Décès

Ignace Lapiower nous a quittés

Lundi 8 janvier 2018 par La Rédaction

C’est avec tristesse que nous avons appris le décès d’Ignace Lapiower le 1er janvier 2018. Ancien partisan armé juif, Ignace Lapiower a compté parmi les résistants belges les plus actifs et les plus déterminés contre les nazis. Aux côtés de quatre autres partisans armés juifs, Ignace Lapiower s’est vu décerné le titre de Mensch de l’Année 2009.

 

Ignace Lapiower est né en 1923, à Boryslaw en Galicie orientale. Au contact d’un oncle communiste, il entre à l’Hashomer Hatzaïr, puis aux Jeunesses socialistes. En 1938, Ignace et sa mère émigrent à Anvers où vit une tante, très engagée dans le soutien à l’Espagne républicaine.

Apprenti tailleur dans un petit atelier, Ignace adhère au YASK (Yddisher Arbeiter Sport Klub), le club sportif ouvrier juif animé par Dov Lieberman. Dès l’automne, ce dernier réunit un groupe de jeunes Juifs décidés à lutter contre l’occupant. Ignace en fait partie.

Par l’entremise de Dov, il prend contact avec la Jeunesse communiste à Bruxelles. Ses premières actions sont modestes : chaulage, distribution de tracts, etc. Refusant de répondre à la convocation de l’AJB, le jeune résistant et sa mère plongent dans la clandestinité. En septembre 1942, Ignace passe à la résistance armée, avec son ami Henri Dobrzynski. Ignace, alias « François », puis « Grégoire », est sous les ordres de David Lachman.

Fin 1942, la direction de l’Armée des Partisans ordonne d’attaquer des officiers allemands en représailles à l’exécution d’otages par l’occupant. Une première action menée rue d’Arlon se solde par un échec : l’Allemand, soupçonneux, dégaine lorsque les Partisans font mine de l’aborder. Peu après, son camarade Henri Zilberstein, chargé d’exécuter un légionnaire wallon, parvient à l’abattre mais tombe aux mains des Allemands. Il est fusillé après d’atroces tortures.

Ignace n’a pas oublié les contraintes auxquelles ils étaient soumis : « Etre constamment en alerte partout, c’était ça notre vie; une chasse à l’homme permanente. Ceux qui étaient pris et qui n’avaient pas le temps de se débarrasser de leurs armes le payaient très cher ». Lors de l’exécution d’un collaborateur à Laeken, le revolver de « Robert » (M. Edelsztein) s’enraye. Chargé de couvrir l’action, Ignace surgit, tirant en l’air pour dégager son camarade. Les Partisans en fuite se précipitent dans un grand parc, réalisant trop tard qu’il s’agit du domaine royal ! Ignace perd ses chaussures dans leur course désespérée, sous les balles des gardes allemands de la résidence de Léopold III...

Devenu commandant de compagnie, il poursuit les actions jusqu’à la Libération. Sa mère, déportée, est morte à Ravensbrück. Seule sa tante revient des camps. Les camarades belges rentrent chez eux, peuvent penser à fonder un foyer. Après avoir tant lutté, tant espéré, le partisan étranger démobilisé est écrasé du sentiment de la défaite. « Moralement, vous étiez déjà un indésirable qu’on refoulait et matériellement, on vous accordait généreusement une pièce d’identité “blanche” avec l’inscription : “doit émigrer” », se souvient Ignace. Il n’a pas de métier et vit replié sur lui-même. Il se joint à un convoi d’ex-prisonniers de guerre et déportés civils soviétiques, rapatriés de Belgique vers l’Union soviétique. Arrivé à Dessau, confronté à la méfiance hostile des agents du NKVD, il entrevoit la réalité terrifiante du stalinisme.

A l’USJJ (Union sportive des jeunes Juifs), il rencontre Janina Wajsburt, originaire d’une famille bundiste et l’épouse en 1948. Alain et Hélène naissent de cette union, tous deux très marqués par le parcours résistant d’Ignace. Alain précise : « Tailleur pour dames, mon père travaillait le plus souvent à domicile. Les autorités ont tout d’abord rejeté sa demande de naturalisation en raison de son engagement politique. Peu disposé à témoigner en public, il considère qu’il a eu de la chance de n’avoir pas été arrêté et déporté dans les camps mais ne voit pas trop bien de quoi parler, ne correspondant ni au modèle des victimes, ni à celui du combattant héroïque. La première fois qu’il a témoigné de son expérience de Partisan, c’est quand André Dartevelle est venu le chercher pour son film TV “A mon père résistant” (1995), lui consacrant le deuxième volet d’un documentaire sur les PA ».

Johannes Blum confirme volontiers l’extrême pudeur d’Ignace Lapiower : « Lorsque j’ai pris contact avec lui, il était plutôt hésitant pour témoigner. La résistance qu’il a menée contre les Allemands s’inscrit dans un élan de fraternité ».

Nous présentons à sa famille et à ses proches nos plus sincères condoléances. 


 
 

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  • Par Alain Lapiower - 11/01/2018 - 11:48

    J'ai mis un peu de temps à le découvrir car j'étais "ailleurs". Je vous remercie pour pour ce bel hommage à mon père.
    A.L.