Propos d'un libre penseur
Dérapages
Rubrique: Politique & Société

Les faits sont très graves. Une jeune fille de 13 ans insultée à l’école, giflée, traitée de sale juive. J’écris cet article en venant de lire un texte de Viviane Teitelbaum, députée bruxelloise MR, qui se demande pourquoi la presse et les organismes consacrés à la lutte contre le racisme n’ont pas encore réagi. On verra. Mais réagissons tout de suite. A l’égard de l’antisémitisme banalisé, nous devons adopter une politique simple : tolérance zéro.

Je parle ici d’injures prononcées face à face, de menaces, de violence. Et non de discours tenus dans la presse, dans un tract, dans un auditoire universitaire, sur Internet. La liberté d’expression doit être garantie de la façon la plus large. Cela veut dire qu’il faut que la Justice intervienne le plus tard possible, quand les propos ont vraiment dépassé les limites. Mais quelleslimites ? Il n’y a d’accord dans les grandes démocraties que sur une partie des bornes assignées à l’expression : la diffamation, la violation de la vie privée, etc. Pour d’autres limites, le désaccord est parfois fondamental. Faut-il tolérer les propos racistes et négationnistes ? S’ils constituent des menaces directes et suscitent un passage à l’acte immédiat, comme dans le cas de l’incident antisémite évoqué plus haut, aucun doute n’est permis : l’injure raciste n’est pas protégée, surtout si elle s’accompagne de violences physiques. Pour les discours racistes dans la presse ou dans des meetings, les opinions divergent. Les Américains les considèrent comme protégés au nom de la liberté d’expression, essentielle à la vie démocratique. Beaucoup d’Européens considèrent en revanche que le fait de laisser circuler de tels propos banalisera la parole antisémite et favorisera le passage à l’acte. Il faut donc que leurs auteurs en rendent compte devant la Justice.

En ce qui concerne le libre débat politique, il est crucial de démonter les discours racistes. Deux exemples me suffiront ici. Un professeur de l’ULB a été traité par un ex-étudiant, sur sa page Facebook, de « suceur de bites sionistes ». Ne nous soucions pas trop de ce philosophe, qui en a vu d’autres. Laissons aussi de côté ce que révèlent de tels propos du côté de leur auteur : de très intéressants fantasmes (homo)sexuels. Je voudrais insister sur ceci : ne croyez pas que le terme « sioniste » soit plus acceptable, plus politiquement correct que le mot « juif ». Dénoncer le sionisme en tant que tel supposerait en effet que touteidée d’installation des Juifs dans la Palestine ottomane, puis mandataire, ait été illégitime. Il y a des sionistes de gauche, de droite, laïques et religieux : tous s’accordent au moins sur la légitimité d’Israël dans les frontières dites de 1967. Récuser toute forme de sionisme revient simplement à mettre en cause l’existence d’Israël.

Mon second exemple en constitue une preuve vivante. Le célèbre « dissident » Dieudonné s’exprime aujourd’hui sur les antennes de la télévision iranienne. Cela doit faire bien plaisir à tous ceux qui ont été violés et torturés dans les prisons du régime après les manifestations contre la réélection truquée d’Ahmadinejad. Voici donc le Dieudonné nouveau : carpette autoproclamée des tyrans. Après avoir fait un éloge sans nuances de l’islam -l’interview est sur Youtube-, il loue également les chrétiens, Jésus étant reconnu comme un prophète par les musulmans. Quelle désinvolture pour les minorités chrétiennes en Terre d’islam, aujourd’hui si menacées ! Mais l’ami de Faurisson garde le meilleur morceau pour les « sionistes » (tiens, on est passé tout à coup de la religion à
la politique, ce qui n’est nullement innocent). Les sionistes, selon lui, ont en eux « quelque chose » d’intrinsèquement pervers et, en France, ajoute-t-il, ils « tiennent » même l’édition des livres scolaires, autant dire toute l’éducation. Il mentionne les éditions Nathan. Vous connaissez ? Voici donc la preuve même de ce que, quand Dieudonné dit « sioniste », il veut dire « juif ». Il aurait dit « sioniste », le discours n’en aurait pas été moins infâme.

Tout ce contexte délétère rend la vie insupportable à une petite fille juive dans son école : « ça s’est passé près de chez vous ».

Mardi 6 décembre 2011
Guy Haarscher

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