Islam

Récupération politicienne de la tuerie de Liège

Lundi 18 juin 2018 par Willy Wolsztajn

Surfant sur l’émotion consécutive à la tuerie djihadiste de Liège, un collectif a publié dans Le Soir[1] une Carte blanche intitulée « Rester unis contre la terreur ». Il propose un amendement à l’article 1er de la Constitution. Sous prétexte de démocratie et de laïcité, les signataires visent à protéger une religion particulière, l’islam, voire à en cadenasser toute critique. Manière de tirer les marrons du feu en faveur d’un projet de société contestable, précisément quant à la démocratie et à la laïcité.

Le Lycée de Waha, où s'est retranché le tueur, boulevard d'Avroy, à Liège

Bien que ce collectif se compose de personnalités supposées capables d’éclairer le chaos du monde, il affirme que « en vérité, le sens des causes profondes de cette violence à répétition nous échappe. » Les voies du Seigneur (et d’Allah) étant impénétrables, éclairons la lanterne de ces messieurs dames.

Le drame de l’islam contemporain réside en ce que cette religion vit soumise à des pouvoirs politiques. Des régimes dictatoriaux et antidémocratiques l’instrumentalisent comme soft power. Pour l’islam de Belgique, ses parrains ont nom Arabie saoudite, Turquie, Maroc ainsi que les Frères musulmans adossés au Qatar. Ce panorama couvre l’essentiel du culte musulman dans notre pays. Ces parrains fortunés propagent une vision obscurantiste et conservatrice parmi nos concitoyens de confession musulmane.

L’islam, une religion soumise à des pouvoirs politiques

L’Arabie saoudite répand depuis quarante ans son idéologie salafiste wahhabite, puritaine et rétrograde. La Diyanet, en charge des mosquées et imams turcs, exalte le djihad armé. Le roi du Maroc Commandeur des Croyants promet l’enfer à « celui qui ment délibérément à [son] sujet » et qui cède aux sirènes terroristes. La mouvance Frères musulmans se pose en élite intellectuelle islamiste. Elle infiltre partis politiques, mouvements associatifs voire syndicaux, milieux académiques et institutionnels avec pour but de les imprégner d’islam.

Loin de la spiritualité et d’une interprétation critique des textes sacrés, le bourrage de crâne formate les âmes. De plus il n’existe en islam sunnite aucune autorité canonique. La saoudienne université islamique de Médine possède autant de légitimité dogmatique que la vieille université al-Ahzar du Caire, ou que les prêches de n’importe quel téléprédicateur, imam de garage ou prêcheur Internet. Ou que l’Etat islamique. Faut-il s’étonner que celui-ci séduise un certain nombre de têtes brûlées et d’esprits faibles, issus ou non de quartiers en déshérence ?

A Liège, c’est une employée musulmane qui repousse le tueur musulman

Les auteurs de la tribune allèguent que les djihadistes « proviennent de toutes les origines culturelles, philosophiques et religieuses. » La tragédie de Liège leur inflige un cinglant démenti. Quand le terroriste veut investir l’athénée Léonie de Waha, il se heurte à une dame d’entretien. Musulmane comme lui, elle le dissuade d’entrer au terme d’un bref dialogue imprégné de religiosité. Il l’épargne parce que musulmane. S’affrontent là deux personnes. Ni l’une ni l’autre savantes ès écritures saintes. L’une comme l’autre pleinement musulmanes. Lui, barbare, fanatique, face à elle, humaine, paisible, à l’instar de la majorité de nos concitoyens de ce culte. Contrairement à ce que serinent les voix hypocrites, c’est bien au sein de l’islam qu’avant tout les choses se passent. C’est l’islam et l’être musulman qu’il convient de questionner.

Ce texte collectif propose de criminaliser l’islamophobie dans la Constitution. Pourtant il prévoit par ailleurs de sanctionner « toute discrimination fondée sur (…) la religion, » ce qui inclut celles visant les fidèles musulmans. On saisit mieux l’intention quand on le voit établir une égalité entre islamophobie et antisémitisme. Il s’agit ici d’accréditer l’idée que les musulmans d’aujourd’hui auraient remplacé les Juifs d’hier. A tous ceux que tente cet apparentement abject, nous conseillons de relire Le journal d’Anne Frank pour se remémorer la vraie nature de l’antisémitisme.

L’abjecte équivalence islamophobie/antisémitisme

Nous avons montré par ailleurs que l’islamophobie sert de cheval de Troie islamiste[2]. Ceux qui militent contre l’islamophobie font cause commune avec l’Organisation de la Coopération islamique. Elle regroupe 57 Etats, tous des parangons de démocratie. Elle réclame de l’ONU une résolution contre l’islamophobie. Elle cherche à bâillonner toute critique de l’islam, à lutter contre la diffamation des religions et à interdire le blasphème. Brillante contribution au progrès humain.

Le tableau serait incomplet si l’on ne s’attardait aux signataires du texte. Epinglons Michaël Privot et Fatima Zibouh. Ces deux-là y tiennent pleinement leur rôle.

