Au CCLJ/Conférence

La Pologne, les Juifs et le communisme

Jeudi 27 janvier 2011 par Emmanuel Hollander

 
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    Directeur de recherche au CNRS, l’historien Jean-Charles Szurek est l’auteur de nombreux écrits et travaux sur les relations entre Juifs et Polonais. Son dernier livre, La Pologne, les Juifs et le Communisme, présente une synthèse des recherches menées depuis 25 ans sur cette relation longtemps occulté.
     
    Pourquoi ce silence ? « Vers 1980 », nous explique Jean-Charles Szurek, « l’historien américano-polonais Jan Gross publiait un remarquable ouvrage « Polish Society under German occupation », sans mentionner une seule fois le terme « Juif ». C’est symptomatique : on ne se posait pas de questions sur le comportement des Polonais entre 1939 et 1944. Une sorte de tabou, un peu comme si Hitler s’étant chargé de régler la question juive, il n’y avait plus de raisons d’y revenir ».
    Les origines polonaises de Jean-Charles Szurek ont sûrement été pour quelque chose dans sa décision d’élucider ce mystère : « En 1939, 3 millions et demi de Juifs vivaient en Pologne et cinq ans plus tard, presque tous avaient été anéantis dans des camps qu’Hitler avait voulu construire sur le territoire polonais. Les Polonais ont donc été les principaux témoins, mais pour le pouvoir communiste, la ligne imposait de gommer la spécificité juive des victimes. Après tout, celles-ci étant légalement pourvues de la nationalité polonaise, il n’y avait pas lieu de faire une distinction. Telle était la vérité officielle qui allait amener les autorités de Varsovie à inaugurer le musée d’Auschwitz sous le nom de « musée du Martyre de la nation polonaise et des autres nations ». Mais contrairement à ce qui se passait dans les autres pays de l’Est coulés dans le moule soviétique, des traces du passé juif ont subsisté en Pologne communiste jusque dans les manuels scolaires ».
    On sait que la Pologne a été le seul pays européen libéré où fut perpétré un authentique pogrom après la guerre. Cela se passa à Kielce en juillet 1946, une quarantaine de survivants juifs furent massacrés après que fût répandue dans la ville l’ancestrale rumeur des disparitions d’enfants chrétiens, victimes de crimes rituels perpétrés par des Juifs. D’autres violences meurtrières, mais d’une ampleur moindre, se déroulèrent à l’époque à travers le pays. Certains coupables subirent la peine capitale.
    La présence de nombreux Juifs au sein du gouvernement et des forces de sécurité, critiquée par l’opinion publique qui l’appelait la Judeokomuna, aura souvent servi d’alibi commode à l’antisémitisme qui sévira durant l’ère communiste. Viendra ensuite la période où le Parti, sur l’ordre du grand frère soviétique, se débarrassera de ses cadres juifs, taxés de sionistes et de cosmopolites. Enfin, ce sera en 1968 la grande vague des expulsions qui laissera la Pologne « judenrein » ou presque.
    Au cours des années 1980, un chapitre moins noir s’ouvre : des historiens, des intellectuels, des jeunes curieux du passé de leur pays se mettent à redécouvrir le rôle que les Juifs y ont joué à travers les siècles. Ils découvrent aussi l’indifférence de la génération précédente à l’égard des persécutés. En 1985, le film de Claude Lanzmann Shoah provoque un ébranlement dans de larges pans de la société. Plus récemment, la parution du livre de Jan Gross traitant du massacre de la population juive de Jedwabne en 1941 -attribué aux SS et aux policiers ukrainiens, mais exécuté par des paysans locaux- suscite une vaste remise en question. Quant aux plus hautes autorités, elles font aveu de repentance et sollicitent le pardon. Désormais, nombreux sont ceux qui considèrent que l’apport juif est indissociable de leur propre culture. Bien que subsistent encore un antisémitisme religieux et une xénophobie active dans les milieux de droite.
    Le travail accompli par Jean-Charles Szurek ne laisse pas indifférent, ce n’est pas par complaisance que le quotidien français Libération a qualifié son livre de passionnant. Sa conférence du 1er février 2011 au CCLJ ne devrait pas l’être moins.

     
     

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