L'humeur de Joël Kotek

Quand antisionisme rime avec antisémitisme

Mardi 5 septembre 2017 par Joël Kotek, Directeur de publication
Publié dans Regards n°867 (1007)

Le 16 juillet dernier, à l’occasion du 75e anniversaire de la rafle du Vel’ d’Hiv, le Président français Emmanuel Macron n’a pas hésité à souligner le lien intime entre la diabolisation d’Israël et l’antisémitisme, soulignant que la France « ne cèdera rien à l’antisionisme, car il est la forme réinventée de l’antisémitisme ».

Toute heureuse qu’elle soit, cette déclaration s’inscrit dans une nouvelle dynamique internationale, augurée par l’IHRA, l’Alliance Internationale pour la Mémoire de l’Holocauste, cette quasi-organisation internationale, dédiée à la connaissance de la Shoah. En mai 2016, sous la Présidence roumaine, ses 31 Etats membres, dont la Belgique, ont adopté à l’unanimité une définition dite opérationnelle (« working ») de l’antisémitisme, incluant la critique (radicale) d’Israël.

Réticents jusqu’ici à associer antisionisme et antisémitisme, les leaders européens de Merkel à Macron ont manifestement opéré un recentrage épistémologique par la prise en compte de la dimension antisémite dans l’antisionisme contemporain. Une véritable révolution copernicienne, entérinée en juin dernier par le Parlement européen. En toile de fond, d’une part, les attentats islamistes ciblés contre des citoyens européens sur base de leur seule judéité, d’autre part, les dérives antisémites des organisations supposées antisionistes, telle BDS qui n’hésite pas à convoquer les pires antisémythes (légende de sang, infanticide, empoisonnement) pour inciter au boycott d’Israël.

Cette définition a beau rappeler que toute critique d’Israël n’est pas forcément antisémite, elle n’en a pas moins été vertement dénoncée par les habituels contempteurs de l’Etat juif. A coups de tribunes et d’interviews, les Vidal, Sand et autre Gresh ont feint de la présenter comme liberticide. A les lire, il ne serait plus possible de critiquer le gouvernement israélien. Evidemment, il n’en est rien. La résolution de l’IHRA, reprise par le Parlement européen -et demain, sans doute, par l’OSCE- ne vise que les manifestations radicales d’antisionisme, celles qui font des sionistes les vilains de notre siècle, celles qui posent l’Etat d’Israël en Juif des nations. Contrairement à leurs tonitruantes affirmations, la résolution ne valide en rien l’idée que toute manifestation d’antisionisme serait par essence anti-sémite et ce, quand bien même, depuis la Shoah, l’antisionisme de principe paraît effectivement insensé, sinon suspect. Pourquoi de tous les peuples constituant l’Humanité, seuls les Juifs devraient être privés du droit à s’empatrier ?

La définition, adoptée en juin dernier par le Parlement européen, ne dresse aucun parallèle entre antisionisme et antisémitisme. Elle se borne à citer certaines formes antisémites de l’antisioniste : la diabolisation d’Israël, le fait de présenter cet Etat comme une « entreprise raciste », de l’accuser d’inventer ou d’exagérer la Shoah, ou encore de remettre en cause son existence comme « collectivité juive ». Or, qui peut sérieusemaent contester que l’antisémitisme vise Israël pour mieux viser les Juifs ? Affirmer, en effet, qu’Israël pratique une politique nazie de génocide est antisémite. Avancer que les soldats israéliens ciblent de manière systématique les enfants palestiniens l’est tout autant.

