Négationnisme

Punir la négation du "génocide rwandais" : Le MR précise sa proposition

Mardi 8 août 2017 par BELGA

La proposition de loi du MR visant à punir la négation du « génocide rwandais » vise bien les massacres commis contre les Tutsi et les Hutus modérés, a tenu à préciser le député Gilles Foret (MR) à la suite de la réaction de l'association de rescapés Ibuka.

 

Le 1er août dernier, le MR a déposé une proposition de loi à la Chambre qui vise à réprimer la négation du génocide rwandais en s'inspirant de la législation qui punit déjà les négationnistes de la Shoah, mais son texte ne donnait pas satisfaction à l'association de rescapés Ibuka, car il ne mentionne pas les Tutsis, cibles des génocidaires en 1994.

Une loi de 1995 sanctionne toute personne qui nie, minimise, justifie ou approuve le génocide des Juifs commis par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Le MR souhaite mettre en place un dispositif semblable pour l'un des deux génocides reconnus depuis lors par une juridiction internationale, à savoir les crimes de masse commis au Rwanda et en ex-Yougoslavie.

Depuis 2009, les autorités rwandaises et des associations qui défendent les rescapés du génocide réclament l'adoption d'une loi réprimant la négation des massacres de 1994. En avril 2016, l'ambassadeur du Rwanda en Belgique avait répété cette demande, soutenu par le président d'Ibuka, Deo Mazina.

« La négation de la réalité de l'extermination fait partie intégrante du projet exterminatoire. Nier l'existence d'un génocide, c'est tuer une seconde fois les victimes et donc raviver la douleur des survivants et de leurs descendants. Mais c'est également porter gravement atteinte à la mémoire collective des victimes du génocide et aux principes démocratiques sur lesquels notre société est fondée », a expliqué l'auteur de la proposition, Gilles Foret.

Le texte vise ceux qui nient, minimisent « grossièrement », cherchent à justifier ou approuvent le génocide commis par le régime « hutu power » en 1994. Il donne un rôle central au procureur fédéral puisque des poursuites ne peuvent être engagées qu'à sa requête.

Le texte se borne malheureusement à évoquer « le génocide commis par le régime hutu power », c'est-à-dire le mouvement qui réclamait un Rwanda épuré de la présence tutsie. Il n'évoque pas les victimes à savoir les Tutsis et les Hutus dits « modérés ». Il faut en revenir aux développements de la loi pour en trouver la mention.

« C'est choquant ! C'est un manquement notoire. Même les Nations-Unies ont adopté la formulation du génocide commis contre les Tutsis. Il faut appeler un chat, un chat sinon cela suscitera des amalgames. Que je sache, l'on ne qualifie pas le génocide des Juifs de génocide allemand ou européen. Il n'est pas possible d'être neutre, de définir un crime contre l'humanité en ne mentionnant pas les victimes », a expliqué le président d’Ibuka, Deo Mazina.

Le responsable de l'association insiste sur l'importance de la sanction des négationnistes ou de ceux qui font l'apologie du massacre. « Ici, en Belgique, on nous a rapporté des cas d'enfants qui se faisaient traiter de sales Tutsis à l'école. Et sur internet et les médias sociaux, on retrouve ce genre de propos, ou même dans des livres comme celui du Canadien Philpot ».

Le député Serge Forest a tenu à mettre les choses au point. A ses yeux, sa proposition concerne bien les massacres des Tutsis et Hutus modérés (l'association Ibuka lui préfère les termes de Hutus qui se sont opposés au génocide ou ont refusé d'y participer). « Sinon, cela produirait l'effet inverse que l'on voudrait produire. Que les rescapés n'aillent pas s'imaginer que l'on est revenu en arrière. Ce n'est absolument pas l'intention », a-t-il déclaré.

M. Foret a rappelé que sa proposition était ouverte à la discussion et pouvait être précisée. Il la soumettra aux autres groupes à la rentrée.

Outre le Rwanda, la France punit la négation du génocide rwandais dans le cadre d'une loi qui concerne tous les génocides commis au 20e siècle.


 
 

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  • Par Pierre Stassart - 16/08/2017 - 21:22

    Une loi condamnant l'apologie ou la négation d'un génocide doit mentionner les victimes du génocide en tant que telles. Si elle prévoit de condamner également l'apologie du massacre des résistants ou de toutes personnes qui voulaient venir en aide aux victimes du génocide, cela doit faire l'objet d'un texte séparé. A défaut on perd le sens profond du texte. Le résistant souffre pour ses idées, la victime d'un génocide est poursuivie pour le seul fait d'exister.