Terrorisme

Qui veut la peau de Vadim Rabinovich ?

Vendredi 8 mars 2013 par Ouri Wesoly

On s’étonne que les médias n’en aient pas davantage parlé.  Ce n’est pourtant pas tous les jours qu’on attaque à l’explosif  la voiture du leader d’une des plus grandes communautés juives d’Europe. Décryptage.

V.Rabinovich inaugure son square

Certes, il n’y a pas eu de morts ni même de blessés, juste des dégâts matériels mais tout de même : l’homme visé ce 4 mars, Vadim Rabinovich est le président de l’importante communauté juive d’Ukraine (et du prestigieux club de football FC Arsenal Kiev)

Et comme aux dernières législatives,  Svoboda, un parti ultra-nationaliste et antisémite a obtenu 10% des voix… Alors pourquoi ce silence médiatique ? Peut être parce que personne ne croit en cette piste là..

L’attentat semble avoir davantage de liens avec le business qu’avec l’antisémitisme. C’est d’ailleurs ce qu’a affirmé V. Rabinovich lui même en expliquant qu’il avait reçu début janvier des menaces d'un « fonctionnaire haut placé »

Lequel exigeait qu’il cède ses participations dans une télévision par satellite Jewish News One (JN1). Ce qui renvoie à une autre facette de V. Rabinovich : son passé « d’oligarque sulfureux », comme dit poliment la presse 

En effet, lors de la chute du communisme,  il a su, comme son ami et associé Igor Kolomoisky, rafler à bas prix quelques juteux morceaux de l’ex URSS, ce qui leur a permis de devenir deux des hommes les plus riches d’Ukraine.

Tout cela, qui date des années 1990, est à présent oublié. Sauf donc, selon Rabinovich, du pouvoir actuel. Celui-ci, comme en Russie, semble avoir les oligarques, devenus « d’éminents hommes d’affaires »  (toujours selon la presse), dans son collimateur.

Surtout s’ils deviennent un peu trop remuants, politiquement parlant. Ce qui est le cas des  deux compères. Ceux-ci ont dépensé des fortunes pour leur communauté avec la ferme intention d’y prendre le pouvoir.

Un procédé efficace: Vadim Rabinovich est devenu président du Congrès juif ukrainien, l’équivalent du CRIF ou du CCOJB où il a imposé avec brutalité ses idées qui, sur Israël, sont un peu à droite de Gengis Khan ou même d’Avigdor Lieberman.

Une anecdote en passant* : Rabinovich, qui est aussi citoyen israélien, a obtenu de la mairie de Jérusalem qu’un square de la Vieille Ville porte son nom. Une exception à la très stricte règle qui exige que ces dénominations soient réservées à des personnes décédées… avant l’an 1500. 

Mais, outre son soutien au maire de la ville, Nir Barkat, Rabinovich a beaucoup contribué a la reconstruction de la synagogue Hurvah et a dépensé 3 millions $ pour une réplique en or de la menora** du Second Temple, installée, comme de juste, sur « son » square…

Sauver les Juifs européens de la mollesse de leurs dirigeants

Broutille en vérité face aux ambitions européennes du duo. Avec toujours les mêmes moyens, argent et pressions, ils sont entré en guerre contre  « la mollesse des organisations juives européennes » et des « leaders qui ne pensent qu’à eux-mêmes »…

Après quelques tentatives d’entrisme dans les institutions existantes, Igor Kolomoisky et Vadim Rabinovich se sont donné en 2011, un organisme à leur botte, « l’Union juive européenne »  (European Jewish Union, EJU), fondée, cela ne s’invente pas, à Disneyland.

Ils s’en sont bombardés, Président et Vice-Président et ont lancé dans la foulée la douce plaisanterie d’un « Parlement Juif européen » : les noms des candidats étaient inconnus, il n’existait pas de listes électorales et le vote s’est fait sans aucun contrôle sur internet.

Moyennant quoi, les 120 « députés » auraient été élus par « 400.000 votants issus de 47 pays européens » afin de siéger dans un organisme dont personne ne semble savoir à quoi il pourra bien servir.

De fait : depuis sa séance inaugurale en février 2012, le Parlement a envoyé une délégation au Monténégro (aout 2012) et s’est réuni à Cracovie, début janvier 2013, où il a manifesté sa volonté de promouvoir le dialogue interreligieux et le soutien à Israël.

Après quoi, épuisé sans doute par tant d’efforts, il a décide de se réunir à nouveau à Budapest « plus tard dans l’année ». Mais c’est peut être parce que les deux hommes sont accaparés par la télévision qu’ils ont lancée en septembre de 2011.

Il faut dire que Jewish News One avec ses informations juives « libres et indépendantes », entend être, selon son site  « une nouvelle voix sur l’arène média mondiale », en concurrence frontale avec la chaîne qatarie Al Jazeera.

Selon ceux qui ont eu la possibilité de la regarder, il semblerait qu’il y ait encore un peu de boulot. Mais elle doit avoir ses qualités puisque le gouvernement ukrainien semble prêt à commettre des attentats pour s’en emparer…

Ceci étant, l’objectivité oblige de préciser que, d’après la police de Kiev, il s’agissait d’un engin incendiaire de faible puissance qui n’a commis que des dégâts mineurs et que V. Rabinovich ne se trouvait d’ailleurs pas dans la voiture visée.

Enfin, l’essentiel est qu’il soit sain et sauf. Que deviendrait le Parlement Juif européen -et l’ensemble du judaïsme- sans lui ?

*Menora : chandelier à sept branches

**http://www.timesofisrael.com/jerusalem-square-erroneously-named-after-living-person/

A lire sur le sujet :

- Un Parlement juif européen ! (http://www.cclj.be/article/3/3740)

- Le Parlement juif, de Disneyland à Bruxelles (http://www.cclj.be/article/3/2396)

 


 
 

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