Communiqué

L'Université libre de Bruxelles ne devrait pas remettre les insignes de docteur honoris causa à Ken Loach. En voici les raisons

Lundi 9 avril 2018 par Collectif Ken Loach docteur honoris causa - not in our name

L’annonce faite par l’ULB de remettre les insignes de docteur honoris causa à Ken Loach a suscité les protestations de nombreuses organisations et personnalités juives et non-juives. 

 

L’ULB défend son choix en déclarant que Ken Loach est récompensé pour son œuvre cinématographique. Voici les termes exacts utilisés par l’Université : « Ken Loach, cinéaste anglais est retenu pour son oeuvre militante relative aux conflits sociaux et la lutte pour le droit des travailleurs ou des immigrés clandestins ». L’ULB ajoute « ne pas souhaiter déplacer la focalisation vers le conflit israélo-arabe ».

En réalité, le communiqué émanant des organisations juives qui a déclenché la polémique n’évoque en aucune façon le conflit israélo-arabe et reconnait la qualité du travail cinématographique de Ken Loach.

Les vrais problèmes que pose la nomination de Ken Loach sont ailleurs et l’Université refuse obstinément de les aborder.

Pour comprendre ce qui est reproché à Ken Loach et ce qui le rend indigne d’être honoré par l’Université du Libre-Examen, il convient d’analyser ses déclarations regroupées en trois chapitres :

  • Ken Loach réécrit l’histoire en faisant porter la responsabilité de la déportation des 450000  juifs de Hongrie sur les leaders juifs de l’époque.
  • Ken Loach joue avec les mots et les lignes rouges quand il s’agit de reconnaître la réalité de la Shoah
  • Ken Loach nie toute présence d’antisémitisme au Parti Travailliste britannique contre une abondance de preuves contraires.

 

  1. La réécriture de l’histoire de la Shoah

En novembre 2013, Ken Loach, dans une interview publiée dans le New Internationalist explique avoir été sensibilisé à la cause palestinienne par la réalisation en 1987  de la pièce de théâtre « Perdition » de Jim Allen: « Cela a commencé il y a quelques années quand j'ai participé à la création d'une pièce intitulée «Perdition». C'était une pièce de théâtre sur le sionisme pendant la Seconde Guerre Mondiale et sur l'accord conclu entre certains sionistes et les nazis. Il a apporté une nouvelle lumière sur la création d'Israël et la politique du sionisme. J'ai alors pris conscience que la fondation d'Israël était fondée sur un crime contre les Palestiniens. »

Le thème de « Perdition » concerne Rudolf Kasztner, un Juif roumain socialiste et sioniste qui avait accepté de négocier avec Eichmann durant l'été 1944 pour tenter de sauver les Juifs hongrois dont la déportation avait commencé en avril. Eichmann s’était dit prêt à «vendre» un million de juifs contre 10 000 camions militaires destinés au front de l’Est.

Les négociations ont échoué devant le refus des Britanniques qui considéraient que le Reich n'avait plus un million de Juifs et qu’il s’agissait en réalité d’une manoeuvre pour susciter la méfiance des Soviétiques et briser la coalition alliée.

Devant ce refus, Rudolf Kasztner n’a pas voulu abandonner et est revenu à la charge, proposant de payer une rançon pour chaque vie juive sauvée. Il obtiendra l’affrètement d’un train de 1684 passagers juifs qui partira « vers la Suisse » après le versement de la rançon,  le 30 juin 1944. Le train n’arrivera jamais à destination, les nazis le détournèrent vers le camp d'extermination de Bergen Belsen, où les survivants furent libérés par les armées alliées. 

Après la guerre Kasztner, que Oskar Schindler considérait comme « l'homme le plus courageux qu'il ait rencontré », émigra en Israël où un procès diffamatoire fut intenté contre lui. Kasztner fut acquitté par la Cour Suprême israélienne de l'accusation jugée calomniatrice de collaboration avec les nazis. La Cour justifia son jugement en expliquant que la seule motivation de Kasztner avait été le sauvetage du plus grand nombre possible de juifs hongrois et que cela ne pouvait en aucun cas être considéré comme de la collaboration.

L’affaire aurait pu en rester là mais Jim Allen et Ken Loach n’ont visiblement pas partagé l’avis de la Cour. Ils firent de Rudolf Kasztner l’image emblématique du «sioniste » collaborant avec les nazis dans l’extermination de son propre peuple dans le but de faciliter la création d’un Etat juif.

