L'humeur de Joël Kotek

Supermensch

Mardi 13 décembre 2011 par Joël Kotek

J’aurais dû normalement vous parler de l’étonnant hommage organisé par l’UPJB à feu mon maître Maxime Steinberg.Sans mettre en doute la bonne volonté de ses organisateurs, j’avais décidé de ne pas m’y rendre par crainte de certains dérapages ou… rachat (bien trop) tardif. Bien m’en a pris.

 

Décidément, même mort, la figure du Commandeur fait toujours ombrage aux aigris et ambitieux contrariés. Je vous raconterai un jour les raisons pour lesquelles l’Historien de la Shoah de Belgique fut exclu, bien malgré lui, de bien des institutions, fondations, programmes de recherches et même du documentaire supposé de référence.

Bâtisseur infatigable

L’actualité nous rattrapant, il me faut naturellement parler de la dramatique disparition de David Susskind, l’autre héros de notre génération. Si, selon l’adage bien connu, l’histoire est remplie de personnalités irremplaçables, on n’oserait imaginer ce que serait aujourd’hui notre communauté s’il n’eut pas existé. Pour le comprendre, il suffit de s’imaginer ce que serait Bruxelles, sans les monuments (je ne parle pas de l’œuvre) de Léopold II. C’est que, bien plus encore qu’un homme d’action, David Susskind fut avant tout un bâtisseur dont les institutions qu’il aida à susciter ou créer, du CCLJ au CCOJB, augurent de la pérennité de notre communauté. Et c’est en cela qu’il s’apparente autant à un David Ben Gourion qui bâtit Israël bien avant sa naissance formelle, qu’à un Jean Monnet. C’est bien dans la vision de Monnet pour qui « rien n’est possible sans les hommes, rien n’est durable sans les institutions » que s’inscrit l’œuvre de David Susskind. Suss fut un bâtisseur infatigable, un étonnant créateur d’énergie. L’important, soulignait Jean Monnet « n’est ni d’être optimiste, ni pessimiste, mais d’être déterminé ». Et sincèrement, tous ceux qui ont côtoyé Suss admettront qu’ils ne rencontrèrent jamais personne d’aussi déterminé !

Enfin, il est un dernier aspect essentiel qui le relie au Père de l’Europe : la recherche infatigable de la concorde par la réconciliation. Si David Susskind fut de tous les combats d’Israël et du peuple juif, il eut cette intelligence de comprendre, presqu’avant tout le monde, que la survie d’Israël passait par la reconnaissance du droit des Palestiniens à constituer leur propre Etat, évidemment aux côtés d’Israël. David fut certainement l’un des tous premiers sionistes pro-palestiniens. Cette idée de justice -toute Jeanmonienne qu’elle soit- s’inscrit surtout dans sa lecture humaniste du judaïsme, celle de Hillel l’ancien qui fut son véritable modèle :

« Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ?Et si je ne suis que pour moi, qui suis-je ? Et si pas maintenant, quand ? »

S’il ne cessa de nous asséner cette maxime  (oserais-je le dire, jusqu’à l’excès),  c’est qu’elle exprimait tout simplement sa vision intime du monde et des choses. David Susskind sut conjuguer, en effet, sans la moindre apparente difficulté, le fait d’être Juif et universel. Et c’est en cela qu’il doit rester pour nous un véritable modèle. C’est la raison pour laquelle je proposerais à notre comité de conférer à David Susskind la qualité de « Supermensch »… Je suis certain qu’il aurait aimé ce trait d’humour, lui qui tout sérieux qu’il était, n’hésita jamais à commencer ses réunions par une bonne blague. C’est sûr, Suss avait le sens du witz.


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/