Etats-Unis

Trump+1 : Bilan d'une année chaotique

Mardi 5 décembre 2017 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°873 (1013)

Simone Burger est la porte-parole des Democrats Abroad Belgium. Cette docteur en Egyptologie, juive américaine, dresse avec nous le bilan des 12 premiers mois de Trump. « Après le choc, c’est le chaos à tous les niveaux », estime celle qui tient toutefois à rester optimiste et veut avancer grâce à une nouvelle génération de démocrates.

Manifestation des Democrats Abroad Belgium à Bruxelles pendant la campagne présidentielle

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    Où étiez-vous quand Donald Trump a été élu, et comment avez-vous réagi ?

    Ce soir-là, les Democrats Abroad avaient été invités par Elio Di Rupo, et nous devions finir la soirée près de la Bourse entre nous pour fêter la victoire. Les premiers résultats ont commencé à tomber vers 1h du matin. Ca a été pour nous un choc total, le début du chaos, et les mauvaises nouvelles n’ont ensuite plus cessé de s’enchaîner. En une soirée, on a tout perdu : les présidentielles, mais aussi le Sénat et le Congrès qui auraient dû basculer et devenir démocrates. Sans vivre aux Etats-Unis, j’ai été personnellement très déprimée en pensant à tous ceux, malades, enfants et personnes âgées, qui allaient perdre le droit d’aller voir un médecin, comme l’annonçait Trump dans son programme. Il n’a heureusement pas encore atteint son objectif. Trump président, cela ne signifiait pas seulement la victoire d’un républicain, mais celle d’un personnage déjà connu à New York pour ses frasques et ses excès, sa vulgarité, son impulsivité, son absence d’éthique et de morale. Il a par exemple construit sa Trump Tower en démolissant une sculpture sur la façade qui datait de la même époque que l’Empire State Building, sans aucun scrupule. Nous savions sa personnalité contraire à toutes les valeurs que l’on nous a enseignées enfants, mais nous n’avions d’autre choix que de lui donner une chance.

    Avec le recul, pensez-vous qu’Hillary Clinton était la bonne candidate pour les Démocrates ?

    Hillary Clinton s’est retrouvée face à un démagogue qui a motivé une population qui votait parfois pour la première fois. Elle a probablement failli dans sa communication. Les Hispaniques qui devaient lui être majoritaires ne se sont pas beaucoup déplacés. Cela nous donne aussi une forte leçon quant aux faiblesses du système américain, sur le fait que notre Constitution est prévue pour un président qui tient compte du système démocratique. Obama était un professeur de droit constitutionnel, Trump n’a aucun respect pour le rôle de président. Il fait ce qu’il veut, quitte à outrepasser les procédures. J’attends avec impatience le recul nécessaire pour assister au démantèlement de ce qu’il a fait. Un sondage indique qu’en 2040, les personnes de couleurs, asiatiques, hispaniques, africaines, seront majoritaires. Notre génération vit les derniers soubresauts d’une future minorité blanche évangélique chrétienne.

    En dépit des accusations d’ingérence russe dans la politique américaine, de sa tentative de supprimer l’ObamaCare et d’interdire les ressortissants de plusieurs pays musulmans sur le territoire américain, du limogeage du directeur du FBI, de son retrait de l’accord de Paris, son score d’opinions favorables (35%) semble résister, comment l’expliquez-vous ?

