Procès de l'attentat du Musée juif de Belgique

Un public attentif et assidu malgré la longueur du procès

Mercredi 6 Février 2019 par Géraldine Kamps

Depuis le début du procès de l’attentat du Musée juif de Belgique, la salle d’audience de la Cour d’assises accueille un public très attentif aux propos des parties civiles comme des deux accusés et de leurs avocats : des curieux d’un jour, des élèves venus avec leur classe, mais aussi beaucoup d’assidus pour un procès qualifié d'« hors norme ».

 

Aux arguments de la défense qui n’ont jamais considéré l’attentat du Musée juif comme un attentat « terroriste » parce qu’il n’a jamais été revendiqué par l’Etat islamique, les experts en islamologie et déradicalisation ont apporté un début de réponse ce mercredi matin, affirmant que « l'homme que l'on voit dans la vidéo de revendication de l'attentat au Musée juif n’était peut-être pas en mesure de se proclamer membre de l'organisation terroriste Etat islamique (EI) ». Le califat de l'Etat islamique n’ayant en effet été proclamé qu'en juin 2014 à Mossoul. Or la tuerie de Bruxelles date du 24 mai…

On aura vite repéré dans le public les réactions des deux camps, partagées entre ceux qui soutiennent l’accusation et ceux qui continuent de partager les thèses complotistes de la défense. Alexandre travaille de nuit. En dépit de la fatigue, il a décidé le jour de suivre le procès. « C’est le premier procès auquel j’assiste, mais c’est aussi le premier attentat terroriste en Belgique », souligne-t-il. C’est à l’appel de la communauté juive qu’il confie avoir répondu dans un premier temps, ne sachant pas que l’affaire le passionnerait. « C’est une communauté minoritaire qui a été violemment touchée, je trouve important par notre présence de la soutenir. Je voulais aussi me faire ma propre idée sur le fonctionnement de la justice, en dehors de ce que relatent les médias ». S’il se dit impressionné positivement par la minutie d’une enquête qui a duré quatre ans, il juge aujourd’hui encore plus nécessaire l’investissement financier consacré à la justice. Parce qu’il estime que « tout citoyen devrait un jour suivre un procès dans sa vie », il a créé sur Facebook un petit groupe qui grandit de jour en jour sur lequel il raconte le procès à sa manière, pour le plus grand intérêt de ceux qui croient comme lui en la culpabilité du principal accusé.

« On avance progressivement vers la vérité »

Paula, de son côté, assiste à la plupart des procès d’assises depuis qu’elle a pris sa retraite il y a dix ans. « J’essaie d’être là tous les jours, et c’est vrai qu’on revoit souvent les mêmes têtes », sourit-elle. « Ce qui rend ce procès très particulier, c’est la durée des devoirs d’enquête. La lecture de l’acte d’accusation a duré plus d’une semaine ! Généralement aussi, il s’agit de trouver des circonstances atténuantes à quelqu’un qui a avoué les faits. L’objectif ici est tout autre : l’accusé niant tout, il consiste à démontrer sa culpabilité, ce qui est très différent et rend les débats d’autant plus intéressants », poursuit-elle. Avant d’observer : « Je ne pense tout de même pas que beaucoup de procès d’assises débouchent sur une innocence… ». Voyant les arguments de la défense démontés chaque jour un peu plus, Charles semble s’être fait une certitude, « à 97% », estime-t-il, satisfait que « l’éclairage des différentes parties de plus en plus intense permette d’avancer progressivement vers la vérité ».

Une vérité qui semble très différente pour cette poignée de spectateurs qui paraissent s’être retrouvés autour des thèses du complot et ne s’en cachent pas, n’hésitant pas à hausser les épaules, à sourire à la moindre faille de l’enquête relevée par la défense, et adhérant sans sourciller à sa version du « musulman piégé ». Ce qui ne semble pas gêner outre mesure Farah (nom d’emprunt), assise non loin de la bande. Traductrice au Palais depuis plus de trente ans dans les procès terroristes, elle n’a pas été mobilisée cette fois puisque les accusés parlent français, mais elle souhaitait assister aux audiences, « peut-être aussi parce que je suis d’origine tunisienne », confie-t-elle, un carnet de notes déjà bien rempli. « Je suis surtout fan de poésie et ces sujets m’inspirent… ». On n’en saura malheureusement pas plus, « je garde mes productions pour moi, dans mes tiroirs… », précise-t-elle.

« Cela me concerne comme tout citoyen »

Parmi les régulières, on citera encore Arielle, très marquée par sa participation comme jurée il y a quelques années au procès d’Adam G., pour le meurtre de Joe Van Holsbeeck. Ce procès-ci la concerne « comme tout citoyen, mais plus particulièrement comme membre de la communauté juive », fait-elle remarquer. Fascinée par ce qu’elle nomme « une comédie humaine », « tout ce qui est mis en mouvement par la société pour découvrir la vérité et l’importance des moyens mis en œuvre pour deux individus tellement résistant à être humains, à reconnaitre leurs failles », elle avoue être choquée, au-delà des faits, par une justice « qui se laisse manipuler par le droit au silence ».

Et pendant ce temps, assistant à tout ce que l’on dit de lui comme s’il s’agissait d’un autre, Mehdi Nemmouche, impassible, continue de se taire. « Pour protéger quelqu’un », aurait-il soudain laissé comprendre ce mercredi après-midi en réponse à une question de la présidente, faisant visiblement allusion à sa grand-mère qui s’est occupée de lui après que sa mère l’a abandonné.

Selon le psychologue Serge Garcet, entendu devant la Cour, elle représenterait peut-être le seul élément de stabilité face au « chaos » qui entourait Mehdi Nemmouche. « Les personnes qui ont eu un parcours difficile, notamment au niveau familial, ont besoin de stabilité et de structure. Quand ce n’est pas le cas, on a généralement des problèmes… ».


 
 

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  • Par Pierret - 7/02/2019 - 1:23

    Bientot le Dieu le plus Haut punira ces deux méchants garçons , la terre entière saura la vérité . La justice divine cela existe . . .