Trop, c'est trop !

Mercredi 19 décembre 2001

 

La « Carte blanche » parue dans Le Soir des 15-16 décembre 2001, signée par un M. Nothomb, soi-disant observateur au Moyen-Orient, est tellement ignoble que je me demande si je lis bien. Je ne le lis pas dans une feuille d’un groupuscule fasciste. Non, je le lis dans mon journal, Le Soir. Je lis Le Soir depuis 1945. Cette fois-ci, tout l’entendement d’un journal démocratique a été dépassé. Non, vous ne pouvez pas laisser passer un article pareil. Où commence le manque de vigilance et la complicité, je me le demande. A propos de l’article lui-même, comparer ce qui se passe en Israël et dans les territoires à ce qui a été perpétré pendant la Seconde Guerre mondiale est inacceptable pour moi comme pour tous ceux qui en ont tant souffert. Je viens d’une famille juive anversoise dont plus de cent personnes ont été déportées et dont 97% ne sont pas revenues. Je viens d’une communauté juive qu’on a raflée dans les rues et dans ses foyers dès 1942. On a sorti de leurs lits femmes, enfants, bébés et vieillards pour les emmener à Malines et de là, sans la moindre pitié, vers les chambres à gaz d’Auschwitz. Sur 25.257 Juifs déportés de Malines à Auschwitz, 1205 sont revenus. Peut-on parler de cela comme de ce qui se passe au Moyen-Orient ? Quand M. Nothomb parle de la Cisjordanie « parsemée de camps de concentrations, paradis barbelés », de qui et de quoi parle-t-il ? de Maidanek ? de Treblinka ? Quand il fait la comparaison avec le Ghetto de Varsovie d’où on a déporté des centaines de milliers de personnes vers Treblinka et Maidanek pour les gazer, que veut-il faire croire ? C’est tellement ignoble de comparer la situation au Moyen-Orient avec l’occupation hitlérienne, régime pour lequel la valeur de la personne humaine était nulle, de parler à propos de l’Autorité palestinienne de Judenrat (que M. Nothomb nomme erronément « Juden Staat », c’est quoi, ça ? A quelles sources puise-t-il ses « connaissances » historiques ?) de quoi parle-t-on ? Oui, on nous a appris, M. Nothomb, que la démocratie est le meilleur remède contre le fascisme. Elle n’est pas un remède contre la mauvaise foi. Vous dites n’importe quoi…pour servir quelle cause ? Oui, Israël est un Etat démocratique où il y a des élections libres. Il y a 13 Arabes sur les 120 députés à la Knesset (Parlement israélien), librement élus, qui jouissent de la liberté de la démocratie. Non, les Arabes israéliens ne sont pas des sous-hommes. Vraiment, vous dites n’importe quoi. Nous nous passons volontiers de votre admiration. Mais ne banalisez pas la Shoah ! Respect pour les six millions de morts assassinés par les nazis. Ne les comparez à rien, certainement pas à ce qui se passe au Moyen-Orient. Non les Arabes israéliens ne vivent pas sous l’oppression. Les Arabes palestiniens, on le sait, auront leur Etat à côté d’Israël. Vous le savez aussi. Alors pourquoi tant de mauvaise foi ? Personnellement, comme la majorité du peuple juif et la majorité du peuple israélien, je préconise depuis toujours qu’il faut mettre fin à l’occupation, faire la paix avec l’ennemi, que les Palestiniens ont droit à l’autodétermination. Si leurs dirigeants avaient accepté les propositions de Camp David et surtout la proposition du Président Bill Clinton confirmée à Taba, nous serions aujourd’hui dans une autre atmosphère et une autre situation. Tout le monde le sait, Israéliens, Palestiniens, tout le monde le sait, le terrorisme est l’ennemi des peuples. Il est impossible pour quelque régime que ce soit, pour quelque gouvernement que ce soit, d’accepter qu’on tue par des actes de terrorisme des centaines de citoyens. Le Gouvernement israélien a le droit légitime et le devoir de défendre la vie et le bonheur de son peuple, tout comme l’Autorité palestinienne, l’O.L.P., ont le droit de se battre pour le bonheur de leur peuple en établissant un Etat à côté d’Israël. Il faut pour cela bâtir la confiance, c’est-à-dire veiller à ce qu’on puisse vivre à l’abri des bombes et de la terreur. Sans accord d’Israël, il n’y aura pas d’Etat palestinien. Sans Etat Palestinien, il n’y aura pas de paix au Moyen-Orient. Un article aussi haineux que le vôtre ne sert que la cause des extrémistes, ceux qui veulent la destruction et le néant, ceux qui sont prêts à suicider tous les Palestiniens et Israéliens réunis. Le Soir, journal excellent et démocratique de notre pays, doit servir la cause de la paix, celle de la mutuelle compréhension, celle de la liberté et non pas la haine et l’exclusion. Ne donnez pas la parole à ceux qui ne veulent que le néant. On se demande quelle cause ils servent. Certainement pas celle du peuple palestinien, celle du peuple juif, celle de la paix et de la démocratie. Soyons de ceux qui servent le respect, l’amour, la compréhension des causes. C’est l’objectif que nous devons servir, vous et moi. La Belgique peut jouer un rôle positif. Ses médias peuvent l’y aider. Il faut comprendre la sensibilité de la communauté juive qui ne peut tolérer qu’on banalise la Shoah, quand on parle à tort et à travers du ghetto de Varsovie, des camps de concentration et du nazisme qui ont fait en un jour plus de victimes que toutes les guerres au Moyen-Orient. Préconisons la paix sans occupés ni occupants, sans terreur, dans le respect de la parole donnée et des accords internationaux, dans le respect de la personne humaine, de sa liberté et de sa dignité.


 
 

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