Sionisme n'est pas racisme

Vendredi 7 septembre 2001

 

Le Centre Communautaire Laïc Juif est inquiet. La Conférence mondiale contre le racisme, la xénophobie et l’intolérance, qui s’est tenue à Durban sous les auspices de l’Onu, aurait pu faire date dans l’histoire des droits de l’homme. Il n’en sera malheureusement rien. Evénement hors du commun, ce rassemblement était censé parler au nom des opprimés et autres Damnés de la terre, victimes, hier et aujourd’hui, du racisme, du colonialisme, de l’esclavagisme et établir un programme de lutte intensive contre ces éternels fléaux... Or, la Conférence de Durban a été l’objet, du début à la fin, d’insupportables manipulations et dérives antisémites. Plutôt que d’aborder les vraies questions, les débats ont été constamment, et savamment, orientés dans un seul but : assimiler le sionisme au racisme et, dans la foulée, qualifier Israël « d'Etat raciste », coupable "d'actes de génocide contre le peuple palestinien ". Ce retour au lamentable scénario onusien de 1975, qui déjà assimilait le sionisme à une forme de racisme, révolte, effraie et n’est sans désespérer les Juifs ouverts et tolérants que nous croyons être. Les Etats arabo-islamiques n’ont-ils donc rien appris en 25 ans ? Rappelons d’abord ce qu’est le sionisme. Le sionisme s'affirme, dans la lignée de la Révolution française, comme un mouvement national qui entend mettre fin à l'assujettissement politique d’un peuple, les Juifs, en les dotant d’un Etat sur la terre qui les a vu naître. En concrétisant son projet, ce mouvement de libération national, né dans l'effervescence du XIXe siècle, s'est trouvé confronté au nationalisme arabe et palestinien, lui-même poussé dans la fièvre des mouvements de libération qui soulevèrent le Tiers Monde au XXe siècle. Cette douloureuse rencontre a donné naissance à un conflit national et territorial -et non pas racial-, qui doit être résolu. Nul Etat, pas plus Israël qu’un autre, n’est exempt de fautes à l’égard de la charte des droits de l’homme. Il reste qu’Israël est le seul Etat démocratique du Proche-Orient. Ainsi les citoyens arabes d'Israël, qui forment 20% de la population, sont représentés au parlement, au gouvernement et à la cour suprême. Les disparités sociales entre Juifs et Arabes ne peuvent être apparentées à l'apartheid -comme l'explique bien l'historien et ambassadeur Elie Barnavi, "il n'y a pas (en Israël) de plages séparées, ni de cinémas exclusifs, ni de places réservées dans les autobus ». Le sort des Palestiniens des territoires occupés par Israël depuis 1967 est injuste. Certes. C'est la raison pour laquelle nous affirmons depuis plus de trente ans qu'aux côtés d'Israël, reconnu par ses voisins arabes, un Etat palestinien viable doit voir le jour. Israël s'est d'ailleurs engagé dans cette voie en signant les accords d'Oslo et en formulant des propositions précises et constructives à Camp David et à Taba. Bien que l'occupation de la Cisjordanie et de Gaza soit condamnable, et nous n’avons eu de cesse de la condamner, elle ne saurait en aucun cas être qualifiée de génocide. Le terme de génocide désigne l’extermination systématique d'une population par un pouvoir qui, à cette fin, réunit tous les moyens et toutes les énergies nécessaires. La référence au génocide dans le cas du conflit proche oriental relève pour nous d’une intolérable tentative de banalisation de la Shoah et constitue, en tant que telle, une insulte à la mémoire des victimes - lesquelles, par un glissement sémantique indu et pervers, se voient passer du statut de victimes à celui de bourreaux. Ces amalgames grossiers incitent certains individus à commettre des actes antijuifs, ici et là, loin du « théâtre des opérations ». Ce fut le cas cette semaine à Bruxelles-National lorsque les passagers d'un vol en provenance de Tel-Aviv ont trouvé leurs valises maculées d'inscriptions antisémites. En se laissant prendre en otages par des Etats qui s'obstinent à diaboliser Israël et le sionisme, non seulement les participants à la conférence de Durban ont fait passer à la trappe un sommet essentiel pour l’avenir de l’humanité (la lutte contre le racisme est pour nous aussi, et peut-être surtout, un débat brûlant), mais n'ont apporté aucune contribution au rapprochement et au dialogue entre Israéliens et Palestiniens. Bien au contraire. Ils ont encore affaibli les voix qui, en Israël et en Palestine, essaient désespérément de faire entendre un langage de raison et de paix.


 
 

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