Belgique

Solal Georis a disparu

Mercredi 3 mars 2010 par Géraldine Kamps

Depuis le 3 juillet 2008, le père de Solal, Vincent Georis, et la Justice sont sans trace du petit garçon âgé aujourd’hui de 11 ans. Enlevé par sa mère en Israël, en dépit du droit de garde accordé au père, il vivrait dans une communauté juive ultra-orthodoxe. Les recherches sont désormais internationales.

 
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    Aux dernières nouvelles, Solal Georis pourrait se trouver en Argentine, aux Etats-Unis, au Canada, ou même en Israël. Autant dire que le champ des recherches est vaste et les indices peu nombreux. Son père Vincent Georis n’en perd pas pour autant espoir. Depuis quelques mois, il a mobilisé les médias belges et israéliens pour relayer cette douloureuse affaire de rapt parental. Tout commence en 1998 lorsque Vincent Georis et Ronite Bitton se marient. Il est belge, de tradition catholique, elle est franco-israélienne et juive. Tous deux journalistes, ils se disent laïques. Le mariage civil et la cérémonie se feront pourtant à Paris. « J’ai accepté une cérémonie casher pour permettre aux plus religieux de sa famille d’y assister » se souvient Vincent. Solal naîtra de cette union en 1999. Il est circoncis. Mais après sa naissance, la situation se dégrade. Solal a 3 ans quand le couple se sépare. Très impliqué dans l’éducation de son fils, Vincent réclame un hébergement alterné. Après un an, les experts psychologiques décident de le suivre. « La mère de Solal a alors organisé son départ à Paris » explique Vincent qui partira tous les 15 jours chercher son fils, alors âgé de 5 ans, et naturalisé français à son insu. « Il vivait chez ses grands-parents, je ne connaissais même pas le nom de son école » poursuit-il. Vincent réclame alors l’hébergement principal si son garçon ne rentre pas en Belgique. La Justice belge le lui accorde en novembre 2005, avec un large droit de visite pour la mère. « Cela a basculé dans les accusations antisémites » regrette Vincent. « J’ai encore vu mon fils en décembre, il m’a dit qu’il allait partir comme soldat en Israël et j’ai cru à une blague ». Ronite réclame la garde principale auprès du Tribunal de Grande instance de Nanterre. Quand ce dernier décide lui aussi du retour de l’enfant en Belgique en mars 2006, Solal a déjà disparu.

    Mineur en danger

    La police israélienne, Interpol et le monde associatif allient leurs efforts pour retrouver le jeune garçon. En novembre 2006, la mère est localisée en Israël, dans une communauté ultra-orthodoxe d’Ofakim (Beer Sheva). Vincent s’engage dans de gros frais d’avocat et saisit le Tribunal de la Famille de Beer Sheva, invoquant la Convention de La Haye. Le père revoit son fils après un an d’absence : « Il m’avait déjà confié être devenu un haredi (ultra-orthodoxe) » raconte Vincent. « Mais il tenait cette fois des propos plus inquiétants. Comme on avait l’habitude d’aller au Musée des Sciences naturelles à Bruxelles, je lui ai demandé s’il allait encore au musée. Il m’a répondu que je lui avais menti, que les dinosaures n’existaient pas et que c’est Dieu qui avait tout créé. Il m’a ensuite dessiné un têtard surmonté d’une énorme kippa… A chaque départ, j’étais bouleversé ». En juillet 2007, le Tribunal de Beer Sheva confirme le retour de Solal en Belgique. Ronite ira jusqu’à la Cour suprême, criant à la « christianisation de son fils ». En janvier 2008, la Cour suprême israélienne rend le même jugement. « J’ai revu mon fils une dernière fois en mai 2008. Il était habillé en religieux, tenait la main d’un rabbin, et ne voulait plus me parler en français. J’étais devenu un “impur” », affirme Vincent qui revient le 3 juillet 2008, date exécutoire du jugement, accompagné d’un fonctionnaire du Ministère de la Justice et sous protection policière. La mère, qui s’est pourtant engagée par écrit, ne se présentera pas. Accusée de rapt d’enfant, de non-respect des décisions de justice et de mise en danger de la vie d’un mineur, elle est arrêtée et incarcérée pendant trois mois à Neve Tirtza. Elle sera ensuite assignée à résidence chez Ouri Zohar, ancienne personnalité du Showbiz devenue rabbin ultra-orthodoxe. Vincent rentre seul en Belgique. Solal est introuvable.

