Au CCLJ

Pierre-Arnaud Perrouty : La liberté d'expression, ses limites et sa censure

Vendredi 30 novembre 2018 par Nicolas Zomersztajn
Publié dans Regards n°1034

Avec Libres de dire. Là où commence la censure (éd. du CAL), Pierre-Arnaud Perrouty, le directeur de la Ligue des droits de l’homme, publie un essai didactique et stimulant sur les différents enjeux liés à la liberté d’expression. Ce juriste spécialiste des droits fondamentaux abordera cette problématique dans une conférence qu’il donnera au CCLJ le jeudi 13 décembre 2018 à 20h.

Pierre-Arnaud Perrouty, directeur de la Ligue des droits de l'homme

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    Considérée comme l'un des moyens de garantir les autres libertés fondamentales et comme une condition de la démocratie, la liberté d’expression est protégée par les juridictions constitutionnelles nationales et des conventions internationales. Toutefois, à l’instar d’autres libertés, la liberté d’expression n’est pas absolue. En un mot, on ne peut pas dire n’importe quoi (insulte, calomnie, diffamation, racisme, antisémitisme, xénophobie, sexisme, homophobie, etc.).

    L’expression « Discours de haine » est bel et bien celle qui revient le plus souvent dans les débats actuels sur la liberté d’expression. Dans nos démocraties européennes, des lois protègent le citoyen contre ce type de discours. Mais dans un monde globalisé et hyper connecté, toutes les formes d’expression se côtoient en un seul clic, cela peut donner à des discours de haine des audiences imprévues et même non souhaitées. C’est évidemment en matière de lutte contre les discours de haine que l’unanimité en faveur du caractère fondamental de la liberté d’expression se fissure et que le regard de Pierre-Arnaud Perrouty devient plus complexe et sûrement plus difficile à suivre par ceux qui en appellent à des réponses judiciaires catégoriques. « Pour lutter contre ces discours, l’interdiction n’est pas suffisante », déplore Pierre-Arnaud Perrouty. « On peut même douter dans certains cas qu’elle soit souhaitable tant elle offre à leurs auteurs une posture de victime et une tribune pour se faire entendre plus largement encore ». Se rapprochant d’une certaine conception anglo-saxonne, il estime qu’il vaut mieux opposer à ce discours de haine un autre discours, expliquer et rappeler les bases du vivre-ensemble et les fondements de la liberté d’expression. Il n’est pas pour autant pas naïf et reste pleinement conscient que c’est une voie difficile. « Cela demande du temps, de la patience et de la combativité. Mais c’est un travail indispensable pour lutter contre les discours de haine ».

    Dans cet essai, d’autres questions sensibles sont abordées. De l’interdiction préventive à la pénalisation de la négation des génocides, en passant par le blasphème, les censures insidieuses exercées par les groupes financiers et industriels, les lanceurs d’alerte et les dérives de la lutte contre le terrorisme, Pierre-Arnaud Perrouty s’efforce avec le même souci de nuance et de complexité de préciser dans quelle mesure la protection de la liberté d’expression peut être facilement remise en cause.

    Pénaliser BDS ?

    Dans cet essai, il se penche aussi sur la problématique de l’appel au boycott en s’appuyant sur l’exemple de la campagne BDS, campagne de boycott économique, culturel et académique d’Israël. En bon militant des droits de l’homme, il dénonce la position de la justice française qui a pris soin de pénaliser les appels au boycott de BDS estimant qu’il s’agit d’une « discrimination fondée sur l’appartenance nationale des producteurs et distributeurs israéliens ». Sans grande surprise, cette décision n’emporte pas l’adhésion de Pierre-Arnaud Perrouty. Selon lui, la revendication de BDS relève clairement de la liberté d’expression. « Chaque personne est libre d’adhérer ou pas au message », assure-t-il. « Et, surtout, reste libre d’acheter ce qu’elle veut. A partir du moment où l’action est pacifique, ne paralyse pas le magasin et ne propage pas de discours de haine, elle relève de la liberté d’expression ». Tout cela est vrai, mais ne couvre pas l’ensemble de la problématique BDS, notamment quand elle concerne le boycott d’artistes, d’écrivains et d’universitaires israéliens. Malheureusement, les quelques pages consacrées à BDS ne comportent pas un seul mot sur ce boycott académique et culturel qui n’a rien à envier à la chasse aux sorcières menée par McCarthy dans les années 1950. Cette question fera nécessairement l’objet d’un débat intéressant lors de la conférence qu’il donnera au CCLJ le 13 décembre prochain.

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