L'humeur de Joël Kotek

Pourquoi Macron est-il l'homme des Juifs ?

Mardi 5 décembre 2017 par Joël Kotek, Directeur de publication
Publié dans Regards n°873 (1013)

Face aux préjugés, la raison est souvent vaine. Prenez Gérard Filoche qui ne semble toujours pas comprendre ce qui lui est arrivé : "S’ils disent que je suis antisémite qu’ils le prouvent", ne cesse-t-il de répéter à tous ceux qui voudraient l’entendre. Et le moindre des paradoxes est que cet homme est vraisemblablement sincère.

Ce n’est évidemment pas sa représentation pour le moins outrée du Président Macron qui justifie son exclusion du PS. Pour rappel, notre homme posta un photomontage, repris à la facho-sphère, où Macron se retrouvait affublé d’un brassard nazi avec une croix gammée subtilement remplacée par le symbole du dollar !

Ce qui la justifie, c’est évidemment l’association de cette nouvelle forme de nazisme que serait le social/libéral-socialisme (!) avec Israël et les Juifs. Poser leprésident des riches" en marionnette d’Israël et des (seuls) Juifs est tout sauf innocent pour puiser aux sources même de l’antisémitisme occidental. Depuis l’aube du christianisme, les Juifs se sont vus associés, bien malgré eux, à l’argent dépravant et corrupteur.

Au-delà même de la pratique du prêt à intérêt imposé par l’Eglise aux Juifs, il suffit de songer au mythe de Judas et des trente deniers pour saisir toute la prégnance de cet antisémythe dans l’imaginaire occidental.

Mêlant question sociale et antisémitisme, une grande partie du mouvement ouvrier, y compris marxiste, fit sien cet antisémythe du Juif d’argent. Faisant fi de l’extrême pauvreté des masses juives, la réussite matérielle de quelques Juifs et notamment des Rothschild cristallisa les attaques de ceux qui dénonçaient la toute-puissance de l’argent et du capital. De nombreux progressistes de Fourier à Bakounine ne manquèrent pas d’associer les Juifs à la finance. A croire ce dernier, les Juifs constituaient la "véritable puissance en Allemagne"" pour régner dans le monde de l’argent et des grandes spéculations financières et commerciales (…). Tout ce monde juif qui forme une seule secte exploitante, une sorte de peuple sangsue, un parasite collectif dévorant et organisé en lui-même (…) à travers les frontières des Etats". Tout attaqué qu’il fut du fait de ses origines juives, Marx lui-même ne manqua pas d’assimiler de manière tout aussi insensée les Juifs au Dieu de l’argent, comme l’atteste son malheureux pamphlet de jeunesse Sur la question juive  :

"Quel est le fond profane du judaïsme ? Le besoin pratique, l’intérêt personnel.

Quel est le culte profane du juif ? Le trafic.

Quel est son dieu ? L’argent.

C’est de ses propres entrailles que la société bourgeoise engendre continuellement le juif.

Quel était, en soi et pour soi, le fondement de la religion juive ? Le besoin pratique, l’égoïsme.

Le besoin pratique, l’égoïsme, voilà le principe de la société bourgeoise, et il se manifeste comme tel dans toute sa pureté dès que la société bourgeoise a achevé de mettre au monde l’Etat politique. Le dieu du besoin pratique et de l’intérêt personnel, c’est l’argent.

L’argent est le dieu jaloux d’Israël, devant qui nul autre dieu ne doit exister. "

Le moins qu’on puisse dire est que cet écrit, certes de jeunesse, ne manqua pas de peser lourdement sur le rapport des mouvements progressistes aux Juifs.

De quoi le tweet de Gérard Filoche est-il le nom ? Précisément de cet antisémitisme de gauche qui fait du Juif ou de l’Etat des Juifs le grand marionnettiste de notre monde. Bref, cette triste affaire démontre à l’envi d’abord que l’antisionisme radical (le drapeau israélien en toile de fond) tient de l’antisémitisme et que ce dernier n’est surtout pas l’apanage de la seule extrême droite. La gauche fut-elle frondeuse se complait aussi dans la pensée magique et la théorie du complot. Appréhender en termes de conspiration un événement inattendu, perturbateur et indéchiffrable revient à le concevoir comme compréhensible, donc maîtrisable. Et si le macronisme n’était que la conséquence de ce vaste complot ourdi par ces Juifs depuis la nuit des temps ? L’antisémitisme, et ce, y compris dans sa variante antisioniste, est plus que le jamais le socialisme des imbéciles.


