Directeur du Monde, l’écrivain Eric Fottorino sonde son chaos intérieur. Celui d’un enfant de 50 ans qui renoue avec son père biologique. Dans son dernier livre Questions à mon père (Gallimard), sa quête originelle l’entraîne vers ses racines juives marocaines et vers une renaissance, aussi belle qu’essentielle.
Vous prônez la puissance des mots contre
Ecrire « mon père » sur la couverture du livre, est-ce lui redonner sa place ? C’est une justice. Je ne l’exclus plus, même si cela ne retire en rien la place de Michel, le père qui m’a adopté et élevé. Maurice et moi, nous nous sommes ratés pendant 50 ans. Il a fallu se découvrir et comprendre certaines choses. Je redoutais que l’aimer reviendrait à trahir Michel. Depuis sa brusque disparition, ce combat s’est atténué en moi. Ce récit est celui d’un fils, amené à reconnaître son père.
Comment ces deux hommes cohabitent-ils en vous ? L’un est vivant, l’autre est mort… L’un a été appelé « papa », l’autre pas. Ils ne sont pas sur un pied d’égalité, chacun a sa place, sa singularité. Mon livre précédent racontait un deuil, celui-ci une renaissance. Maurice ne restitue pas la part manquante, mais il m’a éclairé sur mes origines juives. Avant, j’étais face à un gouffre, là je suis plus sûr de mes fondations. La vie m’a rempli. Je ne me retournais pas sur mon passé, sauf dans mes romans. A présent, le miroir me renvoie l’image d’un homme entier.
« Il y a un Juif en moi que je ne connais pas », que ressentez-vous vis-à-vis de lui ? Je sais désormais des choses qui me permettent de mieux me situer dans mon histoire. Il n’y a pas d’élan volontariste, religieux ou mystique, juste une curiosité envers une culture dont j’ai été tenu éloigné. Je suis touché par le rituel, ces moments radieux aux cours desquels on se réunit pour célébrer quelque chose. Bien qu’étant foncièrement individualiste, j’aime l’idée d’une communauté, où l’on se sent protégé, écouté et solidaire.
Votre famille est issue du désert marocain. En quoi est-elle gravée en vous ? Les photos et les souvenirs évoqués ne remplacent pas une voix ou une présence vivante, mais cette famille irréelle est inscrite en moi. Elle m’évoque un décor lointain, dans lequel j’ai enfin le droit d’entrer et que je revendique comme étant mien. L’histoire de mes grands-parents est impressionnante et attendrissante. Mardochée venait d’une oasis, Fréha de la bourgeoisie, or ils ont réussi à passer leur vie ensemble. Je suis intrigué par cet homme, féru de politique et de religion juive, qui ne songeait qu’à comprendre et à s’élever.
Leur fils, Maurice, incarne-t-il l’éternel Juif errant ? Toujours un peu à côté, il a eu du mal à trouver
Questions à mon père
« Je touche à
Eric Fottorino, Questions à mon père, éditions Gallimard


Ajouter un commentaire