L'édito

La revanche de Drumont et Picard

Vendredi 1 Février 2019 par Nicolas Zomersztajn, Rédacteur en chef
Publié dans Regards n°1037

Les avocats de Mehdi Nemmouche, Sébastien Courtoy et Henri Laquay, ont choisi de défendre leur client en déplaçant la charge de la culpabilité sur les victimes et en diffusant un récit complotiste.

Dans un entretien accordé à la RTBF (« Devoir d’enquête »), Courtoy annonce la couleur : « La personnalité des victimes peut éclairer sur le mobile de la tuerie. On n’a pas enquêté sur les victimes. On essaie de nous vendre l’hypothèse de l’attentat antisémite. Quand vous savez que vous avez les services secrets qui sont en jeu, ça c’est un élément plus difficile à investiguer que de prendre un pauvre type qui vient des banlieues françaises et lui mettre le crime sur le dos ».Il fait évidemment allusion à Emanuel et Miriam Riva, les deux touristes israéliens abattus par Nemmouche le 24 mai 2014. Cette idée se retrouve dans l’acte de 
défense qu’ils liront devant la Cour d’assises : « La tuerie n’était pas un attentat de l’Etat Islamique, mais une exécution ciblée d’agents du Mossad ». Lorsque les avocats des parties civiles dénoncent cette ligne de défense complotiste, Henri Laquay s’énerve : « Nous n’avons jamais dit qu’il y avait un complot juif ou du Mossad. Nous avons simplement dit que deux des victimes travaillaient pour le Mossad ».

Ils ont beau prétendre qu’ils n’ont jamais parlé de complot du Mossad, mais dès qu’ils en ont l’occasion, ils répètent devant la Cour d’assises et dans les médias que les Riva travaillaient pour le Mossad. Et systématiquement, ils établissent une causalité diabolique plaçant le Mossad au cœur de cet attentat djihadiste et antisémite. Ils ne reculent devant rien pour faire planer une suspicion de culpabilité sur les victimes de cet attentat. Agiter l’épouvantail du Mossad leur permet d’alimenter les réflexes complotistes du type « à qui profite le crime » ou « il n’y a pas de fumée sans feu ».

Pour ce faire, ces deux avocats prennent aussi la posture d’experts. Ils montent alors en épingle des détails isolés et insignifiants et dissertent ensuite pendant des heures sur leurs contradictions réelles ou plus souvent supposées. Ils se braquent aussi sur des citations approximatives afin de disqualifier en bloc toutes les preuves accablantes de la culpabilité de Nemmouche. Et lorsque les avocats des parties civiles ou le ministère public évoquent ces preuves, ces deux bavards deviennent soudain muets comme des tombes.

Mais derrière leurs délires mensongers sur une exécution ciblée d’agents du Mossad, ils dissimulent mal une propagande antisémite dans laquelle les Juifs intimident les magistrats, les policiers et les médias. Depuis que ce procès a commencé, l’ombre d’Edouard Drumont et de son disciple belge l’avocat Edmond Picard plane sur le Palais de justice de Bruxelles. Courtoy tient des propos que ces deux antisémites obsessionnels de la fin du 19e siècle n’auraient pas démentis. Il a déclaré en mars 2011 « qu’il y a un lobby juif qui exerce des pressions sur les décideurs » et a décrit les membres du Consistoire israélite du Luxembourg comme « des avocats, des magistrats et de hauts représentants de la finance internationale qui font pression sur le procureur général pour que lui-même fasse pression sur une petite dame de 79 ans ». Comme l’antisémite Alain Soral, il lui arrive de qualifier la communauté juive de « communauté qu’on ne peut pas nommer, mais qui exerce bel et bien des pressions ».

Ce procès doit rendre justice, mais il est aussi devenu une double épreuve pour les Juifs. Il rouvre les plaies d’un attentat antisémite meurtrier et il permet aux avocats de l’accusé de déverser en toute impunité leurs mensonges aux relents clairement antisémites. Picard dont le buste est encore exposé dans le Palais de justice de Bruxelles aurait jubilé devant leur spectacle lamentable.


 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Zaneco - 7/02/2019 - 4:53

    Eut été complet si on ajoutait que cette dialectique antisémite s'est à nouveau accaparée en Belgique et au- delà de la gauche, des syndicats ouvriers, etc.... et autres soutiens du BDS

  • Par HENRIETTE - 11/02/2019 - 12:37

    Il faudrait punir ces trois avocats, cela s'apparente à du négationnisme et c'est une honte qu'on ait accepté ces tris sires, dont une femme, , pour défendre le meurtrier au Musée Juifs à Bruxelles.