L'humeur de Joël Kotek

Pourquoi tant de biais ?

Mardi 4 septembre 2018 par Joël Kotek, Directeur de publication
Publié dans Regards n°1028

La première cause de l’antisionisme radical est l’ignorance. La majorité de nos contemporains ignore tout des tenants et des aboutissants de l’histoire du peuple juif comme du conflit israélo-palestinien.

Combien sont-ils, en effet, à savoir que le Christ naquit en Judée, et non en Palestine, qu’Israël est peuplé en grande partie de Juifs refoulés du monde arabe, que le mouvement sioniste (et pas palestinien) accepta, en 1947, le plan de partage des Nations Unies, que la guerre qui s’en suivit fut l’œuvre des Etats arabes et non de l’Etat juif, que Les Protocoles des Sages de Sion sont l’une des sources d’inspiration de l’ancienne (?) charte du Hamas et enfin que les Gazaouis incendient à dessein, depuis des semaines, les champs agricoles israéliens ?De très rares étudiants, en tout cas, comme en témoigne mon expérience de professeur dans l’une des meilleures universités belges. Ces étudiants sympathiques, généreux et totalement dédiés aux droits de l’homme, apparaissent d’autant moins au fait de la complexité du conflit israélo-arabe qu’ils ne sont pas servis par des médias qui, lorsqu’ils ne sont pas au diapason des thèses palestiniennes, donnent au conflit israélo-palestinien un écho univoque, partial, partiel, souvent teinté de relents judéophobes. Nous l’avions démontré, voilà quelques années, au grand dam de nos meilleurs responsables éditoriaux qui exigèrent l’embargo sur l’étude Israël et les médias belges francophones (lire A votre avis pp.12-13). La majorité de nos médias mainstream a choisi son camp : celui de présenter systématiquement les Palestiniens comme des victimes toujours innocentes et les Israéliens comme des oppresseurs colonialistes. Tout est fait pour éviter de donner la moindre nouvelle positive de l’Etat juif qui pourtant, au-delà du désastre Netanyahou, reste (mais je le reconnais volontiers pour combien de temps encore ?) un pays fascinant, pluraliste, novateur et même, quelques fois, généreux. Israël n’a-t-il pas procédé à l’exfiltration, via le plateau du Golan, de 422 casques blancs syriens, et leur famille, menacés par l’avancée des troupes d’Assad ? L’Etat hébreu n’a-t-il pas dispensé, tout au long de la guerre civile syrienne, des soins médicaux, chirurgicaux et psychologiques à des milliers de Syriens dans des hôpitaux israéliens ? Sans oublier la construction d’un hôpital et d’une maternité de l’autre côté de la frontière syrienne. Dans un même élan, nos médias se réfrènent de toute critique majeure s’agissant de l’Etat islamique de Gaza, une entité pourtant aux relents totalitaires, à l’égal de ce que fut son (quasi) frère jumeau, feu le califat de Daesh.

Que la situation des Gazaouis soit catastrophique ne fait aucun doute, mais pourquoi taire les responsabilités et les incohérences des responsables du Hamas, tout prêts à mourir jusqu’au dernier Palestinien, mais qui n’hésitent pas à se faire hospitaliser en Israël, à l’instar de la belle-mère, de la fille et de la petite-fille d’Ismaïl Haniyeh, le chef du bureau politique du Hamas ? Combien de nos concitoyens savent-ils que les hôpitaux israéliens ont soigné ainsi des dizaines de milliers de Palestiniens des Gaza comme de 
Cisjordanie ? Combien savent-ils aussi que les 3.383.440 tonnes de matériaux acheminés depuis le seul point de passage de Kerem Shalom sont détournées au profit du Hamas pour construire 
notamment des infrastructures militaires, comme ces incroyables et sophistiqués tunnels d’attaques qui, à croire le juriste Oudy Bloch, « coûtent la bagatelle de 3 millions de dollars (pièce), autant d’argent qui ne profite pas aux Gazaouis* ».

Au-delà de la justesse de la cause palestinienne, nos médias n’auraient-ils pas quelque intérêt à rappeler à leurs lecteurs ou téléspectateurs que l’Etat d’apartheid n’est pas celui qu’on croit : qu’en Israël, les universités sont mixtes en termes de genre, de religion et d’ethnicité, mais pas à Gaza, qu’en Israël, les homosexuels ont droit de cité et qu’à Gaza, ils se retrouvent souvent exécutés en place publique ; qu’en Israël, les femmes jouissent des mêmes droits que les hommes et qu’à Gaza, les relations hommes-femmes sont régies par le code de la Sharia, qu’en Israël la peine de mort n’existe pas, mais qu’elle est appliquée à Gaza, etc.

Enfin, nos médias ne pourraient-ils pas aussi dénoncer le statut de parias des Palestiniens, pour faire bonne mesure, en Egypte, en Irak, en Jordanie, au Liban, en Syrie ou encore au Koweït ? Mais il faut bien reconnaître que lorsque « l’oppresseur » n’est pas sioniste, cela perd de son intérêt. La récente guerre civile de Syrie est d’ores et déjà passée à l’as (Assad redevient un homme respectable) malgré 500.000 morts et des villes rasées, comme ne le fut jamais aucune ville palestinienne, Gaza comprise. Alep, Deraa, Rakka et Mossoul (Irak) ont été quasiment rayées de la carte, notamment par l’aviation occidentale, et belge, sans que personne ne s’inquiète réellement des victimes collatérales, notamment les dizaines de milliers d’enfants. Comment expliquer ces biais médiatiques qui ne renforcent que la haine à l’égard de ce minuscule Etat juif, certes très (très) mal gouverné, mais qui reste une démocratie ? Bonne fête de nouvelle année.  

* Oudy Ch. Bloch, « Syrie, Gaza, Loi fondamentale : Israël porte (toujours) le chapeau, Pourquoi reprocher aux Israéliens ce que l’on ne reproche pas aux autres ? », Causeur, 18/8/2018


 

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