Mise au point

Propos négationnistes au restaurant, suite et fin

Lundi 2 mai 2016 par Géraldine Kamps

Nous nous devons de revenir sur un article paru sur notre site le 28 avril 2016 (article que nous avons supprimé depuis), rapportant le témoignage d’une lectrice qui nous disait avoir été sortie d’un restaurant après avoir voulu dénoncer les propos négationnistes d’un voisin de table. Parce que toute cette histoire relève d’un terrible malentendu.

 

« C’est la première fois que mangions dans ce restaurant de Woluwe-Saint-Pierre. La nourriture y est certes bonne, mais attention, vous pourriez vous retrouver à devoir supporter les propos ignobles d'une bande de négationnistes, assis juste à côté de vous et qui termineront leur repas tranquillement et en toute impunité… ». C’est ce que nous indiquait notre lectrice, scandalisée et à juste titre, avant de détailler les propos visiblement assumés de ses voisins de table. Une des personnes qui l’accompagnait avait alors réagi « en dessinant une croix gammée sur un papier et en l'affichant au-dessus de la table de la bande. Ils ont trouvé ça drôle, ils ont même ri de bon cœur et n'ont absolument pas cherché à nier, bien au contraire ! Ils nous ont expliqué qu'ils avaient vécu la guerre et qu'ils contestaient l'existence des chambres à gaz ! (…) L’équipe du restaurant et la patronne ont réagi plutôt vite en arrachant la feuille avec la croix gammée du mur et en nous demandant (à nous !!!) de nous calmer et de sortir, car il y avait des enfants dans la salle ».

Désarroi

Craignant que la patronne n’ait pas entendu ce qui s’était dit, mais se soit vue obligée de réagir rapidement face à un client qui brandissait un tel dessin, la Rédaction de Regards avait volontairement choisi, tout en tenant à relater ce témoignage, de ne pas mentionner le nom du restaurant en question. Restaurant que nous avions d’ailleurs contacté, et dont le serveur (le patron étant absent) avait confirmé notre intuition, sans revenir sur les propos négationnistes évoqués par notre lectrice.

Ce n’est la réaction d’indignation de la majorité des lecteurs qui nous a interpellés, les uns condamnant virulemment l’attitude de la gérante, les autres annonçant déjà la diffusion de cette information à toute leur liste d’amis… C’est en revanche le désarroi de plusieurs amis de la gérante, parmi lesquels des Juifs et des Israéliens, qui nous a interrogés. Convaincue par ses proches, la gérante nous a envoyé un droit de réponse : « Je suis profondément triste d’imaginer que des personnes puissent penser que je suis antisémite ou pro-fasciste, certaines personnes l’ont écrit sur le Facebook de mon restaurant. Ces personnes se trompent, j’ai énormément d’amis dans la communauté juive. Les choses ne se sont pas du tout déroulées comme expliqué dans votre article. Tout d’abord, j’étais dans le fond du restaurant (…). Je ne me suis aperçu qu’il y avait un problème que lorsque, j’ai entendu des personnes applaudir ! Je me suis approchée et j’ai vu une croix gammée dessinée sur un papier et collée au-dessus de la tête d’un homme âgé. Je l’ai tout de suite retiré, car je ne savais pas encore ce qu’il se passait et je ne voulais pas voir une telle horreur dans mon restaurant », explique-t-elle.

Des propos qu’elle nous a confirmés par téléphone, nous précisant qu’elle était prête à discuter avec les personnes qui avaient été « injustement » exclues du restaurant. Et à ne plus accepter la table incriminée, venue après réservation et dont elle avait encore le nom.

La chambre à gaz qui n’a jamais existé

Un affreux malentendu donc qui aurait pu en rester là si « le monsieur aux propos négationnistes » ne s’était présenté dans le restaurant quelques minutes plus tard… pour s’excuser ! Avant de nous parler : « Je suis Jacques Engels, membre du Musée de l’Holocauste à Malines », nous a-t-il immédiatement déclaré au téléphone. « Nous étions huit à table, et j’ai une voix cassée qui porte, c’est vrai. Nous parlions d’un voyage que nous prévoyions de faire ensemble à Munich, et j’ai dit : « Je n’irai pas à Munich sans aller à Dachau, pour voir cette chambre à gaz qui n’a jamais existé ! » C’est une réalité que je n’ai pas inventée : il n’y a jamais eu en Allemagne de camp d’extermination, uniquement des camps de concentration ! En entendant ces bribes de notre conversation, cette dame a jugé que nous étions des négationnistes ! Son mari a alors mis sur la vitre derrière nous un papier avec une croix gammée, et nous avons rigolé ! Que pouvions-nous faire d’autre ? » Et Jacques Engels de se dire désolé que toute cette histoire ait eu pour conséquence de porter préjudice à ce restaurant réputé.

