Nucléaire iranien

Le traité sur le nucléaire iranien n'est pas bon mais le retrait américain n'est pas la solution

Samedi 12 mai 2018 par Ephraim Asculai

Ephraïm Asculai, ancien directeur des relations extérieures de la Commission de l’énergie atomique israélienne, explqiue dans une tribune publiée dans Le Monde qu'il convient non seulement de préserver l'accord sur le nucléaire iranien, mais aussi et surtout de le durcir pour contrecarrer les ambitions atomiques de Téhéran. 

 

Les révélations du premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, le 30  avril, lors de son allocution télévisée, étaient remarquables. Ce qui en premier lieu retient l'attention, c'est le succès presque invraisemblable des services de renseignement israéliens, qui ont réussi à se procurer des archives iraniennes ultra-secrètes détaillant les efforts entrepris par l'Iran pour développer, produire et tester cinq bombes nucléaires d'une puissance équivalente à celle d'Hiroshima.

L'analyse de ces documents apporte la preuve irréfutable que l'Iran a menti pendant des années sur ses intentions, qu'au moins jusqu'en  2003 il existait un programme nucléaire clandestin devant lui permettre de se doter de l'arme atomique et qu'un programme parallèle a été établi depuis dans le but de dissimuler et de poursuivre ses visées nucléaires. La preuve est ainsi faite que l'accord avec l'Iran (JCPOA) n'a apporté qu'une réponse partielle et limitée dans le temps au problème de l'acquisition par ce pays de la bombe atomique, ne l'empêchant pas, in fine, d'atteindre son objectif initial.

Le président Obama avait préféré laisser de côté ce risque, qu'il incomberait à un futur gouvernement américain d'affronter. La crise sera bien plus aiguë, dans quelques années, quand l'accord aura pris fin et quand l'Iran -reprendra de plein droit et avec davantage d'ampleur ses activités d'enrichissement de l'uranium à des fins militaires.

Il ne fait aucun doute que le JCPOA n'était pas un bon accord. L'Iran est libre de reprendre quand bon lui semble son programme nucléaire et, par ailleurs, plusieurs problèmes ont été laissés en suspens, comme celui du développement de mécanismes d'explosion nucléaire et celui du programme balistique de Téhéran. De plus, le -régime de vérification, s'appliquant à un nombre limité d'aspects et doté de prérogatives d'inspection incomplètes, est inefficace. Mais le retrait du JCPOA est-il pour autant la meilleure solution ?

La véritable pièce manquante dans la communication du premier ministre, c'était précisément une solution à ce problème épineux. Si l'accord est dénoncé, il est presque certain que l'Iran reprendra son programme nucléaire militaire ; s'il est maintenu en l'état, dans quelques années le programme iranien pourra être relancé sous un régime de vérification faible, voire inexistant.

La présentation des archives secrètes iraniennes n'en demeure pas moins une avancée majeure. En effet, le détail technique des activités nucléaires passées de l'Iran est désormais étayé par des preuves dont certaines ont été directement communiquées. Parmi celles-ci, on trouve des plans techniques, ainsi que le nom de sites et de probables stocks d'équipements utilisés ou pouvant être utilisés dans le cadre du programme nucléaire militaire AMAD. Ces renseignements sont potentiellement cruciaux pour des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) désireux de vérifier que les sites mentionnés ont cessé leur activité, de procéder à un décompte exhaustif des matériels stockés et à une vérification de l'affectation des personnels qui devraient apporter la preuve lors d'entretiens systématiques que ceux-ci n'ont rien à voir avec le maintien d'un programme nucléaire clandestin. Pour que l'acte de décès du projet secret AMAD soit officiellement prononcé, il faut que tous les sites incriminés aient pu être inspectés de manière approfondie lors de visites de terrain. Et même s'il était avéré qu'AMAD appartient au passé, cela ne prouverait rien quant aux possibles activités nucléaires de l'Iran après la constitution d'archives marquant la fin officielle de ce projet.

Pour remédier à cette situation, les trois mesures suivantes s'imposent. Les instances dirigeantes de l'AIEA doivent mandater une mission de vérification exhaustive et parfaitement transparente des points évoqués ci-dessus. Des accords supplémentaires, consacrés à la supervision et à l'encadrement du développement par l'Iran d'engins explosifs nucléaires et de son programme de missiles balistiques, quelles qu'en soient la portée, la nature et la puissance de la charge embarquée, doivent être rapidement conclus. Les " sunset clauses " définissant des périodes d'application limitées dans le temps des dispositions du JCPOA doivent être abrogées car elles rendraient caduques la plupart des clauses de l'accord au-delà de la date butoir fixée à 2025.

A en juger par les premières réactions internationales, il semblerait que, de l'avis général, aucune preuve de violation de l'accord par l'Iran n'ait été fournie. Mais est-ce là vraiment la question ? Si l'Iran avait voulu apporter la preuve de son renoncement à tout programme nucléaire militaire, il aurait dû consentir à autoriser l'inspection internationale de ses archives, de ses sites et de ses équipements restés intacts et quasi opérationnels. S'il ne l'a pas fait, c'est parce que renoncer à se doter de l'arme nucléaire n'est pas dans ses intentions. Clamer que l'Iran ne s'est pas mis en tort, c'est se rendre complice des ambitions nucléaires iraniennes. Veut-on vraiment en arriver là ? Peut-on prétendre que ne rien faire est une stratégie viable ? Et qu'est-il -advenu des nobles appels à la paix et à la lutte contre la prolifération nucléaire ?

Si l'on souhaite préserver l'accord de 2015 tout en s'assurant que l'Iran soit soumis à un -contrôle véritablement strict de ses activités nucléaires, il convient de prendre les mesures suivantes : amélioration vigoureuse du régime actuel de vérification, exploitation des données nouvellement accessibles, inspection de toutes les activités de développement de mécanismes d'explosion nucléaire, conclusion d'un accord abrogeant définitivement les dates butoirs d'application du JCPOA et limitation drastique du programme iranien de développement de missiles balistiques. Le premier ministre aurait dû mentionner ces solutions éventuelles. Il n'est pas trop tard pour les mettre en œuvre.


 
 

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