Décès

Simone Veil : Une grande dame nous a quittés

Vendredi 30 juin 2017 par La Rédaction

Ancienne déportée d'Auschwitz-Birkanau, ancienne ministre de la Santé ayant mené le rude combat de la légalisation de l’avortement en France et femme politique attachée à la construction européenne, Simone Veil est décédée à l’âge de 89 ans.

Simone Veil aux côtés de Jacques Chirac

Simone Veil, ministre de la Santé, avec Jacques Chirac, Premier ministre, en 1974

Au cours de sa vie, Simone Veil a en effet épousé, parfois bien malgré elle, les tourments d’un siècle fait de grandes désespérances, mais aussi de beaux espoirs : elle fait partie des rares Juifs français ayant survécu à la déportation à Auschwitz, elle symbolise la conquête du droit à l’avortement et elle est l’une des figures de la construction européenne.

Pour Simone Veil, née Jacob le 13 juillet 1927 à Nice, la question juive aurait pourtant pu rester un simple enjeu culturel. Installés depuis plusieurs siècles sur le territoire français, les Jacob vivent loin, très loin des synagogues.

Pendant la guerre, la France rappelle aux Jacob qu’une famille juive n’est pas une famille comme les autres. En 1940, le « statut des Juifs » signe brutalement la fin de la carrière du père de Simone Veil : cet ancien combattant de la Grande Guerre se voit retirer du jour au lendemain le droit d’exercer son métier.

Trois ans plus tard, les Jacob, qui se sont réfugiés à Nice, sont arrêtés par les Allemands. A l’aube du 13 avril 1944, Simone, sa mère et sa sœur sont embarquées dans des wagons à bestiaux qui s’immobilisent deux jours et demi plus tard, en pleine nuit, le long de la rampe d’Auschwitz-Birkenau. Sur le quai, au milieu des chiens, un déporté conseille à Simone, qui a 16 ans et demi, de dire qu’elle en a 18, ce qui lui vaut d’éviter les chambres à gaz.

La guerre a broyé les Jacob : la mère de Simone Veil meurt du typhus à Bergen-Belsen, son père et son frère Jean sont déportés. Comme beaucoup de rescapés, Simone Veil n’a jamais caché que l’essentiel de sa vie s’était joué pendant ces longs mois passés à Auschwitz-Birkenau. « J’ai le sentiment que le jour où je mourrai, c’est à la Shoah que je penserai », affirmait-elle en 2009. Contrairement à certains déportés, elle gardera toute sa vie, sur son bras gauche, le matricule 78651 d’Auschwitz. « Certains rescapés ont préféré tenter de tourner la page en effaçant le numéro que les nazis avaient tatoué sur leur bras, d’autres ont décidé d’affronter le “souvenir”», explique son fils Pierre-François. « C’est le cas de maman. L’été, elle était souvent bras nus, son numéro était encore plus visible qu’aujourd’hui ».

Toute sa vie durant, Simone Veil œuvre sans relâche en faveur de la mémoire du génocide. Elle devient présidente d’honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et salue avec émotion, en 1995, le « geste de vérité » de Jacques Chirac, qui reconnaît pour la première fois la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs.

La blessure demeure pourtant intacte. « Après la guerre, les rescapés ont compris qu’ils avaient survécu à un événement exceptionnel : la tentative d’extermination de l’un des peuples les plus anciens de l’histoire », analyse Serge Klarsfeld, historien et avocat. « Certains ont été écrasés pour toujours par cette immense catastrophe. D’autres y ont puisé une incroyable énergie, comme si le fait d’avoir des enfants ou un métier constituait une victoire sur le nazisme, comme s’ils voulaient que leurs parents disparus soient fiers d’eux. Simone Veil faisait sans doute partie de ceux-là ».

Beaucoup de gens l'ignorent, Simone Veil se battra aussi pour la réforme des prisonniers et contre la torture durant la Guerre d'Algérie. C'est ce que nous rappelle la journaliste et documentariste Brigitte Stora dans un très bel article qu'elle lui a consacré

Simone Veil s’est attachée aussi durant toute sa vie politique à lutter contre l’extrême droite, et ce même lorsque certains dans sa famille politique étaient tentés de nouer des alliances avec le Front national dans les années 1980. Elle déclarait ainsi dans les colonnes de Regards en septembre 1984 que « si l’on accepte de faire un bout de chemin avec certains alliés, on ne peut qu’accepter certaines de leurs idées et en porter les stigmates ». Bien qu’ils ne fussent pas nombreux à dénoncer fermement à droite ces tentations d’alliances avec le Front national, elle n’hésita pas à affronter le silence assourdissant de ses collègues de l’UDF. « Je ne vois pas comment un parti et ses membres pourraient poursuivre le combat pour les droits de l’homme et le respect dû à la personne humaine dès lors qu’ils font alliance, même sur le plan local, avec des formations attisant la haine et la xénophobie dans la population », déplorait-elle dans Regards.

