Communauté juive

CCOJB : Une présidence volontariste et rigoureuse

Mardi 24 septembre 2019 par Nicolas Zomersztajn
Publié dans Regards n°1049

Peu connu du grand public au moment de son élection à la présidence du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) en octobre 2016, Yohan Benizri achève à la fin du mois de septembre son mandat de trois ans. L’occasion de dresser le bilan de son action à la tête de l’institution représentative du judaïsme belge francophone.

 

Voir le CCOJB présidé par un jeune, religieux, séfarade et sans expérience au sein d’une organisation juive était un cas de figure que certains envisageaient avec perplexité, d’autant plus que ce président était associé, à tort ou à raison, à la présidence contestée de son prédécesseur. Une nouvelle page s’est pourtant tournée et Yohan Benizri a réussi à apaiser l’atmosphère tendue des derniers mois de la présidence de Serge Rozen, en insufflant un climat de dialogue et de consensus au sein du CCOJB, afin de permettre à cette institution de bien défendre les intérêts de la communauté juive. « Yohan Benizri a vraiment rétabli le CCOJB dans son rôle d’institution représentative, écoutée à la fois au sein de la communauté juive et à l’extérieur de celle-ci, que ce soit dans les médias ou auprès du monde politique », fait remarquer Stéphane Wajskop, administrateur du CCLJ et membre du comité directeur du CCOJB.

Pour compenser son manque d’expérience au sein d’une institution communautaire, Yohan Benizri a pris soin de rencontrer toutes les organisations membres du CCOJB avant son élection. Cette initiative ne visait pas seulement à exposer sa vision, mais surtout à écouter et à mieux connaître leurs activités. « Il a fait campagne en rencontrant les responsables des différentes organisations membres du CCOJB et il a surtout tenu compte des remarques et des revendications qui lui ont été faites », se souvient Henri Benkoski, secrétaire général du CCOJB et membre du comité directeur depuis de nombreuses années. « Il a donc eu cette humilité d’écouter et de prendre en considération ce que les plus anciens avaient à lui dire ».

Ce qui a frappé les esprits réside aussi dans le style nouveau qu’il a imprimé. « Tout en étant bénévole, Yohan Benizri a réussi à insuffler de la rigueur et une forme de professionnalisme », souligne Henri Benkoski. « Cela nous a évidemment tous surpris dans un premier temps, mais nous avons vite constaté que c’était une plus-value importante en termes d’efficacité. Avec une véritable répartition des tâches au sein du Comité directeur, nous avons pu progresser dans de nombreux dossiers ».

 Victoires judiciaires

Cette présidence apaisée a surtout été marquée par une série d’actions judiciaires intentées avec succès par le CCOJB. « En matière contentieuse, il s’agit notamment de notre influence sur le droit de notre pays, à travers nos victoires judiciaires contre Laurent Louis, Dieudonné, mais également la reconnaissance de la qualité de victime de l’ensemble de la communauté juive, à travers notre constitution de partie civile, dans le procès de l’attentat terroriste et antisémite du Musée juif de Belgique », relève Yohan Benizri. « Mais on doit également citer l’évolution positive du traitement de l’antisémitisme, de l’homophobie et du racisme dans les stades, à laquelle le CCOJB est loin d’être étranger ».

Juriste de formation et avocat dans un cabinet international, Yohan Benizri serait-il tenté de judiciariser la lutte contre l’antisémitisme ? « Je ne le pense pas », estime Henri Benkoski. « Sans être procédurier, Yohan Benizri a pris conscience que les communiqués et les admonestations ne mènent à rien, car nous sommes face à un problème systématique de non-réaction de la part des médias et du Parquet dans un nombre hélas croissant d’incidents antisémites ».

C’est sûrement ce souci d’efficacité qui a amené le CCOJB à introduire en novembre 2017 devant la Cour constitutionnelle un recours en annulation des décrets qui interdisent l’abattage sans étourdissement en Wallonie et en Flandre. Pour certains, cette action n’allait pas de soi, dans la mesure où il s’agit d’une question liée à l’exercice du culte et non d’une question politique. « Qu’il soit ou non dans son rôle, Yohan Benizri préside la coupole des organisations juives de Belgique francophone », avance Marie-Cécile Royen, journaliste au Vif spécialiste des minorités religieuses et culturelles en 
Belgique. « Il me semble donc évident qu’il prenne position sur une question aussi fondamentale que celle de l’abattage rituel. En portant le débat devant la Cour constitutionnelle, il a fait le choix judicieux d’évacuer la charge émotionnelle de ce dossier très sensible ».

La question sur l’opportunité pour le CCOJB de porter le débat de l’abattage rituel a d’ailleurs été discutée en interne. Le sentiment unanime s’est vite dégagé que la communauté juive était confrontée à un phénomène aux contours éminemment politiques. « Ce dossier est fondamental pour le judaïsme en général, et pour tous ceux pour qui l’être juif ne se résume pas à la mémoire de la Shoah et à Israël », insiste Yohan Benizri. « Tout le monde a bien à l’esprit que le dossier de la Shehita ne peut être dissocié d’un risque en ce qui concerne la circoncision. Cela étant, ce dossier pose de vraies questions sur nos valeurs et la protection des minorités en Flandre et en Wallonie. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé, tous ensemble, juifs ou non, pratiquants et non pratiquants, de faire appel à l’ordre judiciaire pour vérifier la légalité des mesures adoptées ». 