    Cibler les recherches

    Lucide, sans esprit de vengeance, son papa confie : « On est passé d’un rapt parental à un rapt pour motifs religieux. Je ne veux en aucun cas stigmatiser la mère, tout ce qui m’intéresse, c’est de retrouver Solal, même si j’ai dû apprendre à n’y penser que deux heures par jour ». Ronite Bitton sera encore condamnée en octobre 2009 à un an de prison ferme par le Tribunal pénal de Nanterre, et la procédure pénale se poursuit en Israël. Pour Vincent, la seule voie est désormais médiatique. Un blog sur internet, un groupe de 1.600 amis sur Facebook et une première campagne d’affichage menée par Child Focus en décembre ont relancé les recherches. « L’enfant semble être activement caché dans une communauté juive ultra-orthodoxe en Israël, en Argentine ou aux Etats-Unis », confirme Dirk Depover, porte-parole de Child Focus. « Nous essayons de diffuser cette affiche avec une photo de Solal vieilli au plus grand nombre pour transformer cette affaire en un sujet de conversation dans les milieux les plus fermés. A Anvers, les religieux regardant moins la télévision, nous avons distribué des toutes-boîtes. Nous avons aussi réalisé une vidéo sur Youtube, avec le témoignage du père sous-titré, même en yiddish. La majorité des familles du milieu hassidique anversois ont des contacts internationaux et nous comptons sur ces relations pour nous aiguiller vers un pays plus précis. Nous pourrons alors mieux cibler notre campagne. Ces communautés pensent certainement agir pour le meilleur de l’enfant, mais elles savent aussi que ce qu’elles font là est illégal. Solal doit retrouver le contact avec ses parents ». Président de la communauté juive orthodoxe d’Anvers, vice-président du Forum et du Consistoire, Pinhas Kornfeld est bien placé pour parler du sujet. Au risque de passer pour un « traître », il a souvent joué l’intermédiaire pour mettre fin à des rapts parentaux, « entre deux Juifs ou deux familles juives » précise-t-il. « J’ai parlé au père de Solal Georis, et je sais que les mariages mixtes ne sont pas faciles. En cas de dispute, l’identité religieuse revient sur la table. En acceptant un mariage casher et la circoncision de leur fils, il acceptait aussi son éducation juive. J’ai rencontré les avocats des deux parties et je connais le Rabbin Zohar. Si la mère ne sait pas où est Solal, elle connaît les personnes qui savent. J’ai proposé à Vincent Georis d’essayer de la convaincre de faire revenir son fils en Belgique, à la condition qu’il soit à Anvers, dans une école religieuse. Mais il a refusé ». Child Focus abonde visiblement dans le sens du père. « Nous prônons la voie de la médiation et chaque démarche qui pourrait instaurer un contact entre l’enfant et ses parents est souhaitable » souligne Dirk Depover, « mais la vérité judiciaire est que l’enfant doit retourner chez son père ». Travaillant main dans la main avec la police, les juges et des relais internationaux, Child Focus a résolu positivement plusieurs affaires similaires. L’association compte aujourd’hui beaucoup sur le soutien de la communauté juive de Belgique pour diffuser son message, et retrouver Solal Georis au plus vite. Dans l’intérêt de l’enfant.

    Toute info Tél. vert 116.000 Depuis l’étranger : +32/2/475.44.99 ou [email protected] Blog de Vincent Georis solalgeoris.overblog.com Facebook Campagne pour retrouver Solal Georis www.youtube.com vidéo « Solal Georis »

    Patsy Heymans, une issue heureuse

    Mariée à l’époque à un Juif israélien, maman de trois enfants, Patsy Heymans a elle aussi été confrontée au rapt parental. L’affaire Yarden a ainsi défrayé la chronique en 1986 avant de se solder par un dénouement heureux. Les enfants retrouveront leur mère après sept ans d’absence.