Dans un interview en septembre 2017 à la Revue-Ballast , Ken Loach persiste et signe: 

Question de Revue-Ballast: "Vous êtes, par ailleurs, pointé du doigt depuis votre pièce Perdition, à la fin des années 1980. Estimez-vous qu’il soit plus difficile aujourd’hui d’afficher sa solidarité avec le peuple palestinien ?"

Réponse de Ken Loach: "La pièce « Perdition » que vous évoquez a été écrite par Jim Allen, un grand socialiste, un magnifique écrivain et un homme issu de la classe ouvrière de Manchester. Il a écrit cette pièce en s’inspirant d’événements qui se sont déroulés en Hongrie juste avant la Seconde Guerre mondiale. Rudolf Kastner, partisan du mouvement sioniste, avait passé un accord établissant que certains Juifs seraient autorisés à s’échapper en montant à bord de trains pour partir s’installer en Palestine et que des milliers d’autres devraient prendre des trains en direction des camps d’extermination, sans connaître leur destination finale. La pièce était un débat autour de ces événements. Le fait même d’aborder le sujet nous a valu des attaques. On a été accusés d’antisémitisme, de racisme et de légitimation de meurtres rituels, vieux de plusieurs siècles"

Sans remord ni hésitation, Ken Loach reprend le thème de la collusion entre les dirigeants nazis et sionistes, ce que l’historien Rich avait décrit comme un « mensonge stalinien ».

Les propos de l’auteur de la pièce, Jim Allen, sont encore plus explicites et ne laissent guère de place au doute quant à l’idéologie véhiculée par « Perdition », celle qui a ouvert les yeux de Loach sur la nature du sionisme : « Sans humilité excessive, je dis que c’est l’attaque la plus létale jamais écrite contre le sionisme, car elle touche  au coeur du mythe le plus durable de l’histoire moderne : l’Holocauste, le fait que des leaders juifs privilégiés ont collaboré à l’extérmination de leur propre peuple en vue d’aider à la création d’un Etat sioniste, Israël, un Etat qui est lui-même raciste ».

Cette pièce défend l’idée complotiste que les dirigeants sionistes de l’époque avaient besoin des cadavres juifs, y compris d'un million de juifs hongrois, pour renforcer les arguments moraux en faveur de l'établissement d’un Etat juif après la guerre.

Après avoir été jouée en Écosse puis en Angleterre, la pièce a été abandonnée suite aux nombreuses protestations dont celles des historiens Martin Gilbert et David Cesarani qui avaient accusé la pièce de falsification historique et d’antisémitisme.

Loach, lui, préféra dénoncer les pressions de membres puissants de la communauté juive britannique. Il déclara au journal du Worker Revolutionary Party  qu’il « n’avait jamais eu affaire au lobby sioniste auparavant » et que « ce qui est stupéfiant c’est la force, l’organisation et le pouvoir de ce lobby ».

Article du Times

  1. La Shoah a-t-elle existé ?

Lors d’un Congrès du Parti Travailliste britannique dirigé par Jeremy Corbyn, la question de la réalité de la Shoah a été débattue. Face à la polémique suscitée par ce débat, il a été demandé à Ken Loach lors d’une interview de la BBC (à partir de 1'20'') si la Shoah était une réalité historique. Voici la réponse de Ken Loach: « la Shoah est un fait historique qui mérite d’être discuté ». Comme la plupart des négationnistes, il ne nie pas directement la Shoah. Il joue avec les mots et les lignes rouges. II se pare des habits de l’hypercriticisme propres aux négationnistes qui évoquent – tel Faurisson – le droit d’inventaire, du ‘droit légitime à s’interroger sur tout événement historique’. Et ce ne fut que sous la pression des media qu’il reconnut dans un tweet que la Shoah a bien existé 

Il y a donc bien eu reconnaissance – même si fort tardive -  de la réalité de la Shoah, fait sur lequel l’ULB insiste tant. Mais cette reconnaissance ne peut être isolée de la première réponse de Ken Loach à la question à savoir que « la Shoah est un fait historique qui mérite d’être discuté ». En disant cela, Ken Loach nous renvoie au point un de ce document : la Shoah est une réalité historique certes mais organisée notamment par les juifs eux-mêmes pour justifier la création de l’Etat d’Israël.

 

  1. Ken Loach nie tout antisémitisme au Parti Travailliste.

Plus personne ne nie aujourd’hui que le Parti Travailliste de Jeremy Corbyn est traversé par un fort courant antisémite.

