Voyage d’étude au Rwanda 2017

Quand les mots sont les softwares du génocide

Lundi 24 juillet 2017 par Nadine et Thierry

Le groupe assemble petit à petit les pièces du sombre puzzle. Un génocide ne se commet pas sur un coup de tête, il se prépare, s’organise.

 
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    Ce sont d’abord les mauvaises graines de la discorde identitaire qui sont semées. La colonisation et les missionnaires aiment les raccourcis, les approximations. La colonisation s’alimente du racisme fondamental qui réduit l’autre à un niveau d’humanité inférieure avant de l’assimiler à un insecte. La colonisation aime aussi s’appuyer sur ceux qui lui sont utiles et qu’elle instrumentalise. Elle flatte le côté le plus sombre de l’humain. Le démon est encore en gestation. Il naît en 1959, bien nourri déjà par ses géniteurs qui adorent laver plus blanc que blanc, puis instillent le virus de la mort. Le drame peut commencer.

    Les mots… Ils sont l’arme des médias et incitent au réveil de la masse et à la haine. Une référence biblique fait des 10 commandements le credo de l’anti-tutsi. Une métaphore fait du Tutsi la sangsue sur la jambe, la pneumonie du corps. Les mots tuent, les caricatures de la haine nient l’individu, l’animalisent et le déshumanisent.

    Le mot « génocide » est prononcé et personne ne veut l’entendre. Mais la radio de la haine, elle, est entendue et tout ce qui s’y dit devient « vérité » pour la majorité.

    Après les visites du Kigali Memorial Center et les sites de l’ETO, de Nianza, de Ntarama et de Nyamata viennent les premiers chocs.  Les mots ne sont plus assez forts pour dire l’indicible ; alors, on se tait.

    Comment un être humain peut-il commettre de tels actes envers un autre être humain ?

    A moins de ne plus le considérer comme tel. Evidemment...

     


     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par Gisquière Thierry - 27/07/2017 - 23:23

      Il est indéniable que les acteurs coloniaux belges ont inoculé le virus raciste au Rwanda : en s'inspirant de théories pseudo-scientfiques remontant au XIXème siècle, ils ont racialisé le fameux clivage Hutu-Tutsi, en présentant l'élite Tutsi , relais de son pouvoir, comme une "race supérieure à l'allure princière" , des "nègres quasi- européens" d'origine soit disant hamitique (ou caucasique) ayant "vocation naturelle" à diriger la masse des Hutus, dépeints quant à eux comme les parfaits exemples des " nègres bantou apathiques à l'esprit un peu simple".
      Mais j'estime que les acteurs africains ont aussi leur part de responsabilité dans la perpétuation de ce discours raciste car, en prenant le pouvoir en 1962, les élites Hutu, menées par le président Kayibanda, ne l'ont pas rejeté, comme on aurait pu le penser, en tant qu' héritage funeste de la colonisation ; bien au contraire, comme le fait remarquer l'historien Jean-Pierre Chrétien, spécialiste des pays africains des Grands Lacs, ces élites Hutu ( sous les régimes des présidents Kayibanda d'abord et Habyarimana ensuite ) ont repris ce discours à leur compte mais en inversant simplement les termes : désormais les Hutus étaient décrits comme le peuple " authentiquement" rwandais, le peuple majoritaire donc démocratique par essence et les Tutsis comme une caste " d'étrangers ", " d'envahisseurs - féodaux" aux pratiques aussi détestables que celles des colonisateurs belges... Comme ailleurs dans le monde , le racisme fut utilisé comme une arme politique destinée à garder le pouvoir.
      Je veux donc souligner que les responsabilités dans le mûrissement du génocide des Tutsis et de Hutus démocrates en 1994 sont à partager et qu'il est un peu simpliste de tout "mettre sur les dos" des Belges durant la colonisation. Il ne faut pas faire de paternalisme intellectuel en déresponsabilisant les acteurs africains, qui, en 30 année d'indépendance, auraient pu rejeter cette idéologie raciste. Non seulement ils ne l'ont pas fait mais ils l'ont encore durcie car, jamais, je n'ai lu que les Belges avaient qualifié l'une ou l'autre ethnie du Rwanda d'insecte nuisible dans sa propagande coloniale. Le terme Inyenzi ( cafard) fut utilisé par les tenants du régime Kayibanda pour désigner les rebelles tutsi, chassés de leur pays, qui menaient des incursions au Rwanda dans les années 60.