Proche-Orient : dialoguer sans condition préalable

Vendredi 22 juin 2001

 

Le Centre Communautaire Laïc Juif est bouleversé par l’effroyable attentat perpétré à Tel-Aviv dans la nuit du vendredi 1er au samedi 2 juin, qui a coûté la vie à vingt jeunes israéliens, innocentes victimes d’un engrenage macabre, qui viennent s’ajouter aux nombreux morts déjà tombés au nom du nationalisme aveugle et des extrémismes religieux. Pourtant, il y a quelques mois à peine, Israéliens et Palestiniens étaient très proches d’un accord : le gouvernement Barak était prêt à restituer aux Palestiniens la quasi-totalité des territoires occupés et se déclarait favorable au partage de souveraineté sur la ville de Jérusalem en échange de la paix. La gauche était parvenue à faire tomber des tabous qui paralysaient à la fois la société israélienne et les négociations, elle envisageait même une solution pragmatique au problème des réfugiés palestiniens. Le refus de l’Autorité palestinienne de tenir compte de l’importance des concessions que le gouvernement israélien était décidé à imposer à son peuple, et plus grave encore, la décision palestinienne de ne pas présenter de contre-propositions pour profiter de cette avancée de la position israélienne ont entraîné le réveil de la violence dans les Territoires, la reprise des attentats et le retour au pouvoir d’Ariel Sharon. Le cercle vertueux du dialogue a cédé sa place à la violence assassine qui frappe à Tel-Aviv comme à Gaza, à Jérusalem comme à Ramallah et la situation n’en finit pas de mutiler un peu plus chaque jour l’espoir d’une résolution pacifique et définitive au conflit. Prévaut aujourd’hui un climat délétère où chacun campe sur ses positions. Comme l’a récemment écrit l’intellectuel israélien David Grossman, Si Israël refuse de mener des pourparlers avant même que le terrorisme ne soit définitivement éradiqué, comme le veut Sharon, il ne connaîtra jamais la paix et, au contraire, il entretiendra la poursuite de cette terreur. Si les Palestiniens refusent de mettre fin à la violence tant que l'occupation demeure, ils n'auront jamais la paix, et l'occupation continuera. En dépit des nombreuses critiques que chacun peut émettre à l'égard des accords d'Oslo, nous ne dirons jamais assez combien ils furent décisifs pour le rapprochement israélo-palestinien, créant une dynamique de paix inespérée. Peu à peu la confiance s’était installée entre les deux parties qui ont pu ensuite nouer des relations bilatérales. C'est la raison pour laquelle nous nous sommes engagés à soutenir pleinement le processus d'Oslo. La paix négociée demeure pourtant la seule option raisonnable, aucune alternative n’est viable. Il y a place pour deux Etats. Aux côtés d’Israël, reconnu par l’ensemble de ses voisins arabes, doit prendre place un Etat palestinien viable. Trop de sang a déjà coulé. L’apologie et le culte du martyr d’une part, et l’exigence de la répression armée comme seule réponse d’autre part, sont autant d’attitudes intolérables qui éloignent encore plus l’espoir de coexistence de nos deux peuples. L'incitation à la haine et à la violence ne permettra pas de sortir du cycle infernal dans lequel se trouvent aujourd’hui plongés Israéliens et Palestiniens. Nous appelons à la reprise inconditionnelle du dialogue, indispensable pour conduire à leur terme les négociations de paix. C'est dans cet esprit que se constitua en Israël, le 8 mai dernier, la Coalition pour la Paix. Ce mouvement, réunissant des parlementaires ainsi que des militants associatifs, entend présenter une alternative à la politique du gouvernement Sharon et à son incapacité à définir un programme politique accordant la priorité à la paix. La Coalition pour la Paix ne s'est pas contentée de formuler des vœux pieux, elle a indiqué clairement la nécessité de mettre fin à l'occupation israélienne des Territoires via la reprise des négociations d'un accord final en vertu duquel deux Etats coexisteront, côte à côte. Pour commencer, la Coalition a demandé à l'Autorité palestinienne de tout faire pour mettre fin à la violence, et au gouvernement israélien le gel de toute construction dans les colonies et la reprise inconditionnelle des négociations destinées à mettre fin aux violences et aux punitions collectives. Tel est également l’objectif des propositions du directeur de la CIA George Tenet, chargé par le président américain George W. Bush de la consolidation du cessez-le-feu entre les deux parties. La trêve proposée par les Américains a déjà été acceptée par Israël et l’Autorité palestinienne. Mais l’arrêt des violences n’est qu’un préalable à la reprise du dialogue. Un premier pas a été fait en ce sens par les deux protagonistes qui ont approuvé le rapport Mitchell. Mais l’application sur le terrain de ses principes, mis en œuvre sans enthousiasme, montre que des relais dans la société civile sont nécessaire pour relancer la dynamique de paix. Nous espérons donc que les Palestiniens qui partagent les mêmes préoccupations, s'organisent également pour entreprendre des initiatives analogues à celle de la Coalition pour la Paix. Nous sommes conscients qu'ils ne partagent pas nécessairement notre lecture des événements et qu'ils n'acceptent pas les critiques que nous adressons à l'Autorité palestinienne. Malgré tout, nous demeurons convaincus que la solution du conflit ne dépend ni des arguments historiques ni des projets politiques, mais de la volonté commune de parvenir à un accord de paix qui consacre le droit légitime des deux peuples à vivre dans la sécurité et la dignité, au sein de leur Etat respectif.


 
 

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