Nous tenions de notre côté à encore à présenter nos sincères excuses au restaurant Gou qui aura été la première victime de cette confusion générale. Cette bien triste histoire aura eu le mérite de nous faire réfléchir plus encore à la nécessité de multiplier les sources, à la vigilance de chacun face à ce qu’il entend sans crier immédiatement au loup, à plus de vigilance enfin dans ce que l’on dit, au risque d’être mal interprété par autrui. Même si rien de tout cela n’est intentionnel.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Martine Walravens - 2/05/2016 - 19:21

    Waouw !!!

    Je réitère mes propos. Persiste et signe.
    Nous étions quatre à avoir entendu.

    Ce que j'ai dit est strictement vrai.
    J'ai fait un témoignage.Point.
    Mon mari et moi nous tenons prêts pour n'importe quelle confrontation avec cet individu et ses amis.
    Ce qu'il raconte est faux et rocambolesque. Cela doit être un petit scénario invente à la dernière minute.
    Je suis très étonnée par la réaction de Regards. Ils auraient pu organiser une confrontation avant de tirer des conclusions.
    Si quelqu'un veut de plus amples informations je suis sur FB.

    Martine Walravens suite et fin.

  • Par m.e. - 2/05/2016 - 20:02

    A la rédaction de Regards,

    Propos négationnistes , suite et malheureusement pas ..fin.

    Je me permets de réagir à la lecture de votre mise au point et en particulier à votre dernier paragraphe dans lequel Géraldine présente les excuses de Regards à la gérante du restaurant et conclut qu'elle s'est lancée dans cette affaire en "criant au loup" sans la nécessaire "vigilance" de rigueur et en ne " multipliant pas les sources".

    Je ne peux que regretter qu'après avoir publié la version du monsieur qui se présente sous le nom de Jacques Engels, vous n'ayez pas manifesté quelques doutes quant à la véracité de ses propos dans lesquels il affirme s'être limité à citer "un voyage à Munich en passant par Dachau".
    La personnalité des plaignants, bien connus de la rédaction de Regards, pourrait, à elle seule, attester de la crédibilité de leur version ainsi que le récit précis et détaillé des propos tenus à la table voisine qui n'aurait pas pu être inventé.
    Vous auriez par exemple, avant d'en arriver à la conclusion de votre mise au point, pu enquêter auprès du Musée de Malines, quant à l'existence et les antécédents de monsieur Engels.
    Je ne suis pas un professionnel du journalisme , mais il me paraît qu'en confrontant objectivement les propos respectifs des intervenants et en tenant compte de la gravité des accusations de négationnisme et d'antisémitisme à l'encontre de " monsieur Engels" et de sa tablée ,le traitement, originellement louable que vous avez fait de l'information communiquée par la plaignante, méritait mieux que de réduire cette affaire à un simple malentendu pour lequel un "mea culpa" s'imposerait.

    Dans l'espoir de vous voir "ne pas en rester là" , mais bien de poursuivre des investigations à ce sujet (punissable par la loi), en proposant notamment à ce Monsieur Engels, dont vous avez les coordonnées, une confrontation avec les plaignants

    Bien amicalement


    .

  • Par nicolas - 2/05/2016 - 21:49

    La rédaction du site a bien évidemment procédé aux vérifications nécessaires auprès de Kazerne Dossin concernant Jacques Engels avant de publier ses propos. Ce dernier est effectivement membre VIP et donateur de ce musée.