 Les événements de ces derniers jours devant le Parlement anglais en sont la dernière démonstration et Jeremy Corbyn lui-même commence à le reconnaitre.

Pas Ken Loach qui dans la même interview donnée à la BBC et citée plus haut jure ses grands dieux que jamais, au cours de ses nombreuses années passées au Parti Travailliste, il n’ a entendu le moindre propos antisémite.

Sources sur l’antisémitisme au Parti Travailliste

Reportage CNN 

The Guardian 

The Independant 

Daily Telegraph 

Ken Loach est-il antisémite ?

Ken Loach est-il négationniste ?

Les éléments sont sur la table et il appartient à chacun de juger si Ken Loach mérite de recevoir la plus belle distinction que l’Université Libre de Bruxelles décerne aux hommes et aux femmes qui représentent le meilleur de notre société ?

Collectif « Ken Loach docteur honoris causa - Not in our name »

Note basée sur l'analyse réalisée par Jonathan De Lathouwer


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Suzon - 9/04/2018 - 19:33

    Cinéma engagé ok mais concrètement, il en a hebergé combien de migrants chez lui ?
    ULB Université Licenciée en Blabla

  • Par Michel Wandel - 9/04/2018 - 23:34

    Un presque grand réalisateur qui s est volontairement ou non fourvoyé dans des voies très sulfureuses.

  • Par wszombat - 9/04/2018 - 23:54

    il faut procès l'attitude de ce candidat est ambiguë.

  • Par chalom - 10/04/2018 - 8:00

    Comme toute la gauche dite extrême Loach, militant trotskiste, va jusqu'à a afficher sa haine des Juifs (antisémitisme et son visage nouveau: anti sionisme). Pour cela les gauchistes, européens et israéliens, sont meme prêts de s'allier avec la pire réaction dans le monde: l'islamisme radical a la Hamas et compagnie!
    Il est louable que Regard dénonce cette infecte maladie infantile q' est le gauchisme

  • Par Hollander Fernandu - 10/04/2018 - 10:40

    Réalisateur génial mais aussi antisemite que Céline,Brasillach etc
    Que va faire l'ULB DANS CETTE GALÈRE?

  • Par Sugar Julia - 10/04/2018 - 11:23

    Triste... notre unif a bien changé !

  • Par Alain Reisenfeld - 10/04/2018 - 12:23

    Je suis d’accord avec l’analyse présentée par Jonathan. Je trouve aussi que c’est un antisémite et un négationniste de la Shoah. L’attribution d’un titre honoris causa par l’ULB me choque et je soutiens à 100 % la position du CCLJ. J’ajouterai - à titre personnel -deux autres raisons.
    Le cinéma de Loach, déjà récompensé de palmes à Cannes, restera dans les annales de l’histoire de l’art… Mais il n’est pas un très grand cinéaste, pour divers motifs. D’abord, d’ordre subjectif. Les films de Loach ne font pas participer le spectateur à l’action : celui-ci subit, en sujet apprenant, les images, le son et le narratif ad nauseam. Ensuite, d’ordre éthique. Les films de Loach sont des étouffoirs : « Son style naturaliste s'axe sur une étude sans concession de la misère au Royaume-Uni, des tares socio-familiales et du ravage des politiques publiques » (encyclopédie collaborative Wikipedia). Disons-le autrement : il a une vision déprimante, misérabiliste et pessimiste de son propre peuple, et une obscure haine du corps social et de la culture britannique, venue du fond de l’Histoire. Enfin, d’ordre politique. Comparons-le à son compatriote, George Orwell. Ses écrits ont inspiré des générations de lecteurs et les ont encouragés à se battre. Intellectuel engagé, combattant des Brigades internationales, il prônait un socialisme antitotalitaire, de lumière et d’utopie ! Comparons-le à ses contemporains, Luc et Jean-Pierre Dardenne. Leur cinéma social a un message fort, beau, qui a marqué les esprits. Pourtant, il n’y a ni haine ni manichéisme dans leurs récits !
    Loach est assez représentatif de ce courant radical-tiers-mondiste au sein du Labour britannique, qui transforme l’or du socialisme en plomb du dogme pénitent. Il pourrait être un personnage emblématique du « Sanglot de l’homme blanc », l’essai de Pascal Bruckner !
    Le justificatif du recteur de l’ULB, certainement un homme très bien, ne m’a pas convaincu. Les autres lauréats 2018 « non scientifiques » (sic) au titre de docteur honoris causa sont : un psychologue rescapé de la Shoah, une ancienne ministre française de gauche et un intellectuel dissident turc. Rien à redire. Pourquoi y ajouter Ken Loach, même en faisant abstraction du conflit arabo-israélien ? Ce faisant, en lui accordant ce titre, l’Université libre de Bruxelles joue la mondanité, mélange les genres et bafoue ses propres valeurs de démocratie, d’humanisme et de libre-examen. Les anciens étudiants, et nous sommes nombreux, croient en ces valeurs, se sentent humiliés par ce choix et voient leurs diplômes ainsi dévalorisés.
    Alain

