Migrants

Not in My Name : Le choc (problématique) des mots

Vendredi 10 novembre 2017 par Nicolas Zomersztajn

Pour dénoncer le traitement que le gouvernement réserve aux migrants du parc Maximilien, la campagne "Not in My Name" recourt à des formules chocs (rafles) et fait explicitement référence aux heures les plus sombres de notre histoire, c’est-à-dire celle de la persécution des Juifs sous l’Occupation. Une méthode contestable qui suscite le malaise.

 

Nous avons pu découvrir ce mardi matin des affiches collés un peu partout dans Bruxelles et plusieurs autres villes de Belgique. On pouvait y lire notamment : « Aujourd’hui, des citoyens hébergent des migrants pour les protéger des rafles. Cela ne vous rappelle rien ? Pour le gouvernement belge, la fin –"nettoyer" Bruxelles– justifie les moyens : rafles programmées, quotas d'arrestations, expulsions illégales, mensonges, etc. ».

Cette campagne intitulée Not in My Name vise à dénoncer la politique migratoire du gouvernement belge et à sensibiliser l’opinion publique au sort peu enviable des migrants soudanais, érythréens, afghans et iraniens qui se regroupent au parc Maximilien près de la Gare du Nord avant de poursuivre leur route vers la Grande-Bretagne.

Le problème que soulèvent à juste titre ces militants associatifs réside dans les arrestations faites par la police dans le parc et ses alentours. Suite à ces arrestations, les migrants se voient signifier l’ordre de quitter le territoire et sont placés en centres fermés avant que l’expulsion ou l’éloignement se fasse. Alors que précisément, ces migrants ne souhaitent pas rester en Belgique ni y demander asile.

C’est un véritable problème qui doit être traité, car les procédures de détention actuelles portent souvent atteinte aux droits des migrants, notamment à travers une collaboration extrêmement préoccupante avec les autorités soudanaises pour les identifier. Il est en effet interpellant qu’une démocratie coopère avec un régime liberticide et génocidaire pour identifier ceux qui le fuient !

La campagne Not in My Name nous parle de rafles. C’est fort comme terme et cela entre en résonance avec les rafles de Juifs commises par les Allemands et leurs collaborateurs entre 1942 et 1944. C’est d’autant plus explicite qu’ils insistent bien sur la mémoire de la Shoah en ajoutant « Cela ne vous rappelle rien ? ».

Qu’est-ce qu’une rafle ? C’est une opération policière exécutée à l'improviste en vue d'appréhender les personnes. Au sens large, il s’agit donc d’une arrestation massive de personnes. Linguistiquement, les militants de Not in My Name n’ont pas tort de parler de rafle. Mais on sait bien qu’ils ne se placent pas sur le plan linguistique. Cette évocation est symbolique, elle doit frapper et réveiller les consciences. Et dans la conscience collective belge et européenne, rafle = déportation Seconde Guerre mondiale.

L’utilisation du mot « rafle » met mal à l’aise. Elle est même insupportable au regard de la mémoire et de l’histoire de la Shoah. Comme si tout devait se mesurer à l’étalon de ce génocide. Et comme s’il fallait impérativement invoquer la Shoah pour sensibiliser l’opinion publique à une problématique grave. La question des migrants est pourtant suffisamment grave pour qu’elle ne nécessite pas qu’on l’assimile à la Shoah pour la décrire avec justesse et la dénoncer.

Les Juifs ont souvent du mal à expliquer à ces militants associatifs que leur indignation face à une situation qu’ils jugent inacceptable ne les autorise pas à se payer de mots en procédant à des amalgames odieux. Quand nous leur faisons remarquer cela, nous passons tout de suite pour des salauds, insensibles à la détresse des migrants. Un comble pour une population juive majoritairement issue d’étrangers apatrides et de survivants de la Shoah.

Mais c’est précisément parce que nous ne sommes pas en août 1942 face à des rafles ni à des déportations vers des centres de mise à mort que cela nous oblige tous à trouver les mots justes pour décrire la réalité de la situation dramatique de ces migrants.

Entre les quatre rafles organisées par les Allemands durant l’été 1942 et celles du parc Maximilien, il y a une différence majeure : les Juifs raflés étaient déportés pour être exterminés et les migrants sont aujourd’hui arrêtés pour être expulsés du territoire belge.

Et comme un exemple vaut mieux qu’une longue explication, il convient de rappeler ce que fut la première rafle de Juifs de Belgique organisée à Anvers dans la nuit du 15 au 16 août 1942. La police communale anversoise réquisitionnée a arrêté 998 Juifs. « Avec les raflés de cette nuit, Malines put former le 4e convoi de 1.000 déportés, le seul convoi dont personne, absolument personne, ne revint ! », soulignait l'historien Maxime Steinberg.

Et les Belges qui venaient en aide aux Juifs le faisaient clandestinement dans le cadre de filières de résistants, au péril de leur vie. Ce qui n’est heureusement pas le cas des particuliers et des associations qui viennent en aide aux migrants. Ils ont même l’occasion de mener un dialogue avec les autorités communales ou régionales pour qu’un immeuble soit affecté à l’accueil des migrants durant cet hiver.

La situation des migrants est complexe et humainement inacceptable. Elle appelle donc des modes de mobilisation ad hoc et non pas des anachronismes ni des comparaisons indignes et insultantes pour la mémoire de la Shoah.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Jacky - 10/11/2017 - 18:40

    Quel mot plus exact pourrait-t-il définir ces arrestations policières de réfugiés ( même si le refuge est temporaire), un terme qui suscite plus l’empathie que «  migrants »

  • Par maurice e. - 11/11/2017 - 3:19

    Il n'y a pas de solution parfaite pour résoudre le problème des migrants qui s'entassent dans des lieux publics .
    Soit ils sont éligibles pour le statut de réfugiés politiques, et ils recevront le droit d'asile ici ou en Grande Bretagne, soit ce n'est pas le cas et il n'y a aucune raison légale de les laisser résider en Belgique.
    J'avais 6 mois quand j'ai eu la chance d'échapper, grâce au sang froid de ma mère et à la sollicitude de voisins compatissants, à la grande rafle de septembre 1942 à Bruxelles.
    Je ne vois rien de commun au sort funeste qui nous avait été réservé et àcelui des migrants illégaux du parc Maximilien.
    La Belgique de 2017 est un état de droit.
    Ce n'était pas le cas dans la Belgique occupée de 1942.
    Apprenez l'histoire, messieurs les colleurs d'affiche!

  • Par Angelini - 14/11/2017 - 18:19

    Vous avez tout à fait raison! Ça l’a immédiatement choqué,

  • Par Willy lermer - 17/11/2017 - 11:45

    Tout à fait d'accord avec l'article.