    « J’ai récupéré mes enfants en mai 93, alors qu’ils étaient devenus des pré-adolescents » raconte Patsy Heymans. « J’ai alors découvert leur parcours, soutenus par la communauté Satmar, depuis la Belgique jusqu’à New-York, où mon ex-mari a été arrêté, en passant par la Hollande, Londres et Mexico-City ! ». Les enfants devenus très religieux ne parlent alors que le yiddish et l’anglais. Patsy a elle refait sa vie. Malgré quelques heurts, les habitudes reprendront progressivement leur cours. « Tous les trois étaient totalement imprégnés de leur nouvelle culture, mes filles dormaient avec des bas nylons » se souvient Patsy. « J’ai accepté qu’ils mangent casher, et puis d’eux-mêmes, ils ont réappris la liberté. Après quatre mois, ils étaient tous en maillot sur la plage ! ». A l’époque, c’est Jean Dooms de la Police judiciaire fédérale qui prendra les choses en main, rétablissant un dialogue avec la communauté anversoise. « L’affaire Solal Georis est plus compliquée parce que les enfants de mère juive sont juifs et la Loi juive pour les orthodoxes prime sur la loi de l’Etat » affirme-t-il. « Ce n’était pas le cas dans l’affaire Yarden. Patsy Heymans n’étant pas juive, nous avons fait comprendre au milieu juif que ses enfants ne l’étaient pas non plus, et ils ont été relâchés ». Encadrés par un témoin de chaque partie, les enfants reverront une fois leur père. Ce sera la dernière. Auteur d’un livre sur son histoire, Kidnappés (Robert Laffont, 1994), fondatrice de l’asbl Missing Children International Network, Patsy a décidé aujourd’hui de tourner la page. Pour ses enfants. Elle confie : « On ne sort pas indemne d’une telle épreuve. Si nous nous sommes rapprochés, nous gardons tous les quatre plein de cicatrices ».

    Lire aussi notre autre article consacré à Solal Georis (Regards n°800, juin 2014)


     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par emmanuèle leblanc - 19/08/2011 - 18:50

      Il y a quelques années ,j'ai lu le livre de Madame Patsy Heymans avec grand intérêt.
      Moi-même, Française non-juive, mariée au Canada en 1968 avec un Iranien de confession juive ai vécu un scénario similaire à celui de Madame Heymans. Je n'ai réussi à retracer mes enfants qu'en1982 et ceci dans l'Etat de New-York. Les enfants ayant subi un "lavage de cerveau" s'opposaient à tout rapprochement. En 1982 je n'ai pas réussii à faire prévaloir la charge légale obtenue au Canada. Ce n'est qu'en 1990 que la plus jeune de mes enfants est rentrée en contact avec moi, et depuis lors des liens se sont tissés et le passé appartient aujourd'hui au passé. ( le père ne les a jamais pris en charge , les ayant remis à des familles de juifs-ultra et est encore aujourd'hui en cavale au Panama -mandat d'arrêt non pas pour kidnapping mais truanderie-.... Aujourd'hui mon ex en est à son 3ème mariage et a en tout 17 enfants à son actif...)

      Dans le livre de Madame Heymans un détail m'a subjuguée:
      Mes enfants kidnappés se nommaient Esther 5ans, Samuel 3 ans et Rivka 1 an, en kidnappant les enfants mon ex les a emmenés au "bain" de conversion et a présenté et dit aux enfants que leur prénoms étaient dès lors les suivants : Sarah, Yossef et Rachel soit les exacts même prénoms sous lesquels les enfants de Madame Heymans étaient nommés !
      De plus dans son livre Madame Heymans parle de certaines personnes que j'ai reconnues sans que celles)ci ne soient nommées !

      Je crois sincèrement qu'il y a plus que 3 + 3 enfants kidnappés et cachés par ces sectes : Satmar et autres, en fait l'ex mari de Mme Heymans a été arrêté dans la même rue de N.Y dans laquelle vivait la famille qui gardait ma fille aînée ! Tout ceci n'est que pour information. Je suis maintenant très proches de mes 3 enfants mais ai vécu le même cauchemar ! Les enfants heureusement s'en sortent bien, mais à quel prix ! Moi-même , je suis vivante mais cet homme m'a quand même tuée quelque part. Si mon témoignage peut aider quelqu'un j'en serais heureuse. Respectueusement.