Judaïsmes

Russie- Ukraine, c'est la guerre ! Entre les Juifs en tous cas.

Vendredi 28 mars 2014 par O.W.

On a rarement assisté à des disputes aussi violentes –et ouvertes- entre les dirigeants de deux communautés juives. Il est vrai que l’affrontement entre Moscou et Kiev laisse peu de gens indifférents.

Les membres de Praviy sektor en action

Le 4 mars dernier, Vladimir Poutine avait tenu une conférence de presse et fait part de « sa grande préoccupation » face «  aux forces réactionnaires, nationalistes et antisémites » de la place Maidan à Kiev. Et il se déclarait « prêt à intervenir » contre elles.

Réponse cinglante, le 6 : « Président Poutine, vos affirmations selon lesquelles la révolution en Ukraine est menée par des néonazis  et des antisémites ne reposent sur aucun fait (…) Nos rares nationalistes sont bien surveillés par la société civile et les nouvelles autorités.

« On ne peut pas en dire autant des néofascistes russes (…) Aussi, nous vous demandons de cesser toute ingérence dans nos affaires, de ne plus inciter au séparatisme et de rappeler vos troupes de Crimée ». Copies au président Obama et au New York Times.  

Les auteurs de cette diatribe ? Une vingtaine de personnalités juives, hommes d’affaires, intellectuels et dirigeants dont le président de la  Fédération  des Organisations juives d’Ukraine » (« VAAD »), Josef  Zisels en personne.  

Réplique tout aussi sèche quelques jours plus tard : « Les leaders religieux et communautaires devraient rester hors de la sphère politique (…) Ce n’est pas le rôle de la communauté juive d’envoyer  des messages au président Poutine ou à tout autre dirigeant surtout  pour une affaire qui ne concerne pas directement le judaïsme ».

Cette déclaration là vient de Berl Lazar, Grand Rabbin de Russie, dirigeant du mouvement ultra-orthodoxe Habad Loubavitch  et considéré comme très proche de V. Poutine  Depuis, les échanges vigoureux n’ont pas cessé entre les dirigeants juifs des deux pays.

« Ce n’est pas nous qui avons introduits le judaïsme dans ce conflit »  a ainsi répliqué Yaacov Bleich, un des grands rabbins d’Ukraine. C’est Poutine qui a fait un abus cynique de l’antisémitisme pour justifier ses actions.

Si nous n’avions rien dit, nous aurions eu l’air de l’approuver et les Juifs ukrainiens auraient été considérés comme une 5ème colonne russe » B. Lazar a riposté en suggérant que les dirigeant juifs n’osaient pas dénoncer les actes antisémites.

« C’est celui qui le dit qui l’est » a répondu en substance un porte-parole du VAAD : « Lazar est un dirigeant religieux russe. Il lui est impossible de s’écarter de la ligne officielle et de la propagande du Kremlin. ».  

Il y a tout de même eu des attaques contre des synagogues et même contre des étudiants juifs, a alors dit l’homme de Moscou. Nouvelle réplique du rabbin Y. Bleich : personne n’a été arrêté et ce peut très bien être une provocation des pro-russes.

Praviy sektor, ouvertement néo-nazi

Autre front : « -Et les trois ministres du parti nazi et antisémite Svoboda au gouvernement, c’est tout de même un problème, non ?  - Il faut savoir distinguer entre nationalisme et nazisme, rétorque Moshé  Azman, un autre Grand Rabbin ukrainien.

« Et d’ailleurs, a-t-il poursuivi,  dans ce même gouvernement, le vice-Premier ministre, Volodymyr Groysman est juif » Ces divisions, bien que mieux dissimulées, parcourent aussi le mouvement Habad Loubavitch.

Ainsi, un de ses dirigeants ukrainiens Shmuel Kamenetsky, explique-t-il : «Rabbi Lazar prend bien soin de Juifs russes »« Et ses excellentes relations avec le gouvernement sont très bénéfiques pour la communauté juive de Russie (…)

« Mais nous, les Juifs ukrainiens, nous cherchons quelque chose de différent. ">Nous voulons une Ukraine libre, unie et européenne. »  Précisément, les Juifs d’Ukraine ne jouent-ils pas avec le feu ? Certes, l’écrasante majorité des Ukrainiens qui ont fait tomber le président Ianoukovitch partagent leur rêve européen.

Mais pas tous. Et place Maïdan, chacun a pu apercevoir ces tenants de l’extrême droite Ce n’était pas difficile : c’étaient les plus visibles : casqués ou encagoulés, armés de bâtons ou de batte de base-ball, bien organisés, ils ont été de tous les affrontements avec la police de l’ancien régime. .

Et ceux-là  ne rêvent pas d’Europe. Ce qu’ils veulent, c’est un gouvernement (ultra)nationaliste. Comme « Svoboda » déjà évoqué, qui est composé de nostalgiques de la collaboration avec les nazis. En 15 ans d’existence, il a multiplié les agressions verbales contre les Russes, les Polonais, les Juifs...

Mais il y a pire : ceux de Praviy sektor,  («Secteur droit») qui sont ouvertement néo-nazis et considèrent Svoboda comme  «trop mou».  Flirtant avec le grand banditisme, ils ne reculent pas devant les affrontements avec le nouveau pouvoir.

Un de leurs caïds, "Sachko Bily", (Olexandr Mouzytchko de son vrai nom) vient d’ailleurs d’être tué après une fusillade avec la police. Or, il y a eu des incidents antisémites durant les mois de révolution.

Peu nombreux, d’une gravité limitée –même si c’est toujours trop : deux étudiants d’une yeshiva agressés à Kiev (21/2), des bombes incendiaires sur une synagogue à Zaporijie, (23/2) au sud est de Kiev, des graffitis antisémites sur une autre à Simféropol (Crimée,), le 28 février…

Si, ce ne sont pas, comme cela a été suggéré, des provocations pro-russes, inutile de chercher plus loin que Praviy sektor.  Reste à savoir ce que représentent tous ces mouvements extrémistes sur le nouvel échiquier électoral ukrainien.

La présidentielle est prévue pour le 25 mai et les législatives, peu après. De bonnes opportunités pour les 300.000 Juifs d’Ukraine de savoir où en est leur pays… Si Moscou n’intervient pas avant, bien entendu, pour « protéger les minorités »

Pour en savoir plus :

-http://www.jta.org/2014/03/27/news-opinion/world/russia-and-ukraine-at-war-among-the-jews-anyway

-« Heureux comme un Juif chez Poutine » :   http://www.cclj.be/article/3/3058


 
 

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