Israël / Médias

« Sipour Israeli » : une autre façon de raconter Israël

Mardi 4 juillet 2017 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°865 (1005)

Lancé fin 2012 en hébreu et depuis trois ans en anglais, ce podcast s’est inspiré de l’émission culte « The American Life » pour raconter Israël autrement au quotidien. Introduite par quatre amis d’enfance, cette initiative connaît un succès grandissant, tant auprès des auditeurs que des sponsors.

Comme tous les médias de la planète, l’émission de radio « Israel Story »* s’est fait un point d’honneur voilà quelques semaines à marquer le cinquantenaire de la guerre des Six Jours. A sa façon. Son dernier épisode intitulé « Peace Now. Almost » commence par tendre le micro au public du concert de la vedette israélienne Rami Kleinstein venu célébrer la « libération » d’Hébron (en Cisjordanie), avant de se rendre sur la place Rabin de Tel-Aviv, où le mouvement « La Paix maintenant » organise un rallye pour protester contre les 50 ans de l’Occupation. Mais très vite, le présentateur annonce que l’essentiel est ailleurs. Et invite les auditeurs à écouter une histoire qui se déroule quelques jours après la victoire israélienne de 1967 : la rencontre improbable entre deux officiers de réserve de Tsahal et d’un avocat renommé de Ramallah, lesquels décident de jeter les bases d’un futur plan de paix…

Bienvenue sur le podcast « Israel Story » ou encore « Sipour Israeli ». Lancé fin 2012 en hébreu et depuis trois ans en anglais, ce programme s’est inspiré de l’émission culte « The American Life » pour raconter autrement Israël au quotidien. C’est lors d’un long voyage de près de 10.000 km à travers les Etats-Unis que Mishy Harman découvre l’émission présentée par Ira Glass, qui captive les Américains depuis plus de quinze ans. De retour en Israël, ce jeune intello originaire de Jérusalem, qui a étudié l’histoire à Harvard et l’archéologie à Cambridge (Royaume-Uni), convainc ses trois amis d’enfance -Yochai Maital, Roee Gilron et Shaï Shatran, rapidement suivis de Maya Kosover- de produire un équivalent israélien du célèbre show.

 Porte-voix de la diversité

L’initiative ne passe pas inaperçue… En l’espace de quelques mois, et à la grande surprise des apprentis journalistes, le podcast est repéré par « Galei Tsahal », la grande radio militaire israélienne, qui leur propose une case hebdomadaire le vendredi, puis le samedi soir en prime time… D’emblée, l’équipe met -il est vrai- la barre très haut. Tant en matière de rigueur -produire un épisode de 60 minutes requiert a minima 300 heures de travail- que sur le plan du traitement, en dehors des sentiers battus. Mais le résultat est là : des centaines de milliers d’auditeurs en Israël, et un beau succès d’estime Outre-Atlantique, où « Israel Story » est programmé par la grande radio publique NPR et a reçu un financement de la fondation de Steven Spielberg ! Sans oublier une série de « live shows » qui permettent à l’équipe de présenter des extraits d’épisodes sur scène et d’avoir un contact direct avec son public.

Comme l’explique Mishy Harman, son présentateur vedette, qui à 34 ans vient d’achever un doctorat d’histoire à l’Université hébraïque de Jérusalem, le programme n’a pas tout à fait la même ambition des deux côtés de l’Atlantique. « La version anglaise vise à présenter une alternative aux auditeurs qui n’entendent parler d’Israël que de deux façons : soit à travers le prisme de la violence, des attentats ou des résolutions du Conseil de sécurité ; soit sous l’angle de la Nation-Start up ‘gay friendly’ », souligne-t-il. Tandis qu’en hébreu, le podcast s’efforce d’amplifier les voix de ceux qui ont rarement la parole dans les grands médias israéliens et de montrer la diversité des communautés locales. « Ce qui est magique avec l’audio, c’est de pouvoir mettre en scène un ultra-orthodoxe ou un colon juif, et de les faire parler vingt minutes avant que le public ne réalise qui ils sont », pointe Mishy Harman. « On permet surtout aux auditeurs d’interagir avec des individus qu’ils auraient rarement l’occasion de rencontrer dans leur quotidien. Car c’est un fait : Israël reste une société très segmentée ».

Parmi les épisodes les plus impressionnants produits par cette petite équipe composée d’une dizaine de personnes figurent « 48 Herzl Street », à l’occasion duquel les journalistes ont rendu visite aux habitants de toutes les villes israéliennes comportant cette adresse emblématique de l’Indépendance du pays. Un autre épisode phare est celui brossant le portrait d’une femme ultra-orthodoxe de Safed, qui adopte un enfant atteint du syndrome de Down. « Israël est une nation de ‘story-tellers’ », conclut modestement Mishy Harman, « donc nous sommes plutôt aidés ! »

 

* http://israelstory.org/


 
 

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