La procédure devant la Cour constitutionnelle est suspendue depuis que cette dernière a décidé en avril dernier d’adresser trois questions préjudicielles à la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) afin de vérifier la légalité de l’interdiction de l’abattage avec la législation européenne, qui permet effectivement cet abattage en tant qu’exception à la règle de l’étourdissement préalable, pour autant que cela se passe dans un abattoir agréé.

 Dîner de gala

Ces trois dernières années, le CCOJB a également cherché à tisser davantage de liens avec le monde politique et à maintenir une présence dans les médias. « En matière politique, il s’agit de l’achèvement du projet de sécurisation des bâtiments de la communauté, dont j’ai hérité, et l’adoption par le Sénat belge, le Parlement européen et le Conseil européen de textes spécifiques sur l’antisémitisme, qui tous donnent une place prépondérante à la définition de l’antisémitisme proposée par l’IHRA », rappelle Yohan Benizri. « Il y a également eu le franc succès qu’a remporté notre dîner bisannuel en septembre 2018, nos luttes incessantes contre les mouvements de diabolisation ou d’isolation d’Israël, et notre solidarité sans faille pour l’Etat juif ». Selon Marie-Cécile Royen, cette présence médiatique est une bonne chose, car elle permet de bien saisir les besoins de la communauté juive : « Outre les discours qui y sont prononcés, le dîner de gala du CCOJB est un rendez-vous important pour faire connaître les préoccupations de la communauté juive. En invitant à cet événement des personnalités issues de milieux et d’horizons différents, le CCOJB brise aussi le cloisonnement et l’entre soi qui existent parfois dans le monde politique belge ».

S’il a également veillé à entretenir de bonnes relations avec le Forum des organisations juives de Flandre, Yohan Benizri n’a pas non plus négligé le volet international. Comme de nombreuses problématiques ne s’arrêtent pas aux frontières du Royaume, il était important de coordonner certaines initiatives avec d’autres organisations juives représentatives, mais aussi avec le Congrès juif européen et le Congrès juif mondial.

 Vers une professionnalisation

Reste une question importante pour l’avenir du CCOJB : sa professionnalisation. Si le CCOJB veut avoir les moyens de ses ambitions et de ses obligations, le passage d’une structure fondée sur le bénévolat à une organisation professionnalisée s’impose. La grande ambition de Yohan Benizri, qu’il regrette de ne pas avoir pu mettre en œuvre durant ces trois ans, c’est de doter le CCOJB d’un directeur général afin d’en assurer la gestion quotidienne. Ils sont nombreux à faire ce constat, d’autant plus que les évolutions sociologiques de la communauté juive favorisent cette professionnalisation. « Par le passé, le CCOJB a souvent fonctionné avec des présidents disposant de suffisamment de moyens financiers pour s’occuper à plein temps du CCOJB », souligne Stéphane Wajskop. « Aujourd’hui, ce modèle est obsolète. Un président comme Yohan Benizri est jeune, il a une famille dont il doit s’occuper et il a une activité professionnelle prenante. Il est à l’image des Juifs de sa génération. Si nous souhaitons les impliquer dans la vie communautaire, la professionnalisation d’une institution comme le CCOJB est donc nécessaire ». C’est la raison pour laquelle la création d’un poste de directeur général a été discutée au sein du CCOJB. « C’est en cours, même si cela ne pourra être tout à fait finalisé qu’après les élections, par souci démocratique », assure Yohan Benizri. Il semble donc que cette orientation fasse l’objet d’un consensus réel au sein du CCOJB. L’argent étant le nerf de la guerre, une fois le prochain président élu, il s’agira de réunir les fonds nécessaires. Sans ceux-ci, la professionnalisation tant souhaitée des institutions communautaires demeurera l’arlésienne.


 
 

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  • Par ezekiel - 24/09/2019 - 14:23

    Monsieur Nicolas,

    Aimez vous à ce point foutre la M.. dans la communauté qu'il vous était impossible de ne pas citer Mr Rozen dans votre diatribe
    Sans doute ce dernier ne vous convenait pas parce qu'il n'obéissait pas au doigt et à l'oeil aux injonctions d'Henri Gutman alors président (déjà oublié aujourd'hui) de l'organisation qui vous emploie
    Permettez moi de vous dire que votre procédé est d'un niveau en dessous de la ceinture et qu'il ne vous grandit certainement pas.
    Espérons que le prochain président du CCOJB ait la même carure que le regretté Rubinfeld qui représentait excellement la rue juive. C'est de cela que la communauté juive a besoin et de rien d'autre.
    J'ai dit

    E.M.

  • Par ezekiel - 24/09/2019 - 14:28

    Complémentairement à mon post de tout à l'heure j'ose espérer sans être trop naïf que le prochain président aura à coeur de ne pas inviter les hommes et femmes politiques anti israéliens à la kermesse annuelle du CCOJB comme cela a été le cas ces dernières années (après la présidence Rubinfeld)
    Il est en effet scandaleux que certains de celles et ceux qui étaient au premier rang de la manifestation pro Hamas de 2009 se retrouvent attablés avec ceux qui se considèrent comme nos représentants (non élus mais auto choisis) preuve en est que ces derniers n'ont aucune dignité

    E.M.

  • Par Salma - 26/09/2019 - 12:27

    Ezekiel
    Sur le contenu de vos deux messages je ne peux que vous donner raison.
    Les derniers présidents du ccojb n ont pas fait les bons choix quant à leurs invités au dîner annuel.
    Employer le terme kermesse vous decrebilise et montre le personnage que vous êtes réellement à savoir un anti système
    Si vous pensez être meilleur que les autres pourquoi ne sollicitez pas le suffrage de la communauté pour accéder à la magistrature suprême de la communauté juive de Belgique ?
    Salma