  • Par Candide - 10/04/2018 - 12:40

    En effet que va faire l'ULB dans cette galère ? Suis je devenu si vieux ? Sans radoter je me souviens avec fierté de nos engagements étudiants au Librex pour le Portugal sans Salazar, contre Franco, contre les colonels Grecs mais aussi contre la dictature soviétique à Prague en 1968 ( eh oui! Il n'y avait pas que des discours creux des émules du mai 68 parisien et quand on voit ce que sont devenus les gueulards soixante-huitards je me dis quelle chance j'ai eu d'avoir quitté l'Unif un peu plus tôt, non sans avoir participé aux véritables changements sociétaux dans l'AG de l'époque).
    Félicitations pour la clarté et la rigueur de cette analyse. En un mot comme en cent que Loach pense et dise des horreurs sur une chaise à Hyde Park ou dans le Labour on peut l'applaudir ou le conspuer et lui lancer des tomates mais cela ne concerne pas l'ULB qui, une fois de plus, démontre son appétit pour longer les précipices et, malheureusement, y tomber souvent, attirée par le parfum enivrant du gauchisme des idiots utiles.
    Ce n'est pas cela qui la fera remonter dans les classements internationaux.
    RIP ULB...

  • Par Darmstaedter - 10/04/2018 - 13:43

    Je partage l'avis "Il ne s'agit pas de brûler Loach, juste de ne pas l'honorer." Quel dommage d'apprendre tout ce qui figure ci-dessus... Je n'aurais jamais imaginé qu'un réalisateur aussi imprégné de la cause gauche ouvrière fût aussi peu éclairé sur la Seconde Guerre et l'Holocauste.

  • Par Yves FREY - 10/04/2018 - 14:07

    Non !

  • Par jansi - 10/04/2018 - 14:11

    K. Loach est reconnu comme réalisateur mais sa prise de position sur la Shoah le disqualifie de cette haute distinction.

  • Par Marion Forster - 10/04/2018 - 20:02

    Une honte d’honorer ce type!
    L’ULB pourrait faire preuve d’un peu plus de bon sens

  • Par Lucette Suskind... - 11/04/2018 - 9:12

    Toutes vos raisons sont valables. Où donc a disparu L'ULB de jadis?

  • Par philippe gielen - 11/04/2018 - 15:52

    "Lors d’un Congrès du Parti Travailliste britannique dirigé par Jeremy Corbyn, la question de la réalité de la Shoah a été débattue" ...
    Bien entendu, un bon cinéaste, bien entendu, bien entendu ... antisémite, anti-Israël; enfin comme ici en Belgique - la vieille et moins vieille gauche socialiste, traditionaliste ... Pauvre Europe toujours avec les mêmes vieux démons. Et dois-je écrire aussi : pauvre ULB

  • Par Eric DAVID - 11/04/2018 - 16:05

    Les propos de K. Loach sur la Shoah ne sont évidemment pas très malins mais il n'est pas négationniste ; son intervention dans le NY Times est très claire : https://www.nytimes.com/2017/10/13/opinion/ken-loach-holocaust-anti-semitism.html

  • Par De Lathouwer Claude - 11/04/2018 - 18:31

    Céline est un écrivain particulièrement apprécié par d'aucuns. Ah oui, par ailleurs, un infect collabo génocidaire. Eligible en d'autres temps pour un doctorat pour son oeuvre littéraire?

  • Par Yoram - 12/04/2018 - 17:50

    S'il est un reproche à adresser à l'ULB, ne serait-ce pas plutôt de manquer à l'adoption des mesures de BDS ? Entre les pensées imputées à Loach et les actes commis par Israël, il y a, pour la majorité des intervenants ici, une étrange balance qui en dit long sur un délabrement de la pensée. Et de nous parler de honte et d'honneur ! Et de nous sortir Céline.

  • Par Pataschnik Elisa - 16/04/2018 - 17:18

    complètement d'accord avec l'action menée