Antisémitisme

Une proposition de résolution relative à la lutte contre l'antisémitisme à Bruxelles

Mercredi 8 mai 2019 par Nicolas Zomersztajn

Des députés (MR) ont déposé au Parlement francophone bruxellois une proposition de résolution relative à la lutte contre l’antisémitisme à Bruxelles. Elle a été prise en considération en séance plénière le 26 avril dernier.

 
Sur le même sujet

    En considérant comme neutres et dépourvus de caractère offensant des chants de supporters brugeois explicitement antisémites, la Commission des litiges d'appel de l'Union belge de football (URBSFA) a prouvé par l’absurde qu’il y a un véritable problème en matière de lutte et de répression de l’antisémitisme.

    « Il y a une véritable angoisse juive concernant l’antisémitisme » insiste Viviane Teitelbaum, députée bruxelloise (MR). « Elle n’est pas suffisamment prise en considération. Il faut donc s’en saisir. Il convient  de déconstruire les préjugés antisémites à travers l’éducation et de susciter une réflexion analogue à celle qu’il y a eu pour les questions de genres. Il s’agit de faire prendre conscience aux médias et à l’ensemble de la société qu’il existe un véritable problème d’antisémitisme pour qu’ils cessent de le nier ou de le relativiser en faisant systématiquement appel à un Juif qui dira que tout va bien et que la communauté juive exagère ».

    En tant que députée bruxelloise, Viviane Teitelbaum est également convaincue qu’il faut renforcer la loi d’autant plus qu’il existe des manquements importants en matière de lutte contre l’antisémitisme. La loi de 1981 tendant à réprimer certains actes inspirés par le racisme et la xénophobie ne vise pas les actes antisémites en tant que tels. « Beaucoup de gens l’ignorent, mais la loi Moureaux ne mentionne pas l’antisémitisme », rappelle Viviane Teitelbaum. « Si un Juif se présente au commissariat pour déposer une plainte relative à des faits d’antisémitisme, sa plainte ne pourra faire mention de ces faits. Cette plainte ne sera donc pas envoyée à UNIA (Centre interfédéral de lutte contre le racisme). Pour que cette plainte soit prise en considération par UNIA, il faut alors aussi déposer directement cette plainte auprès de cette institution. Il est donc impératif que la loi change et que l’antisémitisme constitue une catégorie à part entière. Cette situation est surréaliste car il existe une loi punissant la négation de la Shoah mais il n’y a pas de loi punissant l’antisémitisme ! ».

    Par ailleurs, la réaction d’UNIA est souvent en décalage avec ce qui préoccupe les Juifs. Comme ce fut le cas suite aux incidents antisémites du carnaval d’Alost, UNIA réagit fréquemment en disant que la loi ne permet pas de poursuivre car il n’y a pas d’incitation à la haine dans le chef de celui ou de ceux qui tiennent des propos antisémites. C’est donc classé sans suite. Or, UNIA est également une autorité morale qui doit condamner ce type de phénomènes même si les faits incriminés ne contiennent pas d’incitation à la haine.

    Entretemps, en décembre 2018, le Sénat a adopté une résolution relative à la lutte contre l’antisémitisme. Cette résolution souligne l’importance de disposer de données chiffrées concernant l’antisémitisme et les infractions à caractère antisémite et de désigner un coordinateur.

    Et comme cette résolution demande aux entités fédérées de reprendre certains éléments, Viviane Teitelbaum, David Weytsman et Jacques Brotchi ont donc déposé le 27 mars 2019 au Parlement francophone de Bruxelles une proposition de résolution relative à la lutte contre l’antisémitisme à Bruxelles. Cette proposition a été prise en considération en séance plénière le 26 avril dernier. Elle devra donc être traitée lors de la prochaine législature.

    Les auteurs de cette proposition de résolution insistent donc la nécessité de recueillir des chiffres précis concernant les faits (agressions physiques, insultes, menaces, etc.) à caractère antisémite. « Ce rapportage existe déjà dans d’autres pays européens comme en Suède, aux Pays-Bas, en France, au Royaume-Uni et en Allemagne », précise Viviane Teitelbaum. « Si ces pays sont capables de fournir des chiffres détaillés sur le nombre de déclarations et d’incidents antisémites, les autorités belges doivent aussi pouvoir le faire ».

    Les auteurs de la proposition de résolution déposée au Parlement francophone de Bruxelles appellent également à la désignation d’un coordinateur national indépendant de la lutte contre l’antisémitisme.

    Le corolaire de cette mesure est la réactivation de la cellule de veille de l’antisémitisme. Cette cellule réunissant UNIA (assumant le secrétariat) les ministres de l’Intérieur et de la Justice, des associations de la communauté juive, des représentants des parquets et de la police, doit organiser de manière structurelle la coopération, l’échange de vues et d’idées entre les pouvoirs publics et la communauté juive.

    Et enfin, ils insistent sur la nécessité d’adopter une définition de travail univoque de l’antisémitisme. « Il est important que les diverses instances publiques utilisent la même définition de travail. Cela permet de mieux cartographier le problème et de mener une lutte plus efficace », explique Viviane Teitelbaum.

    Le texte déposé propose que la définition de travail de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (plus connue sous l’acronyme IHRA), et dont la Belgique fait partie, soit reprise et utilisée dans les domaines de la justice et de la police.


     
     

    Ajouter un commentaire

    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par Ezekiel - 9/05/2019 - 7:54

      Il est scandaleux que seul le MR ait déposé ce texte.
      Et après qu on vienne m expliquer comment des juifs peuvent encore voter pour d autres partis en Belgique

      E.M.

    • Par HENRI GUTMAN - 10/05/2019 - 12:51

      Bravo pour le MR, mais pourquoi a-t-il fallu si longtemps ?
      Parce qu'on est à la veille d'élections ?

    • Par ezekiel - 10/05/2019 - 16:21

      Monsieur Henri,

      Oui peut être à cause des élections mais notre communauté a-t-elle encore le moindre poids tant elle est mal défendue et si peu nombreuse ?

      Mais au moins le MR dont je ne suis pas un électeur a t-il déposé ce texte au contraire de tous les autres partis dont celui que je soutiens par mon vote depuis que je peux voter c'est-à-dire depuis près de 60 ans.

      Chabbat chalom à tous les lecteurs de ce site que j'apprécie beaucoup même si je suis souvent en désaccord avec les prises de position du CCLJ.

      E.M.

    • Par Lévy - 15/05/2019 - 14:20

      Heureusement que Viviane Teitelbaum est là contre vents et marées
      Depuis toujours c'est son combat !!!
      Bravo