Procès de l'attentat du Musée juif de Belgique

Une plaidoirie incohérente et désarticulée pour tenter d'innocenter Mehdi Nemmouche

Vendredi 1 mars 2019 par Géraldine Kamps et Nicolas Zomersztajn

Me Courtoy, l'avocat de Mehdi Nemmouche, a plaidé pendant plus de huit heures l’innocence de son client qui aurait été piégé pour devenir l’accusé d’un assassinat ciblé d’agents du Mossad. Il réclame l’acquittement.

Me Sébastien Courtoy, avocat de la défense

Absent durant les 10 jours de réquisitoire du procureur général et de plaidoiries des avocats des parties civiles, l’avocat de l’accusé principal de la tuerie du Musée juif, Me Sébastien Courtoy a attaqué d’emblée ses confrères. « Vous avez perpétué mon souvenir pendant mon absence. Je me contremoque de ces confrères dont je connais le passé et le présent. Je ne leur reconnais aucun mérite ».

Très excité, agitant ses bras dans tous les sens et se contorsionnant nerveusement, Me Courtoy promet une « farandole de preuves », établissant l’innocence de son client (attention, il n’aime pas ce terme qu’il juge mercantile !). Crânement, il ajoute même qu’il dispose de trop de preuves et c’est la raison pour laquelle il s’est absenté pendant les plaidoiries de ses confrères. « Il fallait sélectionner, ça prend du temps », insiste-t-il.

Il évoque d’abord un sac de couchage avec lequel (en plus des deux sacs) « Mehdi », comme il le nommera tout au long de sa plaidoirie, serait rentré chez lui, et qui prouve qu’il n’occupait pas son appartement la veille de l’attentat. Qui prouve donc aussi que son client aurait été piégé par quelqu’un qui y serait entré et aurait utilisé son ordinateur pour lui faire porter le chapeau dans un complot visant la liquidation d’agents du Mossad !

Ensuite, Sébastien Courtoy a affirmé que son client parlant « un français impeccable » -tout en soulignant qu’« il n’est pas non plus le nouveau Chateaubriand », ce ne peut être lui qu’on entend sur la vidéo de revendication de l’attentat. « Le type qu’on entend est un handicapé linguistique qui commet plein de fautes ! ».

L'avocat de Nemmouche a encore lourdement remis en doute la comparaison de l'expert vocal, qui avait estimé, sur base des auditions, que la voix de l'accusé était celle de l'auteur des vidéos. « L’expert vocal vous a caché des choses », s’exclame Courtoy. « Je l’ai coincé, car moi, j’ai lu ses chiffres ». Lors de son audition devant la Cour d’assises il y a quelques semaines, c’est cet expert qui avait expliqué les chiffres en effet de façon très professionnelle, mais surtout remis Courtoy à sa place lors de ses interpellations.

Nicolas Hénin, « un expert ès mensonges »

Truffant ses phrases interminables de propos dignes d’un café du commerce avec des raisonnements simplistes et un langage qui banalise et tourne en dérision une réalité tragique (« le mec », « le type », « etceteri, etcetera », « et blablabla », « le bazar », « le brol »…), outre des digressions qui font perdre le fil de ses arguments, Courtoy s’interrompt à plusieurs reprises pour s’emporter contre l’un des procureurs généraux qui ferait « exprès de l’énerver », en ricanant et en commentant sa plaidoirie, alors que les magistrats du ministère public l’écoutent attentivement et que lui ne s’est pas privé pendant le procès de se livrer à des allées et venues remarquées pendant les prises de parole de ses confères.

