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Le Saint-Louis débarque à Anvers (17 juin 1939)

Mardi 4 juin 2019 par Tarbout
Publié dans Regards n°1045

Le 13 mai 1939, le Saint-Louis, paquebot transatlantique allemand, quitte le port de Hambourg destination Cuba. A son bord, 937 passagers juifs allemands fuyant l’Allemagne nazie.

 

Après deux semaines de traversée, le Saint-Louis entre dans le port de la Havane, mais les autorités cubaines ne l’autorisent pas à débarquer ses passagers, au motif que les visas octroyés ne sont pas valides.

Après Cuba, le Saint-Louis tente sa chance aux Etats-Unis. Un câble est envoyé au président Franklin Roosevelt, lui demandant de leur accorder l’asile. Même s’il se montre sensible à la question des réfugiés juifs, Roosevelt ne donnera aucune suite à ce câble. Préparant sa campagne de novembre 1940, il craint les réactions d’une opinion publique de plus en plus hostile à l’immigration. Et au sein de son propre camp, notamment les démocrates du Sud, les pressions sont fortes pour que les frontières demeurent fermées. Les réfugiés du Saint-Louis ne peuvent même pas compter sur la législation américaine en la matière. Considérablement durcie depuis l’adoption de l’Immigration Act en 1924, elle renforce la politique des quotas, peu favorable aux Juifs allemands, autrichiens et tchèques qui cherchent à fuir le 3e Reich.

Le 4 juin 1939, Roosevelt interdit au navire de gagner les côtes américaines alors qu’il mouille dans la Mer des Caraïbes. Le commandant de bord, le capitaine Gustav Schröder, met le cap sur le Canada qui décide aussi de ne pas accueillir les passagers du Saint-Louis. Face à ce triple refus, le Saint-Louis retourne en Europe. Désespéré, le capitaine Schröder a même envisagé d’échouer son navire sur les côtes britanniques, de manière à rendre impossible le retour de ses passagers en Allemagne.

Un accord intervient finalement lorsque le 10 juin, la Belgique accepte d’accueillir environ 250 passagers. Le Saint-Louis accoste à Anvers le 17 juin et entre-temps, la Grande-Bretagne, la France et les Pays-Bas décident de prendre leur part en acceptant un nombre plus ou similaire de réfugiés juifs. D’Anvers, 200 passagers embarqueront pour Boulogne-sur-Mer (France), 282 pour Southampton (Grande-Bretagne) et 200 pour les Pays-Bas.

L’odyssée dramatique du Saint-Louis n’est pas le seul cas de navires acheminant outre-Atlantique des réfugiés juifs dont personne ne veut. Mais cet épisode est emblématique, car il illustre jusqu’à l’absurde la tragédie dans laquelle les Juifs d’Europe se trouvent : ils sont pris en étau entre des régimes antisémites qui les persécutent et des démocraties qui, tout en leur témoignant leur sympathie, leur ferment les portes. Alors qu’Hitler lance le 30 janvier 1939 sa « prophétie » dans laquelle il annonce « l’anéantissement de la race juive en Europe », la fermeture progressive des frontières à travers le monde accélère le fonctionnement du piège qui se referme sur les Juifs d’Europe. 


 
 

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