A la tête de l’ENAR (European Network Against Racism) Michaël Privot a réussi à convaincre les institutions européennes de lutter contre l’islamophobie. L’ENAR affilie l’EFOMW et le FEMYSO, fédérations musulmanes européennes, la première de femmes, la seconde de jeunes et d’étudiants. Ces structures émanent des Frères musulmans. Michaël Privot a vice présidé le FEMYSO. En 2008 il accomplit un coming out Frère musulman. En 2017, dans son ouvrage « Quand j’étais Frère musulman », il nie avoir jamais appartenu à la confrérie. En fait, il lui reproche surtout de mal faire le job. Pour Michaël Privot « l’islamophobie et l’antisémitisme, ce sont les deux faces d’une même pièce. » Quant à Fatima Zibouh, elle évolue elle aussi dans la mouvance Frères musulmans. Elle promeut le dress code islamique pour les femmes et prête ses talents à radio AraBel (Bruxelles).

Nul ne s’étonnera de trouver la signature de responsables Ecolo. Ce parti compte en ses rangs Mustapha Chairi, président du Collectif contre l’Islamophobie en Belgique (CCIB), actif à Bruxelles Ville, et le Frère musulman Hajib El-Hajjaji (Merley 2008, 2015), vice président du CCIB et étoile montante Ecolo à Verviers.

Comme militant socialiste depuis 30 ans, la présence parmi les signataires de mandataires, ex mandataires, militants et sympathisants PS me met hors de moi. Cette Carte blanche et cette proposition de révision constitutionnelle –du reste vouée à l’échec– ne présentent rien de compatible avec l’humanisme, l’égalité, la citoyenneté, l’émancipation personnelle et le progrès social qui caractérisent les idéaux socialistes. Il s’agit d’une gesticulation politicienne destinée à caresser un certain électorat dans le sens du poil.

« La laïcité (…) doit servir un projet politique inclusif, » clament les signataires de cette tribune. Méfions-nous quand nous lisons le mot « laïcité » associé au mot « inclusif. » Là rôdent les accommodements raisonnables. Là, la laïcité périclite. Là, la bigoterie creuse son sillon.

 

[1] Le Soir – 07.06.2018. Parmi les signataires : Hassan Bousetta, Muriel Gerkens, Marco Martiniello, Fatiha Saïdi, Jean-Jacques Jespers, Valérie Piette, Yamina Meziani, Simone Susskind, Dominique Dauby, Malik Ben Achour, Tamimount Essaïdi, Michaël Privot, Fatima Zibouh, Magali Marcours, Sandra Zidani, Nagi Sabbagh, …


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Daniel Donner - 18/06/2018 - 13:45

    "L’islam, une religion soumise à des pouvoirs politiques"

    Selon beaucoup, l'Islam n'aurait rien a voir avec les "debordements" ou les "exces" qui auraient lieux de nos jours et seraient du a des pouvoirs politiques qui tentent d'interdire toute critique de l'Islam..
    Je voudrais juste poser quelques questions: Quel est la place du non Musulman dans la societe musulmane? Quelle est la place de la femme dans la societe musulmane? Que prescrit l'Islam pour les homosexuels, pour ceux qui ne croient pas en un D.ieu un? Je crois que c'est beaucoup plus complique que d'accuser les politiques, "extremistes", "fanatiques" ou autres "islamistes".

  • Par Willy Wolsztajn - 18/06/2018 - 15:54

    @ Daniel Donner. Ce que vous écrivez n'est pas contradictoire avec l'article. Les trois monothéismes sont misogynes et homophobes. Ils ont tous des problèmes avec qui ne partage pas leurs dogmes et croyances. L'islam est bloqué depuis des siècles. On attend ses réformateurs éclairés comme il en a existé dans le judaïsme et le christianisme.
    Ce dont l'article parle, c'est l'usage que font les pouvoirs politiques de l'islam et sur lequel nous possédons des leviers. On se réjouira de voir le gouvernement fédéral rompre la convention avec l'Arabie saoudite sur la Grande Mosquée de Bruxelles. Il ne faudrait pas trop vite oublier que, voici quarante ans, c'est le gouvernement belge qui, avec le Palais royal, a sous-traité l'islam de Belgique à la même Arabie saoudite. Il ne faudrait pas non plus sous-traiter cet islam à la Turquie, au Maroc ou aux Frères musulmans, lesquels se trouvent dans les starting blocks pour prendre la relève.

  • Par Daniel Donner - 19/06/2018 - 6:51

    Willy, Je n'ai rien dit, j'ai juste pose des questions. :-)

    "Les trois monothéismes sont misogynes et homophobes"

    Les trois religions tuent les gays? Y a-t-il un Musulman qui affirmera au nom de l'Islam que les gays ne doivent pas etre execute? La femme n'a aucun droit selon les trois religions?
    Les trois religions affirment que les incroyants doivent mourir? Les trois religions appliquent des status speciaux aux personnes qui ne sont pas de cette religion et qui ne doivent pas etre mis a mort?

    Existe-t-il une possibilite en terre d'Islam de separation de l'eglise et de l'etat?

    Est-il necessaire de toujours parler des autres religions lorsqu'on parle de l'Islam?