Pérenniser la mémoire de la Shoah

Lundi 20 mars 2006

 

Bien que la singularité historique de la Shoah soit pleinement reconnue par la communauté internationale, certains historiens ont recommandé la dissolution du Musée Juif de la Déportation et de la Résistance à Malines au sein d'une nouvelle institution dédiée à tous les génocides et aux crimes contre l'Humanité. Certaines conclusions en ce sens du comité scientifique chargé d'étudier ce projet, publiées dans le rapport Transit Mechelen, ont été désavouées par le gouvernement flamand qui, à en juger par les propos de son Ministre-Président Yves Leterme, souhaite au contraire accroître la visibilité du Musée de Malines dans le panorama mémoriel belge. Selon Ward Adriaens, directeur et conservateur du Musée de Malines, l'avis des historiens auteurs du document Transit Mechelen rendu public le 15 septembre 2005 n'a pas été suivi par le gouvernement flamand : Depuis 10 ans, le gouvernement flamand verse 400.000 € annuels au Musée et a ainsi démontré à loisir qu'il est un partenaire généreux et loyal. Rien n'indique que cette attitude bienveillante fasse place à une politique nouvelle visant à «exproprier» la communauté juive de Belgique du haut lieu de sa mémoire pour en faire un musée des persécutions raciales et des génocides qui gommerait sa spécificité juive. Il serait donc tout à fait erroné de considérer Transit Mechelen comme l'expression d'une volonté politique du gouvernement flamand... Co-fondateur et président du Musée, Nathan Ramet ne pense pas que tous les historiens «auteurs» de Transit Mechelen partagent les idées exprimées dans la presse flamande par certains, qui critiquent les grands musées du génocide juif (Yad Vashem, Washington, Londres, Berlin) pour dénoncer «la religion de l'Holocauste». Nous ne voulons pas de polémiques avec les historiens qui remettent en question l'existence même du Musée de Malines dont ils combattent la spécificité juive. Nous sommes en train de négocier l'élargissement du Musée avec le gouvernement flamand auquel nous avons fait part de nos remarques à propos de Transit Mechelen. La Caserne Dossin est le haut lieu de la mémoire de la déportation des Juifs et des Tziganes de Belgique. Nous n'ignorons pas non plus les prisonniers politiques victimes du nazisme, dont la mémoire est honorée au fort de Breendonk, avec lequel nous collaborons depuis longtemps, constituant ainsi un véritable pôle mémoriel. Le Musée «In Flanders Fields» à Ypres est consacré à la Première Guerre mondiale, sans être pour autant un musée générique des conflits modernes. Cette spécificité assure son succès et son efficacité pédagogique auprès du grand public. Notre «popularité» nous incite depuis longtemps à souhaiter un élargissement : accroître l’espace de nos locaux, développer notre parcours, élargir nos activités scolaires, améliorer l'accès aux archives, etc. Le 26 janvier dernier à Anvers, dans son discours prononcé lors de l'hommage aux victimes de la Shoa, le Ministre-Président Yves Leterme a affirmé que le gouvernement flamand s'engageait à soutenir l'élargissement de notre Musée et qu'il était hors de question de toucher à la spécificité de ce lieu de mémoire de la Shoa. Les négociations entre le Musée de Malines et le gouvernement flamand sont menées par le député Claude Marinower qui précise : La communauté juive s'est mobilisée pour sauver la Caserne Dossin de la destruction et conserver sa spécificité de lieu de mémoire de la déportation. Le Musée Juif de la Déportation et de la Résistance (JMDV) reçoit les subsides du gouvernement flamand, certes, mais cette dépendance budgétaire ne l'a jamais privé de son autonomie ni menacé sa spécificité d'institution juive. Les négociations avec le gouvernement flamand sur l'élargissement du JMDV viennent de débuter et se poursuivront dans les prochaines semaines. Je comprends très bien l'indignation suscitée par le rapport Transit Mechelen du comité des historiens. Je tiens à souligner que ce document n'engage que la responsabilité de ses auteurs et non celle du gouvernement flamand. L'émotion suscitée par la publication de ce texte au sein