L’antisionisme radical tient bien de l’antisémitisme, de par ses appels à la théorie du complot, ses représentations fantasmatiques du Juif… sioniste. Cet antisémitisme prône non seulement la destruction de l’Etat d’Israël, mais aussi la haine, sinon la mort des Juifs, comme en témoignent les slogans ânonnées, ici et là, dans les manifestations de rues organisées à l’appel de collectifs bruns-verts-rouges. La judéophobie doit être comprise comme un fait social polymorphe pour réinventer constamment son objet (de haine). Ce qui distingue, en effet, l’hostilité aux Juifs de toutes les autres formes d’intolérance (xénophobie, racisme, ethnocentrisme), c’est tout à la fois la durée, l’intensité, la persistance et, plus encore, la plasticité du prétexte accusatoire. Du IVe siècle à nos jours, les motifs de persécution ont été les plus variés. C’est aussi bien au nom de la foi (Mahomet/Luther) que de la raison (Voltaire/d’Holbach), de la lutte des classes (Staline) que de la lutte des « races » (Hitler), de la cohésion sociale (Proudhon) que de la cohésion nationale (Maurras), que s’est justifié l’hostilité aux Juifs. Aujourd’hui, c’est au nom de la défense des droits de l’Homme, de la défense des Palestiniens que les Juifs se retrouvent le plus souvent vilipendés, attaqués, sinon martyrisés. C’est ainsi que de nos jours, l’antisémitisme politique prend plutôt la forme de l’antisionisme, c’est-à-dire du refus de l’existence de l’Etat d’Israël et/ou de sa diabolisation absolue.

L’antisionisme est désormais l’expression la plus tendance de la haine séculaire des Juifs. Tel était précisément le sens du message délivré par le Président français Emmanuel Macron. La coordinatrice en charge depuis 2015 de la lutte contre l’antisémitisme au sein de l’UE, Katharina von Schnurbein, ne dit pas autre chose : « Une chose est claire », nous avertit-elle, « l’antisémitisme se cache parfois derrière l’antisionisme ». On ne saurait mieux dire.


 

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  • Par Jacky - 18/09/2017 - 11:34

    Belle analyse, très nuancée. Encore eût -il fallu aussi dénoncer l'instrumentalisation de la Shoah à deS fins politiques par une certaine droite israélienne

  • Par Samy DIANKHA - 19/09/2017 - 9:39

    Je ne comprends pas le lien que vous établissez entre Mahomet et Luther dans "l'hostilité aux juifs au nom de la foi" . Au moment où certains musulmans désignent Jérusalem comme troisième lieu saint de l'islam , le lien que vous faites me paraît dangereux : 1) dans les 5 piliers de l'islam il n'est ni mentionné Jérusalem ni les juifs .2) les musulmans doivent prier en direction de la Mecque et y aller en pèlerinage et non à Jérusalem . 3) les musulmans doivent savoir qu'Abraham père d'Isaack et d'Ismael est revendiqué par Mohamed comme Aïeul et père Spirituel de tous les musulmans . 4) il existe dans l'enceinte de la Mecque un culte dédié à Abraham qui pour Mohamed était le seul ami de Dieu 5) le calife Omar n'a jamais détruit de synagogue lors de son passage à Jérusalem . Donc il ne faut pas islamiser le conflit arabo-israelien . Les luttes et guerres du prophète de l'islam avec les membres de sa propre tribu et de ses voisins dont les juifs revêtent de la construction politique et non de la segregation au nom de la foi . La profession de foi en un dieu unique , Le ramadan et les 5 prières sont d'inspiration juive . De grâce ne donnez pas du grain à moudre aux djihadistes. La discrimination au nom de la foi et la guerre contre Israël n'ont aucun fondement religieux islamique . Les musulmans doivent accepter qu'ils doivent laisser Dieu là où il est avec sa puissance et son bon vouloir que de chercher à l'incarner . Détruisons les ponts que les ennemis d'Israël veulent jeter entre islam et arabité . Israël et les chretiens arabes en souffrent déjà n'en rajoutons pas depuis l'Europe . Amen

