L'édito

Roger Lallemand, notre ami

Mardi 1 novembre 2016 par Nicolas Zomersztajn, Rédacteur en chef
Publié dans Regards n°850

Beaucoup de choses émouvantes ont été rappelées à propos des engagements éthiques et humanistes du sénateur socialiste Roger Lallemand dont le décès est survenu le 20 octobre dernier. C’est peu dire que ce sage de la vie politique belge manquera cruellement à tous ceux qui se font une haute idée de l’homo politicus qu’il incarnait parfaitement.

Sur le même sujet

    Pour des raisons identiques et complémentaires, sa disparition nous affecte aussi terriblement, nous, Juifs laïques. Nous sommes en deuil, car nous venons aussi de perdre un grand ami.

    Depuis les années ’60, le nom de Roger Lallemand est lié à nos engagements. Au Sénat, il a défendu ardemment le projet de loi punissant le racisme et l’antisémitisme. Lorsque nous nous sommes battus pour la libération des Juifs d’URSS, il nous a apporté son soutien, en assurant entre autres la défense des Juifs enchainés aux grilles de l’ambassade de Russie à Bruxelles. Nous avons aussi pu compter sur lui dans notre combat pour la paix entre Israéliens et Palestiniens. Il connaissait notre attachement à Israël et il affirmait aussi le droit à l’existence de l’Etat d’Israël dans des milieux où l’antisionisme faisait des émules. Enfin, concernant la Shoah, il n’hésitait pas à rappeler le devoir de mémoire, notamment en protestant publiquement contre la visite en Belgique de Kurt Waldheim. Ses engagements à nos côtés n’étaient ni circonstanciels ni éphémères. Il le faisait avec conviction, générosité et spontanéité. Beaucoup d’entre nous l’ont souvent entendu à la tribune du CCLJ pour présider une conférence ou y participer en tant qu’intervenant. Lorsqu’il nous arrivait de publier une tribune dans la presse, Roger Lallemand était toujours la première personne à laquelle nous songions comme signature prestigieuse.

    Roger Lallemand a noué des liens étroits avec le CCLJ, et tout particulièrement avec David Susskind, précisément parce qu’il n’a jamais épousé le point de vue très chrétien consistant à réduire l’identité juive à sa seule composante religieuse. Il a compris la volonté des Juifs laïques de maintenir et de transmettre une identité juive au-delà du religieux. Cette préoccupation le fascinait et c’est une des raisons pour lesquelles il avait choisi de porter les combats du CCLJ. Cette proximité lui permettait également d’expliquer au monde laïque qu’il est inutile d’exiger que nous diluions notre identité dans un universalisme abstrait et sans substance. A l’occasion du 40e anniversaire du CCLJ dont il présidait le comité d’honneur, il avait insisté sur cette particularité : « Parce qu’il est minoritaire, ici, le Juif doit affirmer sa différence. Il doit refuser une assimilation qui le menace au nom du bien, de l’égalité, du droit et d’un universalisme réducteur qui est souvent la forme d’un antisémitisme caché ».

    S’il nous encourageait à affirmer notre identité juive, Roger Lallemand nous mettait toutefois en garde contre le danger du repli sur soi et de l’enfermement. « Si j’étais juif, j’assumerais mon identité juive, mais je l’intégrerais dans une autre communauté, plus large, celle qui réunit tous ceux, Juifs et non-Juifs, pour qui l’essentiel est ailleurs, notamment au-delà de l’identité religieuse ou nationale ». C’est dans cette perspective d’ouverture sur l’Autre qu’il nous a naturellement accompagnés en 2003 dans notre adhésion au Centre d’action laïque (CAL) en tant qu’organisation constitutive.

    « Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver », écrivait René Char dans La parole en archipel. Roger Lallemand, lui-même poète et homme politique ayant foi en l’Humanité, nous a incontestablement laissé de belles traces et nous a transmis à sa manière la maxime d’Hillel que nous répétons inlassablement (Si je ne suis pas pour moi…).


     

    Ajouter un commentaire

    http://www.respectzone.org/fr/