L'humeur de Joël Kotek

Roquettes en deçà, infox au-delà...

Mardi 4 juin 2019 par Joël Kotek, Directeur de publication
Publié dans Regards n°1045

Tous nos médias confondus n’ont de cesse de nous mettre en garde contre les infox. Une infox n’est pas tant une fausse nouvelle (false news) qu’une information truquée, biaisée (fake news) destinée avant tout à favoriser ou à miner un individu, une institution, une cause, un Etat.

Les fake news -assorties le plus souvent de gros titres accrocheurs et de photos chocs- ont ainsi la couleur de l’information, mais n’en sont pas. Cette réalité qui convoque les notions de « post-vérité » et de « faits alternatifs » interroge avant tout le fonctionnement et l’éthique des réseaux sociaux, mais concerne aussi plus qu’à son tour la presse dite de qualité, notamment et surtout dès lors qu’il s’agit d’Israël. L’histoire est ancienne. En 2015, je le démontrais au miroir du conflit israélo-gazaoui dans une large étude scientifique pour le compte du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB).

J’y soulignais, textes et photos à l’appui, les biais cognitifs et idéologiques de nos médias à l’égard d’Israël. Je comprends aujourd’hui les raisons qui poussèrent les principaux intéressés à pousser des cris d’orfraie : rien ou presque n’a changé depuis lors. J’en veux pour preuve la couverture médiatique des tout récents tirs de roquettes qui ont secoué, début mai, le Sud d’Israël. Le hasard a fait que j’étais à Tel-Aviv lorsque le Hamas s’est piqué de tirer quelque 700 roquettes et missiles sur le territoire israélien. J’y étais dans le cadre d’une conférence sur le Comité des Défense des Juifs (CDJ), organisée à l’Ambassade de Belgique à l’instigation du B’nai B’rith international. Un léger vent de panique secoua certains de mes amis, au point de me pousser à rentrer au plus tôt en Belgique dans la perspective d’une nouvelle guerre qui, cette fois-ci, n’épargnerait pas Tel-Aviv.

Pour ceux qui l’ignoreraient encore, l’Etat impérialiste et expansionniste qu’est supposé être Israël est en réalité d’une taille immensément… réduite, de l’ordre de la gigantesque Belgique. Tel-Aviv n’est qu’à 71 kilomètres des milliers de missiles de l’Etat islamique de Gaza. Bien me prit de ne pas suivre leurs conseils ; une trêve fut rapidement signée. Mal me prit, en revanche, de lire la revue de presse belge, toute d’infox revêtue. Le Hamas avait eu beau déclencher les hostilités, aucun de nos journaux ne manqua de célébrer « le retour du calme à Gaza » (sic) avec force photo-chocs d’immeubles gazaouis détruits et de funérailles palestiniennes. Comme on s’en doute, Le Soir ne fut pas en reste ; Baudouin Loos allant jusqu’à évoquer « la nouvelle flambée de violence… qui (venait) de se passer à Gaza et aux alentours en Israël » (resic).

Le camp du Bien ne saurait être que victime, même lorsqu’il en vient à viser aveuglément des populations civiles ; le camp du Mal ne saurait être victime, même s’il choisit de cibler sa contre-attaque et de négocier au plus vite une trêve, Yom Haatzmaout et Eurovision obligent. Les biais idéologiques de M. Loos interrogent évidemment l’éthique et la déontologie journalistiques. On imagine sans peine sa description de la crise du 31 août 1939 à l’origine de la Seconde Guerre mondiale : « Nouvelle flambée de violence en Allemagne (Gleiwitz) et aux alentours de la Pologne ».

Rien de nouveau sous le soleil, sinon peut-être que la RTBF en vient enfin à représenter la sale guerre du Yémen. Ce conflit où les enfants sont les premières victimes est enfin documenté, mais avec moult précautions. Ici, les photos des enfants morts sont floutées (et c’est heureux qu’il en soit ainsi) ; ce qui n’a jamais été (et peut-être ne le sera jamais) dès lors qu’il s’agit des guerres israélo-gazaouies où les blessés et les morts, palestiniens s’entend, sont toujours exhibés. Le fait de ne jamais représenter les crimes des conflits inter-musulmans (500.000 morts en Syrie), mais toujours lorsqu’il s’agit de Gaza n’est pas sans conséquence. Ce deux poids deux mesures ne peut que renforcer au sein de l’opinion publique belge l’idée que les Israéliens sont les dignes successeurs de leurs aïeuls juifs, c’est-à-dire des assassins d’enfants. Pas un jour, en effet, sur les réseaux sociaux sans que Tsahal ne soit accusé d’infanticide ou de vol d’organes (accusation portée par Robrecht Vanderbeeken, secrétaire culturel du syndicat flamand ACOD, sur le site d’information De Wereld Morgen). Et pourtant, le conflit israélo-palestinien reste cent fois moins meurtrier que n’importe lequel des conflits interarabes.

Une fois n’est pas coutume, je me permettrai de terminer ma chronique par une bonne nouvelle : le Parlement allemand vient d’adopter le 17 mai dernier une résolution dénonçant le mouvement de boycott d’Israël comme antisémite : « Les arguments et les méthodes du mouvement BDS sont antisémites et rappellent le passé nazi de l’Allemagne ». La résolution exhorte en outre le gouvernement à ne pas financer ou soutenir des groupes ou activités qui remettent en question le droit d’Israël. Et vous savez quoi : les socialistes comme les Verts allemands ont voté cette résolution ! Il y eut jusqu’au parti gauchiste Die Linke à condamner BDS. Qu’on se le dise, il existe encore au-delà de notre pays une gauche non munichoise !


 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Unger - 5/06/2019 - 21:49

    La presse belge ne qualifie pas non plus de violation du droit international l’attaque du Hamas, alors que la résolution de l’ONU a demandé à l’issue de la guerre des 6 jours la cessation de toute hostilité