Commémoration

Retour sur le 62e pèlerinage de Malines

Mercredi 10 octobre 2018 par Denis Baumerder

Dimanche 7 octobre dernier s’est déroulée la commémoration du 76e anniversaire du début de la déportation des Juifs et des Tziganes de Belgique, devant un public toujours fidèle à la mémoire sacrée de nos disparus. De nombreuses personnalités officielles et les représentants de diverses institutions civiles, religieuses et patriotiques étaient présents.

 

Pour débuter la cérémonie, l’assistance s’est levée pour applaudir les haverim des mouvements de jeunesse qui, chaque année, nous rappellent, par leur marche symbolique, l’effroyable Marche de la mort. Cette action se déroule au départ de Boortmeerbeek, près du lieu où a été stoppé le 20e convoi du 19 avril 1943 en partance pour Auschwitz.

Me Max Haberman, maître de cérémonie et lui-même fils de déporté, a évoqué l’horreur de la Shoah, les crimes des nazis et leurs complices. Il a aussi souligné le courage de ces Belges qui, au péril de leur vie, ont sauvé des milliers de Juifs en détresse, et a rendu hommage également à Andrée Geulen, seule survivante de l’héroïque Comité de Défense des Juifs de l’époque.

La cérémonie s’est poursuivie par l’allumage des six flammes du souvenir, l’hommage aux martyrs tziganes de Belgique, le dépôt de fleurs et la lecture impressionnante des noms des déportés et résistants.

Dans son allocution, le bourgmestre de Malines, Bart Somers, a notamment souligné le fait que, au cours des siècles, la haine anti-juive s’est amplifiée pour déboucher finalement sur l’Holocauste. Les déportations au départ de cette Caserne Dossin qui a entraîné l’assassinat de plus de 25.000 Juifs constituent, a-t-il déclaré, un des pages les plus sombres de l’histoire de notre pays.

Le témoignage d’Alberto Israël, déporté de Rhodes, a bouleversé l’assistance par le récit des souffrances qu’il a endurées, lui, ses proches et ses compagnons d’infortune. Après l’intervention de Johan Van Overtveldt, ministre des Finances, qui assura la communauté juive de la vigilance du Fédéral face au terrorisme, Micha Eisenstorg, président de l’Union des Déportés Juifs en Belgique – Filles et fils de la Déportation a salué les autorités locales pour leur appui indispensable à l’organisation de ce pèlerinage annuel.

Dans son exposé, le président a déclaré que la situation en Pologne continue à nous inquiéter « Après avoir tenté pendant ces vingt dernières années un rapprochement -l’ambassade à Bruxelles en est un bon exemple-, le gouvernement polonais fait une marche arrière radicale. Désormais, celui qui utilisera le terme « camp d’extermination polonais » risquera jusqu’à trois ans de prison. Le gouvernement polonais ignore-t-il que le monde sait pertinemment que les camps polonais ont été construits par les nazis ? Sommes-nous revenus des décennies en arrière, à l’époque où nos parents et grands-parents ont quitté une terre devenue hostile pour les Juifs ? ».

L’orateur a encore noté que c’est grâce à la volonté de quelques personnes que la mémoire de la déportation des Juifs de Belgique a pu être sauvegardée. Tout d’abord en préservant une partie de la Caserne Dossin pour en lieu mémoriel. Et ensuite, par la construction du musée Kazerne Dossin, devenu un grand centre de documentation.

Il a aussi rappelé ces quelques chiffres : les 300.000 Juifs de Budapest exterminés en quelques semaines ; le transport de 70.000 survivants du ghetto de Lodz vers Auschwitz ; les 6 millions de martyrs juifs dont 1,5 million d’enfants en Belgique, du 4 au 31 octobre 1942 ; les 17 convois partis de la Caserne Dossin avec 17.621 détenus, dont 3.699 enfants.

En trois mois, les directives nazies ont entraîné la déportation des deux tiers des victimes juives de la Solution finale en Belgique, a-t-il encore rappelé. Sur les 60.000 Juifs que comptait notre pays, 25.259 déportés ont franchi la porte de la Caserne Dossin. On compte 1.207 rescapés. Statistique édifiante : la communauté juive représentait 5% de la population belge. Elle représente 50% des victimes civiles de notre pays.

Micha Eisenstorg a souligné le fait que la moitié de la population juive n’aurait pu survivre sans l’aide des Justes parmi les Nations. S’adressant au ministre des Finances, il a remercié le gouvernement belge pour les mesures prises dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Dans un autre ordre d’idée, il a relevé une anomalie dans le traitement de nombreux dossiers en matière de reconnaissance de droits légitimes, qui fait apparaître une discrimination entre les enfants cachés. Et de citer l’exemple de deux frères, habitant l’un en région francophone et bénéficiant des dispositions légales prévues, l’autre, résidant en région néerlandophone, qui s’est vu refuser les mêmes droits. En espérant qu’il sera mis fin au plus tôt à cette situation discriminatoire.

L’orateur a enfin rendu hommage aux derniers témoins - comme Alberto Israël et quelques autres rescapés qui ont encore la force de témoigner. « Il faut que la jeunesse sache ce que le nazisme a représenté non seulement en assassinant 6 millions de Juifs, mais en causant aussi la mort de 50 millions d’autres victimes ». Avant de conclure : « Vous, les jeunes, qui assistez à cette cérémonie, votre devoir est de perpétuer notre mémoire, afin que le martyr de notre peuple ne tombe jamais dans l’oubli ».

Après El Male Rahamim, suivi du Kaddish par L. Sam Spiegel, les enfants de l’école Beth-Aviv -ils étaient près de 50 !- accompagnés par André Reinitz et sous la direction d’Annie Szwertag et de Hélène Finn, ont clôturé la cérémonie par le chant des Partisans Juifs, en yiddish, dont l’écho retentissait dans cette cour de la caserne, là en face, d’où nos proches sont partis…


 
 

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  • Par Jacky - 11/10/2018 - 8:02

    60000 Juifs en Belgique avant guerre... constituaient 5 % de la population belge... qui n’aurait été que d’ 1.200.000 habitants... Merci de recompter... 1% de Juifs tout au plus...avant guerre.