    Nicolas Zomersztajn, rédacteur en chef de Regards

  • Par Martine Walravens - 3/05/2016 - 9:01

    Voici :

    Je reviens par ce que c'est trop fort! J'avoue être dépassée. Cela relève de la psychiatrie :
    Voici exactement ce qu'il a dit :
    J'ai d'abord entendu : Six millions. Je croyais qu'il parlait d'argent off shore etc.
    Mais c'est un chiffre qui gêne. Après il a dit :
    "Six millions, c'est tout à fait impossible ! Tu mélanges un peu de polonais et des Ukrainiens et tu obtiens au maximum un million trois. Cette sale race fout la merde partout . Il faut confisquer leurs biens et les foutre dehors. Il a frappé son poing sur la table et a ajouté : Comme je l'ai toujours dit ! Les experts américains l'ont prouvé, c'est techniquement impossible, six millions. Après que mon mari leur ait signalé que leurs propos étaient punissables par la loi il y en a un qui a crié : Tu ne devrais pas parler de ça en public Puis deux autres ont joute : Nous ne partageons pas tous les propos de ce Monsieur.
    Je n'ai pas envie de continuer. J'en ai un peu marre.
    A savoir que les pyromanes font toujours partie de l'amicale des pompiers.
    Nous ne sommes pas des héros et ne tenons pas a l'être.ce est pas nous qui sommes intéressants. C'est savoir que ce genre de personnages existe.
    Nous avons fait ce que nous avions à faire. Maintenant .....

  • Par Gilles KARMASYN - 3/05/2016 - 23:19

    Pour que ce message ne soit pas mal interprété, je précise que je suis le responsable de phdn.org association et site de lutte contre le négationnisme.

    Bon, à lire tous les éléments de cette affaire, c'est un peu compliqué quand même. Dans cet article du 2 mai, les propos "négationnistes" sont rapportés. Or il ne s'agit pas à proprement parler (de mon point de vue) de négationnisme au sens où serait nié tout ou partie du génocide des Juifs. La personne en question y conteste "seulement" l'existence de la chambre à gaz de Dachau. Or, s'il a absolument tort de douter de cette existence, force est de constater que, s'il elle fut utilisée (ce que je crois établi), elle ne le fut qu'à très petite échelle. Par ailleurs il est vrai que dans les limites de l'ancien Reich, il n'y a eu aucun centre de mise à mort industrielle (même si Auschwitz se trouvait dans le Grand Reich...), mais que des camps de *concentration* (pas tous) furent équipés de chambres à gaz qui servirent à des assassinats à "petite" échelle.

    Les négationnistes (les vrais) ont beaucoup instrumentalisé l'incertitude historiographique (non sur l'existence) sur l'utilisation de cette chambre à gaz de Dachau (qui ne joua aucun rôle dans l'extermination des Juifs) et sur la méconnaissance du public entre camps de concentration et centres de mise à mort industrielle. Il est certain que la personne accusée de négationnisme a mal digéré certains discours (sans doute émanant de négationnnistes) et les a repris sans la nécessaire prudence (mais c'était dans un contexte quasi-privé).

    Pour comprendre le cas de la chambre à gaz de Dachau, je ne peux qu'encourager à lire les ressources suivantes de phdn:
    http://www.phdn.org/negation/66QER/qer04.html
    http://www.phdn.org/negation/broszat.html
    http://www.phdn.org/histgen/bilan-gazages.html

    Enfin, les propos du prétendu négationniste (ce qu'il n'est pas à mon avis) sont rapportés ici:
    http://www.cclj.be/actu/propos-negationnistes-au-restaurant-suite-et-fin

    En l'état, je pense que l'on fait un mauvais procès à Jacques Engels.

  • Par Gilles KARMASYN - 3/05/2016 - 23:22

    Précision importante: si les propos rapportés dans les commentaires sont authentiques:

    « Six millions. Je croyais qu'il parlait d'argent off shore etc.
    Mais c'est un chiffre qui gêne. Après il a dit :
    "Six millions, c'est tout à fait impossible ! Tu mélanges un peu de polonais et des Ukrainiens et tu obtiens au maximum un million trois. Cette sale race fout la merde partout . Il faut confisquer leurs biens et les foutre dehors. Il a frappé son poing sur la table et a ajouté : Comme je l'ai toujours dit ! Les experts américains l'ont prouvé, c'est techniquement impossible, six millions. »

    ALORS, EVIDEMMENT, il s'agit de propos négationnistes, dans le moindre doute.