L'avocat pointe alors le témoignage du journaliste français Nicolas Hénin, qui était venu devant la cour d'assises désigner Mehdi Nemmouche comme son geôlier. « On vous a glissé une peau de banane », a-t-il lancé aux jurés. « Ces journalistes sont venus témoigner avec leur auréole de saints, mais ils ont menti ». Avant de lâcher : « Nicolas Hénin est une victime, mais il est expert ès mensonges et fait condamner un innocent. Il ment avec la complicité de la DGSI française ! ». Selon lui, un procès-verbal de la DGSI du 30 mai 2014, soit le jour de l'arrestation de Mehdi Nemmouche, indique que les enquêteurs savaient déjà qu'il était le djihadiste connu sous le nom d'Abou Omar. Pourtant, il a été dit que c'était grâce au témoignage du journaliste, le 2 juin 2014, que ce lien avait été fait.

Après cela, de manière toujours aussi décousue, l’avocat de Nemmouche s’en prend à Me Marchand, l’avocat d’Unia, qu’il qualifie de « délateur » parce qu’il a rappelé que Courtoy avait accompli le geste de la quenelle lorsqu’il défendait l’antisémite Dieudonné. « Quand je vois tous les mensonges des parties civiles et des témoins, j’ai envie de faire la quenelle tous les jours ! », a-t-il crié. « Je veux bien qu’on dise que je suis nazi, antisémite et complotiste. Mais moi, je ne manipule pas les dossiers ». Il fait autre chose : il ne s’appuie pas du tout sur le dossier dont il ne retient aucun élément pour sa fable complotiste.

Pour qu’elle tienne toute sa cohérence, cette fable complotiste passe par une attaque virulente des victimes. Le couple Riva et Alexandre Strens. Pour défendre l’innocence de son client, Courtoy passe son temps à les charger.

Du grotesque à l’abject

Pour l’avocat de Nemmouche, la tuerie du Musée juif de Belgique n'était pas un attentat, mais bien une « exécution ciblée d'anciens agents du Mossad », à savoir les époux israéliens Emanuel et Miriam Riva. « S’attaquer au Musée juif de Belgique n’a rien d’antisémite », a-t-il lancé. « C’est comme prétendre qu’une attaque contre le Musée de l’Afrique de Tervuren serait raciste ». Comparaison grotesque qui suscite l’agacement dans la salle. Il ajoute : « Aucune revendication antisémite n’a été trouvée nulle part ». Sur l’antisémitisme de son client : « On dit que Mehdi est antisémite ? Il a pourtant acheté des chaussures Calvin Klein ! »

S’il essaie de glisser de temps en temps un propos moins acerbe envers les victimes, il ne peut s’empêcher immédiatement de lâcher son fiel. « Les Riva ne méritaient pas de mourir, mais leur fonction au Mossad les rend un peu moins innocents pour certains », juge-t-il.

Après s’être appesanti sur les « mensonges » des enquêteurs qui n’auraient pas fait leur travail, Me Courtoy s’est attaqué au « terrorisme intellectuel » des parties civiles et leur « chantage à l’antisémitisme ». En s’adressant aux jurés : « Si je suis antisémite et que vous suivez le sens de ma plaidoirie, alors vous serez aussi des antisémites. Le club des antisémites s’agrandit ! ».

Le moment le plus grotesque est atteint lorsqu’il veut prouver que ces « faux touristes », mais « vrais agents » (alors ils étaient déjà retraités de leur fonction comme comptables) ont repéré sur une carte la station de métro Erasme. « N’est-ce pas sur le parking de l’hôpital Erasme que l’on a retrouvé le corps du Professeur Wybran, ancien président du CCOJB, assassiné il y a quelques années ? Encore une coïncidence sans doute ! », lance-t-il. Du côté des avocats des parties civiles comme dans la salle, beaucoup ne pensaient pas qu’il pourrait tomber si bas.  

L'avocat continuera à jeter le trouble sur les victimes, en revenant de manière abjecte sur le parcours d'Alexandre Strens, son orientation sexuelle et ses choix de vie et son honnêteté. Se bornant à répéter de manière grave le mot « coïncidence » à chaque fois qu’il s’efforce de remettre en cause le travail des enquêteurs. Selon lui, « on aurait caché aux jurés toute cette histoire du Mossad et on les aurait intimidés avec ce faisan d’attentat ».

