Communiqué

Enquête : Qui sont les jeunes Juifs de Bruxelles ?

Vendredi 29 novembre 2019 par Le Centre communautaire laïc juif David Susskind - CCLJ

La revue Regards (CCLJ), en collaboration avec l’Institut d’étude du judaïsme de l’ULB, et sous la supervision du sociologue Claude Javeau, professeur émérite de l’ULB, publie les résultats de son enquête sur la jeunesse juive bruxelloise. Jusqu’à présent, aucune enquête de ce type n’a été menée en Belgique. Elle vient donc combler une lacune en saisissant mieux la réalité des jeunes de cette communauté.

Notre enquête s’est déroulée entre septembre et décembre 2018 et a été menée selon la technique du questionnaire standardisé. Le questionnaire a été soumis à 150 jeunes Juifs âgés de 14 à 18 ans, membres des mouvements de jeunesse juifs ou inscrits au cours de religion israélite dans une école non juive.

Nos répondants, légèrement plus féminins que masculins, habitent des communes situées dans la couronne méridionale de Bruxelles-Capitale, en y incluant Rhode-St-Genèse. On les trouve tous dans les écoles secondaires, d’obédience juive ou non. La majorité des répondants ne fréquentent pas une école juive. Un dixième annonce même être inscrit dans une école du réseau catholique (« enseignement libre »).

A travers un questionnaire portant sur les grandes thématiques de l’identité juive contemporaine (pratique religieuse, rapport à Israël, mémoire de la Shoah, antisémitisme, relations avec le monde non juif, etc.), nous avons essayé de répondre à une question à la fois simple et très complexe : qui sont les jeunes Juifs de Bruxelles en ce début de 21e siècle ?

Cette enquête constitue sans doute le début d’une recherche plus approfondie sur les Juifs de Belgique, avec notamment des entretiens individuels pour éclaircir la compréhension de certains concepts, ne serait-ce que le sionisme qui peut être interprété différemment par les uns et les autres. Elle nous permet cependant d’en savoir plus sur ceux qui sont amenés à être les adultes de demain et de sortir de bien nombreux clichés qui entourent les Juifs en général. Ciblant des jeunes qui évoluent dans un cercle familial, lequel exerce inévitablement sur eux une influence, elle nous apporte par la même occasion des informations sur leur entourage.

Du judaïsme à la judéité

Les résultats de notre enquête ne font que confirmer la poursuite du processus de sécularisation des Juifs entamée depuis leur entrée dans la modernité dans le courant du 19e siècle, processus qui ne se traduit pas par une rupture avec leur judéité.

A travers les réponses données, notre enquête montre bien que la majorité de ces jeunes Juifs définissent leur identité en des termes moins religieux ou non religieux. Dans leur grande majorité, ils ne respectent pas les pratiques spécifiques des règles de la casherout (prescriptions alimentaires du judaïsme) ni celles du Shabbat (jour de repos dans le judaïsme). Leur conscience juive s’exprime plutôt de manière culturelle et passe par leur fréquentation de l’école juive, du mouvement de jeunesse juif et de leur relation avec Israël.

Leur attachement à la judéité ne va pas à l’encontre d’une intégration à la société majoritaire. Une minorité significative de ces jeunes sont issus de couples mixtes et une majorité d’entre eux cultivent des relations avec des non-Juifs. Pour une majorité aussi, la mixité ne pose aucun problème : l’identité juive de leur futur conjoint ou partenaire ne constitue nullement un critère dans leur choix.

Lorsqu’on observe leur rapport à la religion et à la pratique religieuse, on constate que le processus de sécularisation et de laïcisation de leur identité juive ne s’est pas interrompu. Ce qui ne place pas ces jeunes Juifs en décalage avec les jeunes Belges non juifs. Cette réinterprétation du judaïsme évacuant le respect des prescriptions religieuses se vérifie pleinement dans les réponses données. Même pour les rites de passage, cette tendance se confirme lorsqu’ils se dirigent vers un centre communautaire, et non pas une synagogue, pour le célébrer. Et s’ils sont amenés à se rendre dans une synagogue, ce n’est pas pour se conformer aux prescrits de la tradition religieuse. Dans cette configuration, l’école juive (qui n’est pas religieuse) et le mouvement de jeunesse juif leur permettent d’exprimer leur judéité et de lui donner du sens.

Majoritairement ashkénaze, la mémoire de la Shoah se décline à la fois en famille et en collectivité. Non seulement il s’agit d’une mémoire qui leur a été transmise, mais qui les influence dans leur éducation.

Contrairement à ce qui peut exister en France, le lien avec Israël n’est pas corrélé avec leur pratique religieuse. Cet attachement est fort, tout en étant lucide et marqué par l’esprit critique. C’est ce qui explique que les jeunes interrogés considèrent Israël comme important (85%), qu’ils soutiennent unanimement son existence (95%), et qu’ils se sentent sionistes (65%). Toutefois, cet amour d’Israël ne les aveugle pas puisqu’une majorité (74%) ne soutient pas inconditionnellement la politique du gouvernement israélien et ne souhaite pas faire son alya, c’est-à-dire s’installer en Israël.

A la question « à quoi ressemble un jeune Juif bruxellois ? », on peut répondre qu’il n’accorde que très peu d’importance aux prescriptions religieuses, qu’il ne croit pas en Dieu, et ce même s’il est encore attaché à certaines traditions et célébrations juives. Il est tolérant en ce qu’il est ouvert sur l’Autre et qu’il est pleinement intégré à la société, même s’il fréquente une école juive et/ou un mouvement de jeunesse juif.

Vous pouvez tékécharger l'enquête ci-dessous


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Rafi - 29/11/2019 - 11:12

    Pas étonnant qu une partie de notre jeunesse ait déserté l enseignement juif depuis le départ de Monsieur Damon qui a été jeté de Ganenou comme un mouchoir dont on se debarasse quand on en a plus l usage.
    Depuis cette école peut être comparée à n importe laquelle d autre puisque elle a perdue son âme juive

  • Par Henri Roanne-Ro... - 29/11/2019 - 22:51

    Une question :Et les jeunes Juifs qui ne fréquentent pas une ecole juive et qui ne sont pas membres d’un mouvement de Jeunesse juif ?

  • Par Guetta myruam - 30/11/2019 - 2:05

    Vous avez fait juste un exemplaire minimisé de la société juive à Bruxelles !!!! 25% de la majorité des juifs en Belgique !
    Ne correspond pas du tout à la communauté juive de Bruxelles !!!!!!!!!!!!mais que du CCLJ !!!!!!
    En deux mots cette article est donc paru que pour ce même % de lecteurs juif !

  • Par Quéva Patrick - 30/11/2019 - 11:48

    Cette enquête me rassure au plus haut point.
    Il faudrait la divulguer plus largement pour faire savoir que tous les Juifs de l’extérieur d’Israel ne sont pas particulièrement en accord avec la politique désastreuse des gouvernants israéliens qui , à mon avis est à la base de la monté de l’antisémitisme, bien sûr condamnable, de par le monde.

  • Par Rafi - 2/12/2019 - 6:09

    Patrick
    Je ne pense pas que ce soit la politique d Israël qui soit à l origine de l antisémitisme

    Je pense que l antisémitisme est dans les gènes d une partie de la communauté non juive.

    Rafi