Proche-Orient : La paix envers et contre tout

Vendredi 12 janvier 2001

 

La situation au Proche-Orient nous pousse à prendre la parole aujourd’hui plus que jamais. Jamais, en effet, n’avons nous été à la fois si proches et si loin d’un accord définitif susceptible de faire advenir une nouvelle ère de paix et de prospérité dans la région. En effet, le Président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat et le Premier ministre israélien Ehoud Barak, ont assorti les propositions de paix du Président américain, Bill Clinton, d’une série de réserves qui, bien qu’elles puissent paraître fondées aux yeux de chacune des parties, risquent de porter un coup fatal aux pourparlers actuellement en cours. Notre préoccupation est à la hauteur des espérances suscitées par les propositions américaines. Un conflit vieux d’un siècle pourra ainsi être enterré. Que propose en effet le Président Clinton, sinon une solution de compromis sans vainqueur ni vaincu ? Tel est bien l’enjeu des négociations de paix. Le plan de paix exige de renoncer à des prétentions pourtant légitimes aux yeux de chacun des protagonistes. Ces dernières concessions, faites au nom du bon sens, permettraient d’achever la paix des braves initiée par les Accords d’Oslo, certes imparfaits et douloureux mais à la hauteur des défis qu’ils relevaient et des perspectives de paix qu’ils ouvraient. Un véritable accouchement dans la douleur, n’ayons pas peur des mots. Un pari difficile Aux Israéliens en effet de rendre, tout ou presque des territoires occupés depuis 1967, dont notamment la jouissance de l’esplanade des mosquées ou Mont du temple, premier lieu du judaïsme. Si pour les Juifs que nous sommes, l’abandon d’une partie de Jérusalem et de la totalité de la Cisjordanie se justifie amplement par les nécessités de la paix, comment ne pas comprendre la souffrance morale qu’elle engendrera dans nombre de foyers israéliens? Bien que la Cisjordanie comporte de nombreux lieux de mémoire du judaïsme, il faut pourtant, au nom de la paix et de la conscience morale, démanteler les implantations israéliennes dispersées au sein des territoires conquis pour qu’un Etat palestinien viable puisse s’établir à côté d’Israël. Enfin, aux Israéliens encore d’accepter des nouvelles frontières certes reconnues mais, convenons-en, garantissant difficilement sa sécurité en cas de conflit. Rappelons qu’Israël, confiné à ses frontières de 1967, est l’un des plus petits Etats de notre planète, sa superficie représentant à peine les deux tiers de celle de la Belgique. Sait-on qu’en certains endroits, la largeur du pays ne dépasse guère 15 kilomètres? En termes stratégiques, la paix constitue aussi un pari sur un avenir nécessairement pacifique. Pour les Palestiniens, le pari est tout aussi difficile. Outre les souffrances que la situation leur a imposées, le ressentiment provoqué par l’occupation et les difficultés quotidiennes qu’elle leur a causées, il leur revient en effet d’accepter la présence définitive d’un Etat majoritairement juif dans ce qui fut aussi la Palestine, et ce y compris Jérusalem Ouest. Aux Palestiniens surtout de se résoudre à l’impossibilité du retour des réfugiés à l’intérieur des frontières israéliennes. L’autorité palestinienne doit comprendre qu’accueillir quatre millions de réfugiés palestiniens revendrait, pour Israël, à diluer totalement son identité et impliquerait sa disparition par l’arme démographique. Israël ne peut toutefois ignorer sa part de responsabilité dans ce drame humain et doit pouvoir proposer au futur Etat palestinien, dans le cadre d’une action globale internationale, une collaboration économique et humanitaire pour l’aider à intégrer ces populations aujourd’hui exilées dans leur futur foyer national. A l’abandon définitif du Grand Israël répond donc aussi celui de la Grande Palestine et succédera, nous l’espérons, une nouvelle ère de coopération et de coexistence pacifique entre les deux Etats. Préparer l’avenir On le voit les sacrifices demandés sont lourds de part et d’autre. Mais nécessaires. La formule d’Oslo, comme de la résolution 242 votée par les Nations Unies en 1967, consacre la restitution des territoires occupés en échange de l’acceptation définitive de l’Etat d’Israël dans la région. La paix ne pourra être basée que sur cette idée peut-être simple mais évidente : la reconnaissance réciproque de la légitimité de l’autre et du nécessaire partage de la terre qui en découle. Seul un tel préalable permettra, une fois pour toutes, de tourner l’une des pages les plus douloureuses de l’histoire proche-orientale contemporaine. A partir de ce double constat, tout deviendra peut-être possible entre Israéliens et Palestiniens, comme cela put l’être, après la Seconde Guerre mondiale, entre la France et l’Allemagne. L’Union européenne s’est créée à partir d’Etats souverains, donc forcément séparés. Comme le déclarait le Président Clinton, dimanche 6 janvier, "Pour résoudre les divergences encore existantes, les choix nécessaires resteront probablement les mêmes, qu'ils interviennent aujourd'hui ou après plusieurs autres années de désolation et d'effusions de sang. (…) Les parties seront toujours confrontées à la même histoire, à la même géographie, aux mêmes voisins, aux mêmes passions et aux mêmes haines". Juifs et Arabes doivent se préparer à ce que cohabitent demain deux Etats souverains, l’un majoritairement juif, Israël, et l’autre majoritairement arabe, la Palestine. Espérons que les peuples israélien et palestinien le comprennent au plus tôt.


 
 

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