Son client serait donc un innocent incapable de tuer un être humain. Il est la victime d’un piège que lui auraient tendu les Iraniens qui l’ont recruté à sa sortie de prison. « C'est pour ça qu'il passe par le Liban, c'est comme ça qu'il est financé », a asséné son avocat.

Le problème, c’est que cette affirmation n’a aucun fondement. Tout ce que Me Courtoy avance ne repose sur aucun aucune pièce du dossier. Ce sont de pures hypothèses. On nous apprend que Mehdi Nemmouche aurait été piégé par les Services de renseignement iraniens et que ses victimes, les époux Riva seraient des agents du Mossad que les services iraniens ont liquidés. « On ne voit pas le lien logique entre les deux. De mon point de vue, c'est n'importe quoi. Les questions essentielles demeurent : qu'est venu faire Mehdi Nemmouche à Bruxelles, qu'en est-il de ses revendications, des vêtements qui ne portent que son ADN ? », réagit Me Masset, avocat du Musée juif.

« Un pétard mouillé »

A l'issue de cette plaidoirie assommante qui a duré toute la journée de jeudi, Me Courtoy a demandé aux jurés de prononcer l’acquittement de son client Mehdi Nemmouche. « Vous allez devoir prendre une décision lourde, je n'aimerais pas être à votre place, il n'y a pas d'appel possible. Vous allez devoir venir avec votre intelligence et dire qui dit la vérité », a-t-il conclu avec beaucoup de pathos.

La plaidoirie de Me Courtoy s'est apparentée à un « véritable pétard mouillé », a commenté à la sortie de la cour d'assises de Bruxelles Me Vincent Bodson, conseil de la famille Riva. « On nous avait promis de fracasser les parties civiles, des preuves, et il n'y a eu aucune explication, tout est décousu. Rien n'est compréhensible dans la ligne de défense », a-t-il ajouté.

Me Hirsch, qui représente le CCOJB, a également jugé la plaidoirie de Me Courtoy « incohérente et désarticulée ». « Elle n'a apporté aucune réponse à quelconque élément du dossier. C'est extraordinaire : il a parlé pendant plus de huit heures pour ne rien dire ». Pour la pénaliste, le monologue de Me Courtoy aura par contre prouvé que Nemmouche était un combattant de l'Etat islamique : « C'est la première fois depuis le départ qu'il le dit. Non seulement qu'il a combattu pendant 14 mois, mais aussi qu'il était l'un des geôliers des otages français détenus en Syrie ».


 
 

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  • Par Françoise Attal - 1/03/2019 - 12:26

    Délire total !

  • Par ALUF HANITZAHON - 1/03/2019 - 12:40

    Courtoy est le Goebbels du barreau Une infamie de ne pas le rayer à vie.Qui osera?

  • Par Deborah KONOPNICKI - 1/03/2019 - 16:50

    Merci pour cet article détaillé et eclairant

  • Par Hugues CREPIN - 7/03/2019 - 11:20

    Je crois que l'on pourrait résumer la situation à: grotesque. Il y a tellement de preuves que c'est bizarre, oui mais l'homme affirme être piégé sans vraiment dire par qui ni avec qui il a communiqué.
    Il parle de craintes pour ses proches mais il ne respire pas l'anxiété pour autant.
    Tout le paradoxe était effectivement que dans sa défense, souvent, il avoue une partie de l'accusation.
    Son avocat devait-il vraiment mouiller le maillot jusqu'à l'absurde au lieu de se concentrer sur des éléments plus factuels voire simplement pousser son client à être plus transparent?
    Nous avons ici une parfait illustration de la dérive du Droit basé sur "Tout accusé a droit à un procès équitable" et qui est devenu "Tout coupable a le droit d'être innocenté par toute voie de Droit".