de notre communauté montre notre attachement à notre héritage historique. Je me réjouis de cette levée de boucliers et j'espère bien que le Musée de Malines pourra compter sur ce soutien communautaire dans le futur. Vers l’apaisement Historien du génocide juif en Belgique, auteur du parcours actuel du Musée de Malines, institution à laquelle il se trouve associé depuis ses débuts, Maxime Steinberg souligne : Transit Mechelen prétend remplacer un musée qui existe par un autre récit chronologique hautement discutable, et veut déconstruire la singularité historique du génocide juif. Ce projet ne correspond pas aux intentions du gouvernement flamand. Il s'agit aujourd'hui de négocier les modalités pratiques de l'élargissement du Musée de Malines dont la spécificité juive et le récit historique actuel seront maintenus dans le nouveau projet. Transit Mechelen a déjà fait son transit : il est «passé», il compte pour mémoire. On en est au stade des faits, et d’une négociation bienveillante entre le gouvernement flamand et l’actuel Musée de Malines en vue de son élargissement dans l’ancienne Caserne Dossin. Ce nouveau musée flamand, dont l’ancien sera partie prenante, doit s’appeler «Kazerne Dossin». L’ancienne Caserne Dossin, loin d’être un «transit», est l’antichambre de la mort, précédant la chambre à gaz pour les 2/3 des déportés. Il ne s’agit pas ici de se placer du point de vue des «victimes», car prêter un point de vue aux morts, c’est dénier qu’ils ont été tués. Prendre les morts en compte, c’est se placer au point de vue de l’Histoire. Montrer comment s’est passée la «Solution finale» dans notre pays, identifier les victimes, les bourreaux, les complicités locales, l’attitude de la population, les mécanismes administratifs d’exclusion et de spoliation des Juifs... tout cela est déjà présent dans le parcours actuel du Musée. C'est un récit chronologique complexe et qu'il faut représenter dans sa globalité, en montrant aussi comment le génocide se déroule en France, aux Pays-Bas... Jusqu'à présent, nous n'avons pas pu représenter cette histoire comme nous le souhaitions, par manque d'espace. L’actuel scénario historique du Musée de Malines n’est pas obsolète, et il l’est si peu qu’il articule l'exposition du Pavillon belge d’Auschwitz qui sera inaugurée le 10 mai 2006. Co-fondateur et secrétaire général du JMDV, Michel Laub a publié un dossier sur le projet de réforme du Musée dans les Nouvelles Consistoriales de décembre 2005 : Actuellement, il y a d’une part les écrits, d'autre part les discussions entre le JMDV et le gouvernement flamand, qui semblent se dérouler sous de bons auspices, avec comme ligne conductrice, la conservation de la spécificité du Musée comme lieu de mémoire et d'histoire de la Shoah en Belgique. La volonté du gouvernement d'agrandir le Musée actuel est louable. Toutefois, elle suscite la parution d'articles tendancieux de certains historiens et intellectuels flamands sur la Shoa, provoquant à juste titre des inquiétudes de la Communauté juive. Paraphrasant Primo Levi, j'espère qu'ensemble avec la Communauté flamande, le JMDV pourra continuer à apporter sa contribution à la compréhension de l'histoire d'aujourd'hui, dont la violence est la fille de la violence à laquelle nous avons eu la chance de survivre.


 
 

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  • Par Marcel Hirschberg - 9/05/2012 - 9:35

    09/05/2012

    Bonjour,

    En 1943 j'étais un enfant caché au pensionnat Gatti de Gammont. Si je me souviens, nous étions une vingtaine.
    Lors d'une raffle de la Gestapo de nuit, nous avons été emprisonnés dans les caves de l'avenue Louise, et ensuite
    envoyés à Malines. J'ai été parmis le premier groupe d'enfants libérés, et ai passé la guerre dans les homes de
    Lasnes, Linkebeek, et avec un premier groupe de 7 pour aménager le home de Aishe-en-Refail (chateau de LA-BAS).
    J'y suis resté jusqu'a la libération, ensuite au homes de Boitsfort et la rue Philippe Le Bon.

    Avez-vous des infos concernant les enfants de Gatti de Gammont, et de sa directrice, qui aurait éte déportée?

    D'avance merci, et bie à vous.