 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par riviere - 14/12/2017 - 13:58

    tres interresse

  • Par Thierry - 17/12/2017 - 9:42

    Après avoir lu cet écrit de Marx, cela ne m'étonne pas que le PTB ait invité à sa Manifiesta un individu comme le rappeur Médine, adepte de la "quenelle dieudonniste"... (voir le site de la LBCA). Parfois je suis tenté de voter PTB ( face aux dérives affairistes du PS et conscient que les services publics comme l'enseignement, les transports publics, la justice, les pompiers, etc. doivent être refinancés ou encore qu'il faille plus de justice fiscale), mais cette complaisance des communistes avec les islamistes antisémites, ces "nouveaux damnés de la Terre", me retient de leur apporter ma voix.

  • Par Steve Van Laer - 17/12/2017 - 14:05

    "Une bonne idée vaut de l'or, disent les israélites. Aussi ne la laissent-ils jamais passer sans l'arrêter au passage. L'explication des fortunes récentes de quelques israélites est facile. Ils ont osé : un catholique n'ose jamais se risquer même sur une éventualité probable : il faut qu'il voie, qu'il touche pour croire. [...]. Bref, le chrétien manque d'estomac comme on dit en style de Bourse. L'israélite, au contraire, sait à un moment donné avoir la prudence de l'audace ; il est au moins extraordinaire que depuis un siècle la science de la banque se soit tenue en dehors du catholicisme : il y a soixante-dix ans nous avions les protestants Genevois ; aujourd'hui, ce sont les israélites bordelais." - Les frères Pereire, Hippolyte Castille, 1861

    Un jugement de réalité qui fait intervenir une appartenance religieuse n'est pas nécessairement exprimé avec le caractère requis pour en faire la représentation objective d'un racisme quelconque. Le socialisme des imbéciles pourrait donc bien être celui qui y croit. Jacques Attali, par exemple, n'y croit pas quand il se prononce sur les Juifs, le Monde et l'Argent. Les Juifs de cour sont une réalité tout aussi historique que le juif épinglé d'une étoile jaune par un État antisémite. Le tort de Karl Marx, comme de Nietzsche, est d'avoir utilisé un concept générique, le Juif, pour s'exprimer sur les conséquences pratiques du rapport à l'argent dans le Talmud. Mais il a fait pour le Juif comme pour le Bourgeois et le Capitaliste, il en a parlé sans haine.

    Mêler d'un trait, Macron, avec Fourier, Rothschild, Israël, les Juifs, Karl Marx, le socialisme et Gérard Filoche par un seul fil : la haine des Juifs. Ce n'est plus faire de la philosophie, c'est déposer un réquisitoire contre les adversaires de Macron avec l'accusation d'antisémitisme comme arme de répression. Avant son assassinat en 1995, Yitshak Rabin était régulièrement affublé d'un uniforme nazi par les groupes extrémistes qui l'ont assassiné. Les caricatures malveillantes sont un instrument de propagande qui ne devraient pas avoir leur place dans un débat public. Mais utiliser l'argument de la haine des juifs pour sauver Macron des critiques objectives qui lui sont adressées en tant qu'ancien cadre de la banque Rothschild tout comme Pompidou en espérant dissoudre le mythe de l'État commis des banques dans la culpabilité d'avoir commis un acte de haine à l'égard d'Israël et des Juifs c'est jouer dans la petite cour. Le racisme est puni par la loi et l'antisémitisme d'autant mieux qu'il n'est vraiment plus nécessaire aujourd'hui que les citoyens se lancent des accusations d'antisémitisme comme on se ferait justice soi-même.

    Gérard Filoche a émis un point de vue par une caricature, si ses intentions étaient antisémites il faut porter plainte et laisser aux tribunaux le soin de porter son jugement. A défaut chaque point de vue devrait être estimé pour tel. Israël et les Juifs n'ont rien à voir dans le passage de Macron à la banque Rothschild. Le sujet est purement politique sans égard pour un État ou un peuple en particulier hormis ceux de la France. Macron n'a vraiment pas besoin des anti-socialistes pour le sauver, mis à part accuser leurs adversaires ils n'apportent rien au débat public.