  • Par Gisquière - 20/09/2017 - 8:44

    Pour éclairer Samy Diankha sur l'hostilité de Martin Luther vis à vis des Juifs, il suffit de citer un passage de l'ouvrage de Luther, " Des Juifs et de leurs mensonges" (repris par Raul Hilberg, " La destruction des Juifs d'Europe". Volume I., p. 41) qui dit : "Par là vois tu bien maintenant comment ils comprennent et observent le cinquième commandement de Dieu, nommément, qu'ils sont chiens assoiffés de sang de toute la chrétienté et meurtriers des chrétiens par volonté acharnée, et qu'ils ont si fort aimé le faire qu'ils ont bien souvent été brûlés à mort, accusés d'avoir empoisonné l'eau et les puits, volé des enfants et les avoir démembrés et coupés en morceaux, afin de secrètement refroidir leur rage avec du sang chrétien."C'est un texte d'une virulence antijudaïque que n'aurait certainement pas renié Hitler lui-même !Mais il faut reconnaître que, depuis le XVIème siècle, (ou peut-être depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale..) de l'eau a coulé sous les ponts ! ; j'en veux pour preuve le message ( en date du 1/12/2016) adressé par le Président du Synode de l'Église Protestante Unie de Belgique, le Pasteur Steven H. Fuite à son homologue Mr. Philippe Markiewicz, Président du Consistoire Central Israélite de Belgique. A l'occasion du 500ème anniversaire de la Réforme, le Pasteur Fuite rappelle que , bien que " toutes les Eglises protestantes traditionnelles en Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique soient historiquement liés à Luther (...), l'Eglise Protestante Unie de Belgique ne peut et ne veut pas commémorer le début de la Réforme sans se souvenir d'une très regrettable partie de son histoire. Nous faisons allusion à certaines déclarations de Luther sur les Juifs, consignées notamment dans son pamphlet " Von den Juden und ihren Lügen" ("Les Juifs et leurs mensonges"). Le Pasteur Fuite poursuit en écrivant que : " Comme par le passé, aujourd'hui à la veille de 2017, nous voulons à nouveau rejeter formellement les propos de Luther concernant les Juifs. Bien que le débat scientifique se penche sur le lien de causalité possible entre les déclarations de Luther et les formes ultérieures d'antisémitisme dans les milieux protestants, nous souhaitons nous distancier clairement des paroles de Luther et nous voulons vous l'exprimer distinctement ainsi qu'à nos semblables." ( cf. le site du Consistoire Central Israélite de Belgique)Quant aux propos antisémites qui se trouvent dans le Coran, je sais seulement que les Juifs y sont comparés à des singes.. (à vérifier, je n'ai pas de Coran sous la main). Je crois que le Coran alterne " le chaud et le froid " dans son rapport aux Juifs : tantôt ils sont voués aux gémonies, tantôt ils sont considérés car ils sont les gens du Livre, et donc méritent le respect. C'est un peu la même "logique" que par rapport à la violence et à l'appel à la haine : le Coran alterne les appels au meurtre ¨[ exemple : " Quand vous rencontrerez les infidèles, tuez-les jusqu'à en faire un grand carnage, et serrez les entraves des captifs que vous aurez faits". (47:4) N.B. cela rappelle un peu le Bataclan.. ] et les paroles de paix et de tolérance. [exemples : "Dis : la vérité vient de Dieu, que celui qui veut croire croit et que celui qui veut être infidèle le soit" (18 : 28) ou " Appelle au chemin de ton Seigneur par la sagesse et l'édification belle. Discute avec les autres en leur faisant la plus belle part. Du reste, ton Seigneur est seul à savoir qui de Son chemin s'égare, et à savoir qui bien se guide." (16 : 127) ] N.B. les extraits que je cite du Coran sont tirés de l'ouvrage d'Élie Barnavi, " Les religions meurtrières". Re-N.B. : quand à la figure d'Abraham, je crois que les Musulmans le définissent, non comme juif à part entière, mais comme " Soumis à Dieu"... en fait, Abraham serait un musulman qui s'ignorait.. ben tiens !

  • Par Hugues CREPIN - 20/09/2017 - 23:38

    Soyons sérieux deux minutes et cessons les hypocrisies, Israël court de plus en plus vite à sa mort.
    Aujourd'hui ce sont surtout les sionistes qui sont antisémites de par leur démarche mortifère.
    Entre la dette, la pression palestinienne, les pressions arabes et les pressions religieuses qui se combinent aux pressions environnementales, la question de l'antisionisme est légèrement risible.
    C'est la feuille qui cache la forêt.

    Un ami d'Israël n'a qu'un seul devoir, critiquer et harceler Israël sur tous les sujets pour que le cap change avant le naufrage.
    Et paradoxalement le plus grand ennemi d'Israël est loin d'être à l'extérieur et chez ses ennemis mais plus dans les délires de ceux qui prétendent soutenir une cause qui n'a plus aucun sens et dérive de plus en plus loin de toute raison.