illégal d’inciter à frauder, et puis le CCLJ bénéficie de l’appui belge.
Peut-être pas de celui de l’A.J ?
Mais cela est dû à la structure mise en place par la communauté juive belge, car en France, c’est différent.
Attaquer de cette façon l’Agence Juive, c’est jeter le bébé avec l’eau du bain.
C’est l’institution à l’origine d’Israël, et qui maintient encore le lien entre la Diaspora et Israël.
Il s’agit du cœur du sionisme.
N’en déplaise à M. Wesoly, il y a de moins en moins de juifs qui veulent s’installer en Israël, car les plus persécutés y sont partis.
Il est normal que l’Agence Juive fasse évoluer sa mission.
Il ne s’agit plus de créer Israël, mais de maintenir la Diaspora (à sa demande d’ailleurs, contrairement à ce qu’il sous-entend).
Or il n’y a pas de Diaspora sans juifs, que je sache.
Il n’y a qu’à voir la communauté juive belge, qui s’étiole.
Pour les rares salaires élevés de l’A.J, ils me choquent moins que les détournements sournois que certains dirigeants d’ASBL ont pratiqués ici.
Est-ce à dire que ces ASBL, sont aussi coupables par association, suivant la logique de M. Wesoly ?
Ces dirigeants sont souvent issus du politique, où les salaires sont peu ou pas imposés, et où les défraiements sont importants.
Je ne connais aucun pays, qui déroge à ces pratiques, sauf dans le monde « idéal » du kibboutz (qui est une communauté, pas un pays), mais ce dernier est en train doucement de disparaitre.
Par comparaison avec la France, je n’ai jamais lu de tels coups bas dans une revue juive « mainstream », pour l’instant.
Je vois bien la haine de soi (qui prend prétexte de l’autre), qui se développe chez certains juifs, qui adoptent peu ou prou la propagande antisémite d’origine islamiste.
Ainsi l’exemple caricatural de Sean Stone, fils d’Oliver Stone, dont son père était juif, qui vient de se convertir au Chiisme en Iran (il prétend que non à posteriori).
Pour eux, la Shoah est exagérée, face aux vraies « souffrances » du peuple palestinien.
En fait, de n’importe quelle autre nation que les juifs.
Oliver Stone est né en 1946, d’une mère française et d’un père américain juif.
2 ans plus tôt, il n’aurait pas survécu en France, mais cela ne l’effleure même pas.
Lire www.slate.fr/lien/25455/oliver-stone-juifs.
Noter que le père n’assume pas plus ses propos, que son fils, sa conversion.
Tout cela remonte à la non-transmission de ce qu’est être juif.
Il n’y a certainement pas une seule façon de l’être.
C’est d’abord accepter ses racines, et sa communauté qui en est issue, dans toute sa diversité politique et religieuse.
Certains disent qu’est juif, celui dont ses enfants se sentent juifs.
C'est-à-dire celui qui transmet ses valeurs essentielles à ses enfants.
Cela me semble une meilleure définition, que la filiation matrilinéaire de la Halakha.
Il s’agit de se rappeler d’où l’on vient, au contraire des Stone égocentriques.
Là est le danger, se penser au-dessus de la « mêlée » ou connaître l’« unique » vérité (M. Wesoly).
Si l’on est issu de rien, alors on retournera au rien, et on n’appartient à rien.
Il faut noter que cette question est celle de la nationalité.
Qui est français, qui est suisse, qui est américain, sont des questions auxquelles il sera de plus en plus difficile de répondre, dans un monde nomade et globalisé.
Car chacune de ces nationalités, a une définition juridique différente, et toute aussi arbitraire.
Une de nos différences, c’est qu’il n’y a pas de passeport juif, d’où la question qui est juif ?
C’est que les judéens se sont expatriés bien avant cette invention, et paradoxalement c’est ce qui nous a permis de survivre à la destruction du pays d’origine.
Voilà à quoi sert l’Agence Juive, n’en déplaise à M. Wesoly, qui n’est pas moins sectaire que ceux qu’il dénonce.
Samy Kijner

Comme c'est intéressant: on se permet de critiquer les dérives de cette prestigieuse institution que fut l'Agence juive et on se fait traiter de mauvais Juif parce que c'est pire ailleurs. Que faire sinon pousser un (gros) soupir et assumer?

Samy
"C’est d’abord accepter ses racines, et sa communauté qui en est issue, dans toute sa diversité politique et religieuse."
N'est ce pas exactement le contraire qu'est en train de faire l'AJ ?
Est ce trop pour vous d'entendre qu'on peut déplorer que l'AJ soit confisquée par "quelques-uns?" .

Est-ce que franchement la Diaspora a besoin des conseils intéressés d'Israël pour se maintenir? Pendant des décennies, le seul objectif de l'AJ a été de vider cette Diaspora de sa substance - et ce travail continue d'ailleurs dans les écoles et mouvements de jeunesse d'où la réflexion sur la vie juive en Diaspora est presque totalement absente. Quant aux cultures juives, elles ont été laminées sous le rouleau compresseur du folklore israélien, avec l'assentiment de tous évidemment. Résultat : l'impasse de la désaffection et des réflexes politiques d'une vassalité affligeante. La première chose à faire, c'est de se débarrasser de ces fils à la patte et de se conduire en adultes.