Nouvelle génération

Samuel Horn, sur la route des Balkans

Jeudi 1 juin 2017 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°863 (1003)

Hier au sein de la communauté, aujourd’hui dans le milieu associatif et l’aide aux réfugiés, Samuel Horn, 24 ans, s’investit avec une motivation contagieuse. Quand la quête de sens devient un moteur.

 

Cadet d’une fratrie de trois garçons, Samuel Horn a vite compris qu'il devrait se démarquer pour trouver sa place. Scolarisé à l’école Beth Aviv, puis à l’Athénée royale d’Etterbeek en flamand, il passe un an en internat en Angleterre, avant de revenir à Bruxelles terminer ses secondaires à l’Ecole internationale. Impossible pour lui de manquer à son rôle de madrih à l’Hashomer, mouvement de jeunesse qu’il fréquente depuis petit.

Son année sabbatique à la Shnat, programme d’études proposé par l’Agence juive en Israël, sera particulièrement formatrice, lui faisant découvrir la vie au kibboutz, en même temps que « le narratif palestinien et la difficulté d’être de gauche sur le terrain ». Au programme : travail dans les champs, nettoyage, jardinage, agrémenté de peoulot... « Je me souviens d’une discussion autour de The Brave New World et 1984, en nous demandant dans quel monde utopique nous aurions préféré vivre », raconte-t-il. « Si Le meilleur des mondes semblait a priori plus rose, c’est 1984 que j’ai retenu. Parce que tu peux te battre contre le système. Même si le combat est voué à l’échec, il y a cette possibilité de résister. J’ai toujours cru que le but de ma vie était d’être heureux. Je réalise aujourd’hui qu’il est de trouver un sens à mon existence, même s’il faut pour y arriver sacrifier un peu de bonheur ».

Après avoir vécu une autre expérience d’habitat groupé avec la Communa (Haïfa), Samuel Horn se lance dans des études d’ingénieur à l’Université de Warwick en Angleterre dont il décroche un Master, sans rien rater de la vie estudiantine. En organisant un voyage pour les étudiants dans les Balkans, il découvre une région dont il ignorait tout. « J’ai vu comment les gens pouvaient vivre après une guerre en parvenant à dépasser un conflit et des préjugés, à aller de l’avant », note-t-il, interpellé lorsqu’il compare la situation avec un Proche-Orient qui s’enlise. Juif « à sa sauce », très attaché à Israël, se définissant comme un « sioniste humaniste » fermement opposé à une occupation « immorale », il s’intéresse d’autant plus à la Serbie… qu’il fréquente une jeune Serbe rencontrée pendant ses études. En dépit des conditions économiques et politiques difficiles dans la région, Samuel décide de s’y installer quelques années. Mais l’apprentissage du serbe ne suffit pas et les difficultés à trouver un travail se confirment. Après avoir développé seul ses compétences professionnelles, il retrouve à Belgrade un ami de l’université qui lui propose de travailler comme volontaire pour une ONG. Il s'investira totalement dans « Refugee Aid Serbia », distribuant aux réfugiés de la nourriture, mais aussi des vêtements, des chaussures, des kits d’hygiène, leur proposant des cours de langues et des ateliers d’art thérapie.

L’Europe inactive dans la crise

« Depuis l’été, quelque 1.200 réfugiés dorment dans la rue à Belgrade, dont 50% de moins de 18 ans », s’indigne Samuel Horn. « Ils viennent d’Afghanistan, d’Irak, du Pakistan, de Syrie et passent leurs journées dans des baraques, anciens dépôts de gare abandonnés. La plupart des ONG se concentrent sur les femmes et les enfants, nous avons nous voulu toucher les hommes de 14 à 30 ans qui ne bénéficient d’aucune aide ». Au mois de novembre, le gouvernement serbe tentait de mettre un frein à leur action, arguant que les soutiens à ces baraques pouvaient encourager la venue d’autres réfugiés. « Nous avons joué au chat et à la souris avec la police pour continuer la distribution de vivres, jusque janvier qui a été le mois le plus froid depuis 40 ans, avec -20°C », confie Samuel. « Le gouvernement a alors été obligé de céder ».

Pour Samuel Horn, l’Europe ne prend pas ses responsabilités : « Les frontières européennes sont fermées et l’Europe reste inactive dans cette crise. Or elle a aidé les réseaux de passeurs à se constituer et à se renforcer ! », dénonce-t-il. « Certains réfugiés s’y reprennent à dix fois avant d’y arriver, rackettés et battus lorsqu’ils se font attraper. Beaucoup de ces jeunes voient l’Europe comme un continent d’ouverture. Ils veulent devenir programmeurs, médecins, et rêvent de retourner dans leur pays lorsqu’il sera en paix. En les renvoyant directement chez eux, nous jouons le jeu des talibans et de Daesh, avec le risque de les voir se radicaliser. Je ne veux pas croire que l’Europe ne soit qu’une alliance économique qui ne profite qu’à certains ».

Pour mieux informer les citoyens européens sur la crise migratoire, « en montrant des ébauches de solutions qui permettent de transformer la situation en opportunité pour l’Europe, au lieu de devenir une menace », « Refugee Aid Serbia » prépare un documentaire intitulé Odyssée. Le principe : relier la Turquie à Bruxelles en Van, via Belgrade, Berlin et Paris, points de transit des réfugiés. Un Van repeint à chacune de ses escales par des artistes locaux, avec des messages de réfugiés à l’attention de l’Europe, et l’organisation de « Routes festivals » (lire Roots) par des ONG locales, à l’image de celui déjà organisé à Belgrade en octobre 2016. Le festival de clôture se déroulera à Bruxelles, en partenariat avec la Communa. Pour boucler la boucle. Odyssée sera diffusé gratuitement dans les festivals et les écoles. Avec l'objectif de montrer ce que beaucoup se refusent à voir.

Pour participer au projet : https://refugeeaidserbia.org/ - https://odysseyvanproject.com 


 
 

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