    C’est pourtant un très mauvais score qu’il obtient à quelques semaines des élections intermédiaires organisées à mi-mandat. On a analysé que si ce taux est inférieur à 50%, le Congrès bascule. Jamais dans l’histoire des Etats-Unis, un président n’a obtenu à cette échéance moins de 40%. Il faut rappeler que Nixon comptait 23% d’opinions favorables le jour de son départ, soit le pire score enregistré. On n’en est pas très loin. Début novembre, dans l’Etat de Virginie, où se sont déroulés les dérapages de Charlottesville, les électeurs démocrates se sont mobilisés avec une très forte proportion de jeunes de 18 à 30 ans et de femmes, de sorte que le poids des républicains au Congrès s’est vu neutraliser. La Virginie est un Etat « violet », qui n’est pas clairement défini comme républicain ou démocrate. Ce rejet de la politique de Trump est donc très encourageant. On note aussi que beaucoup de membres républicains du Congrès et du Sénat ont décidé de ne pas renouveler leur adhésion. Chaque fois que les républicains tentent de remettre en cause nos valeurs, ils font face à un vrai barrage, ce qui démontre l’union des démocrates face à la situation.

    Le 21 janvier, cela fera tout juste un an de présidence avec Trump. Retenez-vous quelques points positifs ?

    Malheureusement, non. C’est un échec total au niveau national, international, éthique, moral. Bush était détesté par ses interventions militaires en Irak et en Afghanistan, mais on pouvait dégager certains aspects positifs de son programme humanitaire et médical en Afrique notamment. Il n’y a rien de cela chez Trump, dont l’administration gérée par des médiocres abuse tout autant de son pouvoir et de ses privilèges. Trump part jouer au golf le week-end en Floride, pour quelque 3 millions de dollars. Combien de repas pour les plus défavorisés pourrait-on offrir avec de tels montants ?

    On a évoqué au début de son mandat une possible destitution, qu’en est-il aujourd’hui ?

    Une destitution aujourd’hui ajouterait encore à l’instabilité générale, aux Etats-Unis comme dans le monde. De plus, le vice-président de Trump, Mike Pence, qui reprendrait alors les commandes est pire, et le président du Congrès, à la troisième place, n’est pas mieux. Si le 6 novembre 2018, la prochaine échéance la plus importante, les démocrates gagnent au Congrès (ndlr. Le Congrès et un tiers du Sénat sont renouvelés tous les deux ans), on parviendra à neutraliser le pouvoir des Républicains, ce qui est probablement la meilleure solution. Il faudra juste accepter ce statu quo pendant encore deux ans…

    L’Amérique a-t-elle déjà changé ?

    Oui, énormément. On avait fait un énorme pas en avant avec Obama. Les Etats-Unis étaient parvenus à prendre de la hauteur par rapport à l’extrême droite notamment. Aujourd’hui, on recule. Les événements de Charlottesville avec ce défilé néonazi ont redonné une voix à une extrême droite très dangereuse, qui plus est, armée. Pour ce qui concerne les Juifs, qui avaient voté à 75% pour Clinton, ils sont désormais considérés comme une minorité à risque, au même titre que les autres minorités de couleurs. Jared Kushner, le gendre de Trump, est très affaibli par les scandales. Et son ministre des Finances, Steven Mnuchin, juif lui aussi, n’a même pas démissionné lorsque Trump a déclaré devant lui qu’il y avait des gens bien parmi les néonazis. Il y a fort heureusement des Juifs compétents aussi dans les rangs démocrates pour ne pas pouvoir tous les mettre dans le même panier.

    Vous restez optimiste, malgré tout. 

    Il faut avancer, oui. Le 12 décembre, en Alabama, le candidat démocrate Doug Jones a des chances d’être élu au Sénat face au républicain Roy Moore, empêtré lui aussi dans les scandales. Ce résultat pourrait faire basculer le Sénat qui compte actuellement 52 républicains pour 48 démocrates, et neutraliser ainsi le poids des républicains. L’échéance suivante est le 6 novembre 2018, et puis les élections de 2020. Les démocrates ont une génération composée de personnes de tous âges, de tous horizons, de toutes cultures et religions, représentative de l’Amérique. Nous avons un choix incroyable de candidats qui ont été touchés par le cancer de l’époque Trump et qui sont particulièrement motivés à aller loin, en restant aussi soudés qu’aujourd’hui.  


     
     

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