Guerre en Bosnie

Ratko Mladic condamné pour crime de génocide

Mercredi 22 novembre 2017 par Nicolas Zomersztajn

Ratko Mladic, le bourreau des Balkans, a été condamné ce mercredi à la perpétuité par la justice internationale pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis pendant la guerre en Bosnie entre 1992 et 1995, notamment à Srebrenica. La qualification de génocide pose malgré tout question.

 

Il a été reconnu coupable de dix chefs d'accusation. « Pour avoir commis ces crimes, la chambre condamne M. Ratko Mladic à la prison à vie », a déclaré le juge Alphons Orie.

Quelques instants avant sa condamnation, Ratko Mladic a été évacué de la salle d'audience du tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye, après s'être levé et avoir crié aux juges qu'ils mentaient.

Le TPIY, créé en 1993 pour juger les personnes présumées responsables de crimes de guerre durant les conflits des Balkans, connaît ce mercredi "l'un des jugements les plus importants de (son) histoire", avant de fermer définitivement ses portes le 31 décembre, a déclaré le procureur Serge Brammertz.

Ratko Mladic, avec son alter ego politique Radovan Karadzic, est considéré comme un « architecte de la politique de nettoyage ethnique » d'une partie de la Bosnie, selon le procureur Brammertz.

Il a été inculpé le 25 juillet 1995, quelques jours après le massacre de près de 8.000 hommes et garçons musulmans à Srebrenica (nord-est) pour lequel il est condamné pour crime de génocide. Lui étaient également reprochés l'enlèvement d'employés des Nations unies et le siège de Sarajevo, long de 44 mois, au cours desquels 10.000 personnes ont été tuées.

Sans nier les atrocités planifiées et commises par le général Mladic, la qualification de génocide est contestable. Plusieurs historiens ont d’ailleurs contesté cette qualification. Ainsi, l'historien français spécialiste des génocides Yves Ternon accusait la Cour internationale de Justice (CIJ) d'avoir ouvert « la boite de Pandore » en étendant ce qualificatif au massacre de Srebrenica. 

Comme le souligne précisément le jugement, ce sont des hommes qui ont été massacrés à Srebrenica, et non pas des femmes ni des enfants. Or, les femmes et les enfants sont au cœur du processus génocidaire dans la mesure où l’objectif étant de faire disparaître un groupe humain, non pas d’un territoire donné, mais de la surface de la terre.

Dans le cas de Srebrenica, comme celui de la guerre menée par les Serbes en Bosnie, il s’agit surtout de procéder à une épuration ethnique : faire en sorte qu’il n’y ait plus de musulmans ni de Croates en Bosnie. Cet élément est essentiel car il permet de distinguer le génocide de l’épuration ethnique qui laisse à la victime la possibilité de vivre ailleurs alors que précisément le génocide ne laisse d’alternative que la mort, rien que la mort.

Même Rony Brauman, l’ancien responsable de Médecins sans frontières (MSF), qu’on ne peut soupçonner de s’inscrire dans la concurrence des victimes, avait fait remarquer il y a quelques années qu’on a qualifié à tort de génocide ce qui s’est passé à Srebrenica en 1995 : « Les faits sont pourtant clairs et acceptés par tous, mais on a appelé ça un génocide. Srebrenica a été le massacre des hommes en âge de porter des armes. C'est un crime contre l'humanité indiscutable, mais on a laissé partir des femmes, des enfants, des vieillards, des gens qui n'étaient pas considérés comme des menaces potentielles ».

Il faut saluer le TPIY pour avoir poursuivi et jugé les auteurs des crimes commis dans l’ancienne Yougoslavie mais il est regrettable qu’il ponctue cette procédure par une qualification erronée. Mladic est bel et bien l’auteur de crimes contre l’humanité (notamment pour les massacres commis dans le cadre du nettoyage ethnique de la Bosnie) et de crimes de guerre, mais pas de génocide. 


 
 

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  • Par Thierry - 23/11/2017 - 12:40

    Il est étonnant, en effet, que ce soit des juges qui aient qualifié ces massacres, dans le cadre d'une épuration ethnique, de génocide. Il me semble que le génocide a une définition juridique bien précise depuis l'adoption, en 1948, de la Convention sur la prévention des génocides. On peut s'attendre à ce que le commun des mortels utilise le terme de génocide, surtout si des membres de sa communauté ont été victimes d'atrocités, car cette notion a une forte charge émotionnelle, mais venant de la part de professionnels du droit que sont les juges, c'est interpellant. Quelles en sont les raisons ? Aucune idée.