« Simone Veil fut sans aucun doute une des personnalités politiques les plus brillantes que la France ait porté », souligne Brigitte Stora. « Femme et juive, elle ne brigua pourtant jamais la magistrature suprême et c’est dommage, quelle qu’ait été son étiquette, nous aurions été nombreux à l’élire. Simone Veil aura été cette étoile qui fit briller son pays. Aujourd’hui c’est toute la France qui est en deuil ».

Nous espérons que cette grande dame de la politique française, dont le combat en faveur des droits des femmes fut déterminant, sera bientôt la cinquième femme à reposer au Panthéon parmi les grands hommes de la nation.

20170703_simoneaveil.jpg

ATTENTION: CÉRÉMONIE REPORTÉE AU 11 JUILLET MÊME HEURE, MÊME ENDROIT ! Une cérémonie publique d’hommage à Simone Veil se tiendra ce mercredi 5 juillet à Bruxelles, à l’initiative de l’Association pour la Mémoire de la Shoah (AMS). Elle aura lieu Agora Simone Veil, devant le Parlement Européen à partir de 17h30. Entrée par la Place du Luxembourg.

Quelques-uns des visages de Madame Veil seront évoqués: les rescapés et la mémoire de la Shoah bien sûr, le judaïsme, l’émancipation des femmes et l’avortement, le libéralisme, l’Europe, la condition des détenus, Israël.

Conformément à sa demande un Kaddish sera prononcé.

Invités à prendre la parole (sous réserve): Monsieur Antonio Tajani, Président du Parlement Européen; Monsieur Charles Michel, Premier ministre belge; Monsieur Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France; Madame Claude-France Arnould, ambassadeure de France en Belgique; une représentante de l’observatoire européen des prisons; Monsieur Paul Sobol, rescapé d’Auschwitz; Madame Sylvie Lausberg, directrice étude & stratégie du CAL, militante du droit à l’IVG; Monsieur Bertrand Wert, administrateur de la Maison d’Izieu – Mémorial des enfants juifs exterminés.

Un livre de condoléances sera ouvert.

De courtes interventions du public seront possibles.

Les groupes et personnalités qui souhaitent appuyer cet hommage et s’y associer sont invités à contacter l’AMS (Nicole Weismann: ams@restitution.be ; tél: 02 347 50 65).

 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Jacky - 30/06/2017 - 21:41

    Il n'est pas inutile de rappeler qu'elle a été la première présidente du Parlement européen.Giscard a convaincu H. Schmidt, chancelier allemand, de la portée symbolique d'avoir une femme juive ,ancienne déportée à ce poste.

  • Par Francis SCHWAN - 4/07/2017 - 17:47

    Madame Veil a été un monument pour l'Humanité. A présent, il serait juste qu'on lui en dresse un en bronze

  • Par moane - 4/07/2017 - 20:09

    j ai toujours eu enormement de respect pour cette grande Dame courageuse et perseverente dans tous ce qu elle avait entrepris
    bon repos a vous au paradis Madame Simone Veil
    vous l avait bien merite
    vous resterez une reference pour nous tous

  • Par geschlider - 5/07/2017 - 18:28

    Bonsoir j y serai belle initiative cordial shalom
    raymonde

  • Par Raymonde - 5/07/2017 - 21:12

    Je suis comme Cédric Klapish mais moi (j'ai 80 ans, 5 à la déclaration de guerre) j'ai du remords d'avoir échappé presque "naturellement" à ce désastre tout simplement parce qu'un Commissariat (je le cite rue Darchis à Liège) A REFUSE d'inscrire "Juif" sur la carte d'identité de ma grand-mère...je l'ai su à l'époque et PAS UN JOUR je n'ai cessé de penser à cet acte "indulgent"...je passe encore devant ce Commissariat et tout bas je dis "merci"...; depuis 3 jours je relis "Une vie", plus tous les reportages et...je sanglote quelle perte! Et merci Emmanuel Macron de décider immédiatement de placer le couple côte à côte au Panthéon...