Procès de l'attentat du Musée juif de Belgique

"La peine de mort, c'est vous qui l'avez prononcée, sans procès ni jugement!"

Mercredi 20 Février 2019 par G.K. et Belga

Les trois avocats de la famille Riva ont terminé leur plaidoirie ce mercredi matin, suivi de Me Lurquin, représentant une artiste chilienne venue visiter le Musée au moment de l'attentat. Une nouvelle occasion de démonter les thèses de la défense.

Me Vincent Lurquin, partie civile

Me Marc Libert, l'un des conseils de la famille Riva, a d’abord voulu mettre en lumière la politique de revendication des attentats, avant de s’attaquer aux thèses de la défense, longuement rejetées déjà par ses collègues. « Si ce n'est pas un attentat, pourquoi une vidéo de revendication ? », a-t-il interrogé. « A-t-on jamais vu un tueur à gage tuer avec une kalachnikov ? Utiliser une kalachnikov, c'est pour terroriser. Le but a été atteint : les Riva, la communauté juive, la Belgique entière sont traumatisés ».

Après quoi Me David Ramet a dénoncé la « burlesque théorie du complot » qui n'a « pour objet que de manipuler ». Et d’observer qu’« il y a deux types de complotistes : les paranoïaques et ceux qui savent que ça n'existe pas, mais qui l'utilisent pour un motif judiciaire ou politique, ce qui est évidemment le cas ici. C'est un complotisme diffus, on attaque des éléments périphériques, de manière insidieuse ».

La méthode complotiste, c'est « asséner le faux pour amoindrir le vrai, qui est moins séduisant », a poursuivi l'avocat.

Me Bodson a quant à lui tourné en dérision les réactions de la défense de Mehdi Nemmouche aux éléments qui lui étaient opposés, soulignant le fait qu’il ne finit par lâcher une information que lorsqu’il est « coincé », comme quand il a admis qu'il avait été en Syrie et qu'il était radicalisé.

L’avocat a aussi tenu à revenir sur la version de « l’attentat ciblé » proposée par la défense. « S’il s’agissait d’un attentat ciblé, le tueur aurait abattu les Riva et aurait disparu, or il continue pour abattre encore deux personnes (…) Un professionnel n’aurait jamais filmé ses actes avec une caméra collée sur une vieille veste ! », poursuit-il. Avant d’insister sur les victimes Riva dont toutes les pièces retrouvées en leur possession, ainsi que les photos envoyées à leurs filles confirment la seule volonté de venir à Bruxelles pour un séjour touristique.

Me Bodson évoquera encore les chaussures du tueur, les fameuses Calvin Klein de pointure 43, dont deux paires seulement ont été vendues à Bruxelles et payées cash (l’autre à un client muni d’une carte de fidélité). Ces chaussures qu’il portait le jour de son arrestation et qui ont laissé une trace sur la porte du musée, avec selon les experts, « la preuve irréfutable qu’il s’agit de celles de l’accusé ».

Il conclura à l’adresse des jurés : « L’enquête a été menée pendant cinq ans à charge et à décharge, toutes les pistes un minimum crédibles ont été creusées. Ces briques accumulées vous permettent aujourd’hui de condamner Mehdi Nemmouche, parce que c’est lui et personne d’autre qui tenait les armes ce 24 mai 2014 ». Et se tournant vers l’accusé : « Selon la défense, la perpétuité au quartier de haute sécurité, c'est pire que la peine de mort. La seule peine de mort dans ce dossier, c'est vous qui l'avez prononcée, sans procès ni jugement ».

Trois signatures de culpabilité

C’est en reprenant la célèbre chanson d’Aznavour dont Mehdi Nemmouche est fan, « Je m’voyais déjà en haut de l’affiche… », même s’il a avoué aux otages français « vouloir le fumer » parce qu’il était arménien, que Me Vincent Lurquin a ensuite pris la parole pour défendre les intérêts d'une dame qui visitait le Musée au moment de l’attentat. « Le génocide vise à supprimer les gens pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils ont fait, il en sera ainsi de l’extermination des Arméniens, des Tutsi, des Juifs. Le terroriste aussi tue les gens pour ce qu’ils sont, ou ne sont pas, des fanatiques, des intolérants », a-t-il rappelé. « Quatre personnes qu’il ne connaissait pas ont été exécutées froidement. C’est cela la terreur ». 

Me Lurquin annoncera à Mehdi Nemmouche qu’il est maintenant « trop tard » pour apporter ses preuves. « Tous les instruments juridiques vous étaient donnés pour prouver le complot que vous dénoncez, pourquoi ne pas les avoir utilisés ? Votre défense a reconnu la légitimité du tribunal en affirmant que le jury populaire était sa seule chance, alors pourquoi ne pas l’aider à comprendre ? »

Et de relever les trois signatures qui prouvent la culpabilité du principal accusé : le fait, outre le droit au silence invoqué, de ne jamais avoir entendu le moindre mot de tristesse ou de compassion à l’égard des témoins ; la trace des semelles relevée sur la porte du Musée suite à un coup de pied à relier aux arts martiaux que Mehdi Nemmouche affectionne ; et enfin sa stratégie de défense, qui pourrait se résumer à ce proverbe chinois : « Quand le doigt montre la lune, l’imbécile regarde le doigt ». Il affirmera encore que « la dangerosité de Mehdi Nemmouche est toujours là, comme sa radicalisation, dans la mesure où il ne reconnait pas sa responsabilité ».


 
 

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